[DOC] Les Diables au coeur

Des limites étaient imposées mais jamais les Diables n'ont été suivis d'aussi près. Making of de ce docu avec ses deux maîtres d'œuvre.

[DOC] Les Diables au coeur

Dans les locaux de Bonka Circus à Louvain, le réalisateur Joeri Vlekken et le rédacteur en chef Bart Matthijs partagent un sourire satisfait après la confection marathon de leur série documentaire vraiment inédite sur l'équipe des Diables Rouges et leurs supporters. Les deux piliers racontent.

Il faut être fan des Diables pour relever un tel défi?

Joeri Vlekken – Des cinquante personnes qui ont bossé sur le projet, moi, le réalisateur, j'étais celui qui connaissait le moins le foot. Le seul match de ma vie que j'avais vu des Diables remontait à l'époque où ça allait si mal pour l'équipe nationale que des tickets gratuits étaient distribués pour garnir les tribunes. J'en étais resté là. Heureusement, les choses ont bien changé (rire). J'en ai eu la preuve dès le début du tournage sur la victoire amicale (4-2) contre les Pays-bas le 15 août 2012. Le stade Roi Baudouin était comble, entièrement rouge. Un match sensationnel, j'ai été bluffé. Je me suis dit: "Ça va être très intéressant".

Vous avez été soumis à des règles, des interdictions à respecter?

Bart Matthijs – Oui. L'Union Belge et Bonka Circus ont convenu des règles de tournage, un "Code of conduct". Les principales étaient: ne pas déranger ou parler avec les joueurs les jours de matchs. Ni monter dans leur bus. Ni venir dans les vestiaires ou assister au rendez-vous tactique entre Wilmots, ses joueurs et son staff. Pour ne pas nuire à leur concentration. On pouvait les filmer de loin mais rester discret, plus en retrait que les autres jours. Enfin, Marc Wilmots règne sur une "famille". Et une famille, cela a des secrets à ne pas dévoiler. Cela a aussi été une limite. Les affaires privées ou externes à la vie du noyau étaient évitées.

C'est quand même frustrant, non?

J.V. – On rêvait évidemment de pouvoir filmer le coach quand il motive, briefe et partage sa tactique avec ses joueurs, son staff. Car Wilmots quand il parle, c'est impressionnant, marquant. Avant le match contre la Croatie, cela aurait été fabuleux! Mais c'était pas permis. Donc, il a fallu raconter cette histoire, cette épopée autrement.

B.M. – On a exploré d'autres pistes. Notamment avec les familles des joueurs. On a par exemple suivi les parents de Thibaut Courtois, notamment en Macédoine, parce que ce sont les seuls parents qui ont fait tous les déplacements et vu tous les matchs dans les stades.

A l'arrivée, le documentaire a-t-il dû recevoir l'accord de quelqu'un?

B.M. – Deux droits de regard étaient prévus. Celui de Marc Wilmots. Il a été le premier spectateur des épisodes avec la possibilité de donner son avis ou de demander des changements. Ensuite celui d'un "Conseil des joueurs" composé de quatre Diables: Kompany, Vermaelen, Van Buyten et Simons. Ils étaient les gardiens de l'intérêt du groupe. Mais ni eux ni Wilmots n'ont demandé de changements importants. Seulement des détails. Comme flouter les écrans médicaux lors de tests passés par des joueurs, car ça ce sont des infos privées…

C'est quoi, le "plus" de votre documentaire?

J.V. – Montrer à travers le coach, les joueurs, les supporters que le foot c'est plus qu'un sport. C'est une aventure très humaine, émotionnelle, inspirante, fédératrice, belle et positive.

L'idée de départ n'était-elle pas justement de faire un film "positif" à la gloire des Diables? Le documentaire sonne comme un conte de fées vécu par une bande de super-gars qui s'entendent parfaitement…

J.V. – Mais ces rapports humains, c'est la réalité! Rien de ce qui est montré n'est fabriqué ou édulcoré, c'est vraiment l'atmosphère au sein de l'équipe. Et en dehors. Nous avions une équipe de tournage, Ken et Jeroen, en permanence avec le groupe à l'hôtel. On recevait leurs images régulièrement et ils nous assuraient que tout se passe vraiment comme ça.

En 16 mois, il y a quand même eu des hauts et des bas? Vous n'avez pas privilégié les hauts?

J.V. – Non. Les tensions et le stress sont évoqués. Mais les joueurs et le coach gèrent très bien cela. D'autant mieux que, pour les joueurs, c'est super, l'équipe nationale. C'est l'occasion de retrouver des amis (parfois d'enfance dans le cas de Witsel, Chadli, Benteke). C'est comme rentrer à la maison, jouer pour les siens. Venir jouer en équipe nationale les soulage et relâche le stress qu'ils ressentent toute l'année à jouer au haut niveau dans des clubs étrangers européens. Le plus impressionnant est de voir à quel point ils sont très très relax, ouvert aux caméras, accessibles même dans leur intimité. Les Diables Rouges sont leur hobby, à côté de leur job dans leur club.

Et cela renforce leur image de marque…

B.M. – Ce n'était ni notre but ni notre devoir. On était libres. Aucun des moments de déception des joueurs n'a été écarté comme quand ils sont empêchés de jouer pour pépin de santé comme Fellaini ou Lukaku. On évoque aussi le cas de Kevin De Bruyne, miné parce qu'il n'était pas assez utilisé à Chelsea. Ou Defour qui explique sa souffrance d'avoir été oublié un an par la presse avant que Wilmots surprenne tous les journalistes en l'alignant contre l'Ecosse. Où il marque!

La nouveauté, c'est d'avoir percé la psychologie des Diables…

B.M. – Oui, car ils partagent leurs émotions. On a travaillé ces rendus psychologiques grâce à des images captées pendant les rencontres. De longues prises de vue d'un seul joueur, qu'il soit sur le terrain ou sur le banc de touche. On capte des expressions, des comportements, des regards que l'on utilise, mêlés à l'interview qu'on fait avec lui plus tard. On a utilisé cette technique pour savoir ce qui se joue dans la tête des joueurs.

Quel a été le plus beau moment de tournage pour vous?

J.V. – Le match de la Belgique contre la Serbie. Une soirée de feu! Tous les aspects de l'aventure s'y rejoignaient, fusionnaient, se transcendaient. On suivait Vincent Kompany et son père. On suivait Stijn Umans, un supporter handicapé qui pour la première fois ne voyait pas le match des Diables en live mais à la télé, sur son lit d'hôpital. Il y avait la tribune des femmes en fête. Incroyable. Il faisait chaud, l'atmosphère était magique autour de ce dernier match en Belgique qui a fait la différence avec la Croatie.

Comment avez-vous structuré la série?

B.M. – Sa chronologie suit évidemment celle des 10 matches de qualification des Diables mais chaque épisode a sa spécificité, sa "thématique". L'épisode 1, c'est plus la vie du groupe à l'hôtel, ses coutumes, ses habitudes, ses règles. Le 2 développe plus le défi sportif à relever, c'est le côté "maintenant ou jamais"… On focalise ensuite sur le staff médical… On voulait cette variété. Les matches sont toujours évoqués en suivant plusieurs personnages, on propose beaucoup d'histoires de front.

Quels ont été les moments les plus rigolos?

J.V. – Ce sont sûrement le caméraman et le preneur de son  en permanence avec les Diables qui les ont vécus. Ken et Jeroen étaient chez les joueurs. Ils portaient les mêmes survêtements qu'eux, mangeaient, se déplaçaient avec eux et devaient dormir sur place. Le plus amusant, c'était que notre caméraman, grand et athlétique, était régulièrement sollicité pour des autographes par des supporters qui le prenaient pour un Diable.

Quelle est la différence entre la version flamande et la version francophone du documentaire?

B.M. – Les épisodes font 52 minutes contre 45 minutes côté flamand. La base, la structure et les personnages sont quasi les mêmes sauf que, par exemple, les supporters Belgium Ultras de Binche ne se retrouvent pas dans la version flamande. On a différencié certains contenus en fonction des publics. Plus d'histoires francophones pour la RTBF et plus de flamandes pour la VRT. On utilise aussi des extraits de commentaires des matchs de journalistes radio. Ceux de Thierry Luthers pour le docu francophone.

Les connaisseurs des sports ne vont-ils pas être déçus? On n'apprend pas beaucoup sur l'aspect sportif…

J.V. – Les Diables au cœur a de quoi satisfaire tout le monde. Même les mordus de sports. Personne n'a jamais vu les Diables comme on les a filmés, dans les coulisses de l'exploit. Les amateurs de sports vont apprendre des choses. Sur les relations entre joueurs, les mentalités, les amitiés qui jouent beaucoup. Les Diables sont proches et concurrents. Sur la tactique aussi. On voit Wilmots et Borkelmans en train de visionner un match d'une équipe adverse et faire leurs commentaires. On n'a pas assisté aux réunions tactiques, mais certaines infos transpirent, comme après le match en Serbie lors d'une discussion entre Kompany et Courtois. D'autres confient parfois ce que Wilmots leur a dit… C'est un document rassembleur, fédérateur qui ne néglige aucun public. Comme les Diables. – F.L.

Sur le même sujet
Plus d'actualité