Étoile bipolaire

Eclairant la vie intérieure des bipolaires, un témoignage singulier, entre humour et émotion brute.

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Elle est "fille de l’excès". Diagnostiquée bipolaire à l’âge de 30 ans, Caterina Profili vit entre l’exaltation bouillonnante de ses phases maniaques et l’enfer de ses phases dépressives. Une "étrangeté d’âme" tout en fractures, que la réalisatrice nous fait vivre de l’intérieur dans un documentaire très personnel, poétique et touchant. Avec un humour lucide, elle y dévoile les méandres de son esprit agité, ses obsessions, les fulgurances qui peuvent aussi "devenir coups de génie". Un combat quotidien contre la folie qu’elle partage avec trois amis, également aux prises avec la maladie. En compagnie de Laurence ou de Frédérie, se fait jour une existence sur le fil, maintenue par un impressionnant cocktail de médicaments qui ne suffit pas toujours à chasser le désespoir. La peur de vivre. Les séjours en hôpital psychiatrique. Et les tentatives de suicide – déconcertante scène où Laurence et Caterina détaillent en plaisantant leurs différentes manières d’en finir.

L’amitié qui lie les trois femmes libère une parole d’une bouleversante sincérité, qui analyse avec calme les mille tourments de la psychose. Si le ton fuit la gravité, la réalisatrice injecte entre deux confessions de glaçantes illustrations métaphoriques sous forme de poupées suicidaires qui, sobrement, disent toute la violence des crises vécues.

Et puis, il y a Louis. Le quatrième héros de ce drôle de voyage en terres bipolaires, musicien enfermé dans sa douleur, ne cesse de se dérober à la caméra. Retranché dans sa chambre, il ne sera, tout au long du documentaire, qu’une présence fantomatique devinée derrière la porte close. Jusqu’à cette très belle séquence finale où, à la faveur d’une résurrection passagère, il se produit le temps d’un concert où rejaillit l’espoir. Une jolie conclusion pour ce film singulier, d’une sensibilité et d’une justesse saisissantes.

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