Le jardin extraordinaire: Jungle d’eau douce

Jungle d'eau douce, récit du chaos et du calme aquatiques, conte les histoires (bio)diverses d'un coquet lac artificiel.

862067

La gravière a de faux airs d’éden. Emmené sous l’eau, l’œil en caméra, le téléspectateur peut s’imaginer toucher ce concept étrange qu’est la biodiversité. Le lieu est propice, il faut le dire. En langage prosaïque, une gravière est une carrière de gravier. Elles se retrouvent souvent dans des vallées où la nappe phréatique tutoie la surface terrestre. Une fois vidées jusqu’à la moelle par d’insatiables pelleteuses, les gravières peuvent ensuite se remplir d’eau. Elles deviennent des lacs, bien vite assaillis par les maillots de bain et les filets de pêche.

Jungle d’eau douce tente l’apnée dans l’une de ces gravières, près de Strasbourg. C’est aussi un étonnant documentaire, zen comme le dalaï-lama et à la narration discrète, voire absente.

Certains, taquins du brochet en tête, adoreront. D’autres risqueront, hélas, une somnolence légitime. La gravière, en bon lac, ne fait pas de vagues. Comme elle, le récit se la joue trop souvent en mode clapotis.

Bien sûr, la poésie est au rendez-vous, et les actes succèdent avec fidélité aux paroles du narrateur. Oui, les "amphibiens colonisent" bel et bien la gravière, et "une armée de crapauds" jouent les envahisseurs en rut. Puisque les mâles sont trois fois plus nombreux que les femelles, ils agrippent ces dernières, pour ne plus les lâcher avant l’accouplement.

Dans la vase, la concurrence est rude. Il faudra hélas attendre le dernier tiers avant d’enfin obtenir un élément perturbateur. Le brochet avait bien tenté d’endosser cette glorieuse cape, quelques minutes auparavant, en engloutissant un frétillant gardon, mais il n’arrive pas à la première nageoire de la carpe en matière d’organisation du chaos.

Les autorités locales en ont déversé cinq tonnes dans la gravière strasbourgeoise. Un peu pour charmer l’électorat estampillé "Chasse, pêche & traditions", peut-on imaginer. Problème: leurs appâts riches en nutriment ont fait des carpes l’équivalent de la perche du Nil dans le lac Victoria. Goulafres, elles menacent la biodiversité du lac.

En périphérie, une anguille, engendrée à mille lieues de là, dans cette mer des Sargasses qui épouse les contours orientaux des Caraïbes, observe tranquillement la scène. De la tranquillité. Et du temps. Voici ce qu’il faut pour faire une gravière, nous glisse doucement cette voix off qui, si elle a l’avantage de ne pas pâtir d’un ego à la Yann Arthus-Bertrand, intrigue sans tout à fait séduire.

Sur le même sujet
Plus d'actualité