Docu – Un été avec Anton

Plongée au cœur de la Russie d'aujourd'hui dans les camps militaires pour enfants.

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La scène est impressionnante: on y voit Anton, 12 ans, le visage poupon, en train d’être rasé par un paramilitaire. Pourtant, il y a quelques jours à peine, Anton jouait encore au bord d’un lac dans son village, à une centaine de kilomètres au sud de Moscou. L’été d’un jeune garçon comme les autres. Mais Anton fait partie de ces milliers de petits Russes qui passent leurs vacances dans des camps d’entraînement militaire. En quelques images, le contraste est frappant entre cet enfant insouciant et le soldat qu’il s’apprête soudain à devenir.

Le documentaire de Jasna Krajinovic débute dans la douceur de la maison d’Anton et de sa babouchka qui l’élève. Mais déjà, les signes d’un départ imminent vers l’un de ces camps pointent: les pantalons de treillis sèchent dans la cour, la liste des choses à emporter, dont un étui à pistolet, traîne sur la table, et Anton, lui, fait des séries de pompes dans le salon.

Bercé par les histoires de sa grand-mère pour s’endormir, le gamin se réveille à l’aube et grimpe dans le bus qui l’emmène vers le camp Kaskad. Là-bas, il tue peu à peu l’enfant qui est encore en lui. Il alterne les séances de course et l’apprentissage de l’usage de la mitraillette. Il passe les nuits en dortoir et précède tous ses repas d’une prière.

Mais les camps sont aussi un moyen d’endoctriner les enfants, à qui l’on fait visionner des images de combats tchétchènes brutaux et sanglants. En quelques semaines, Anton et ses camarades récitent presque machinalement les enjeux de la guerre faite aux musulmans, ces "barbares" qui ont inscrit dans leur loi qu’il faut tuer les infidèles. Entre jeux d’enfants et entraînement de guerre, ce documentaire, suite de la série Fenêtre sur doc sur La Trois, présente une Russie qui fait froid dans le dos.

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