Immigration et délinquance

A-t-on raison de lier, en France, immigration et délinquance? Une enquête piquante de John Paul Lepers.

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Le titre de ce double documentaire l’indique d’emblée: en associant immigration et délinquance, John Paul Lepers entend bien jeter un pavé dans la mare aux tabous. "Dernièrement, à Paris, raconte-t-il d’ailleurs sans ambages, une dizaine de jeunes, noirs et arabes, ont essayé de voler mon scooter. Je l’ai récupéré, mais ils m’ont frappé." Le journaliste militant, étiqueté (très) à gauche, aurait-il mangé du Zemmour? Loin de là, qu’on se rassure. Car là où ce témoignage servirait de conclusion à beaucoup, Lepers en fait, lui, le point de départ d’une réflexion sur le lien, communément tissé, entre la présence d’immigrés et l’augmentation des délits. Soucieux de confronter ce sentiment collectif à la réalité des faits, le voilà qui, chiffres officiels à l’appui, compare méthodiquement les villes – pourcentage d’habitants d’origine étrangère, taux de criminalité, chômage…

Si le ton est parfois badin, l’enquête se veut précise, remet en question l’interprétation des données et démonte notre idée de la délinquance – un vaste fourre-tout qui recense aussi bien le non-paiement de pension alimentaire que les vols ou la fraude fiscale. Mieux, le film explique – par la voix du sociologue Laurent Mucchielli, spécialiste de la question – pourquoi et comment la population immigrée se trouve être la principale cible de la police. Et ainsi, la victime de ce qui n’est finalement qu’un préjugé. John Paul Lepers quitte alors la sociologie pour la psychologie sociale, le temps d’un second documentaire consacré à l’élaboration des stéréotypes et aux conditions de la discrimination. Une intéressante démonstration – un poil délayée, mais soutenue par des expériences et des exemples concrets illustrant notre propension à fonder des hypothèses sur les a priori dont nous sommes imprégnés depuis l’enfance. Le début des malentendus – et des dérives.

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