Duels Tazieff/Allègre: La guerre des volcans

Une bonne éruption volcanique avec coulée boueuse et pluie de cendres acides, voilà une expérience parfaite pour rapprocher deux hommes unis dans la tension…

1344691

Sauf que… Le 30 août 1976, l’activité de la Soufrière en Guadeloupe fâchera au contraire Claude Allègre et Haroun Tazieff à jamais. Cela faisait des annéesque le jeune géologue français au monosourcil et l’explorateur formé à la Faculté agronomique deGembloux se cherchaient. Le réveil du volcan va tout catalyser. Rigueur de labo contre empirisme des sommets, les approches sont radicalement opposées. "La volcanologie est une science comme la médecine: il faut du doigté, du sang-froid, de l’énergie, de l’habitude et l’expérience du terrain. Les études de laboratoire ne suffisent pas" clamait Tazieff. Probablement peu amusé par cette Soufrière au sommet de laquelle même les enfants grimpent sans peine, l’aventurier russe (naturalisé belge puis français) jette un œil à la situation puis rejoint l’Equateur pour une expédition plus stimulante. Il conseille de ne pas évacuer la zone. Le volcan toussote et ce sont les politiques qui se rongent les ongles par peur de se voir reprocher la mort des habitants.Cocteau qualifiait Tazieff de "poète des volcans", Allègre reconnaît au mieux que c’est "un bon photographe". A la tête de l’IPGP (l’Institut de physique du globe de Paris), le futur climato-sceptique se fie aux analyses les plus alarmistes et conseille l’évacuation de plus de 70.000 personnes. Le volcan n’explosera pas. Coup de bol ou fine analyse? Tazieff avait raison, en tout cas. Claude Allègre n’y verra qu’une manifestation d’irresponsabilité et sautera sur l’occasion pour licencier le volcanologue médiatique. La vieille guerre de tranchées s’exposera dans la presse, les tribunaux et les amphithéâtres pour un duel qui marquera la science.

Sur le même sujet
Plus d'actualité