Daech: naissance d’un état terroriste

Elle est riche, autonome, structurée. Enquête sur la plus puissante des organisations terroristes.

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Le 11 septembre 2001, les Etats-Unis violemment frappés proclamaient al-Qaida ennemi public n°1 de l’Occident. Treize ans plus tard, une nouvelle menace s’est fait jour. Si le visage est semblable, les moyens, le fonctionnement, l’ambition supplantent ceux du mouvement islamiste fondé par Ben Laden. Daech, nom arabe de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), occupe aujourd’hui un territoire grand comme la moitié de la France, pèserait 2 à 3 milliards de dollars et se comporte comme un véritable Etat hors-la-loi dirigé d’une main de fer par le djihadiste Abou Bakr al-Baghdadi. Une dictature extrêmement structurée, forte de quelque 40.000 combattants, à la puissance de frappe redoutable. Comment l’organisation terroriste, née sur les ruines de l’invasion américaine en Irak, est-elle parvenue à s’imposer de la sorte?

Le journaliste Jérôme Fritel (auteur de l’excellent Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde) mène l’investigation depuis les frontières de l’EI avec l’Irak, le Kurdistan irakien et la Turquie. Son film dresse le portrait, saisissant, d’une "start-up du djihadisme devenue une multinationale de la terreur" où exécutions sauvages et purification ethnique tiennent lieu d’arguments. Une force de destruction massive portée par la volonté acharnée de retrouver, via l’instauration d’un califat, l’âge d’or de la civilisation islamique. Et alimentée par les considérables ressources qu’elle s’attribue – pétrole, gaz, phosphate, armes héritées des G.I., cash des banques passées sous son contrôle. S’il analyse les précieuses cartes aux mains de Daech, Jérôme Fritel pointe également ses limites. Et interroge les moyens d’un Occident désemparé (édifiant discours d’Obama reconnaissant, en août 2014, n’avoir "pas encore de stratégie") pour éradiquer, au-delà du seul EI, toute pensée extrémiste. Une remarquable enquête.

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