Ce soir sur La Une – Apocalypse: Hitler

"Ce document est une piqûre de rappel à l'heure où l'on (re)vit la montée des populismes de droite et d'extrême droite."

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Les auteurs d'Apocalypse, Isabelle Clarke et Daniel Costelle, se devaient de raconter Hitler. D'en démonter la mécanique et, à travers lui, celle de l'Allemagne d'avant-guerre, complice de son ascension. Jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale et ses 50 millions de morts. Le duo Clarke-Costelle trace un portrait inédit, haletant et fouillé d'Adolf Hitler. En cassant quelques clichés.

Hitler vous a-t-il donné du fil à retordre?
Daniel Costelle – Plutôt. Hitler est un sujet rarement traité en documentaire. À part un docu allemand pour Arte, depuis 60 ans, aucun film n'avait été fait sur le personnage. J'ai fait vérifier. Il y en a eu un seul en Allemagne pour Arte. Sinon rien! C'est le signe de la difficulté extrême du sujet.

Par quel bout vouliez-vous le prendre?
D.C. – Nous répondons à la question: "Comment Hitler a-t-il été possible?" Avec quelles complicités et enraciné dans quel terreau? La réponse m'a stupéfié. On vit sur des idées toutes faites autour d'Hitler. Depuis 70 ans, on s'est ingénié à cultiver la vision simpliste d'une irrésistible montée au pouvoir d'un leader charismatique. Ce qui a permis au peuple et aux militaires allemands de rejeter la faute sur le dictateur. Alors que, par exemple, au plus fort du nazisme avant-guerre, les S.A. (les sections d'assaut du parti nazi) étaient près de deux millions…

Son ascension n'a pas non plus été aussi irrésistible?
D.C. – Exact. C'est un opportuniste rompu au chantage et au racket. Il crée le désordre puis s'impose comme le seul à pouvoir l'arrêter. Et au moment où on le croit fini, après son recul aux élections de novembre 1932, le voilà nommé chancelier. Car on ne l'estime pas si dangereux mais aussi parce que les partis traditionnels n'arrivent pas à former un gouvernement sans lui. Le film montre bien qu'Hitler est un produit façonné par une poignée de personnes et de forces autour de lui. C'est une piqûre de rappel à l'heure où l'on (re)vit la montée des populismes de droite et d'extrême droite qui prospèrent sur la crise, le chômage, la démagogie…

Hitler charrie une pléthore d'images. Pourtant vous annoncez plus de 40 % d'archives inédites. Comment est-ce possible?
D.C. – Si j'exagérais, je dirais même qu'entre les images inédites et les images remises en couleur, on obtient un effet d'inédit complet. En tout cas, l'essentiel des images est inconnu du grand public. Et on avoisine les 40 % d'images vraiment inédites. Ça a coûté cher à notre producteur mais c'est le prix de la qualité.

Comment avez-vous déniché ces trésors?
Isabelle Clarke – Nous avons eu une collaboration assez unique avec le Bundes Archives. On nous a donné un accès privilégié à un fonds d'archives qui n'était pas numérisé et peu exploré jusqu'à maintenant. On a visionné et digitalisé. Le Bundes gère aussi des fonds privés d'images amateurs tournées par le premier cercle d'Hitler. Et puis, on a puisé dans des fonds plus locaux. Ceux de länder, de villes ou de municipalités… C'est là qu'on a trouvé l'incendie de la synagogue, la répression des magasins juifs, les images des autodafés de livres à travers l'Allemagne. Des images officielles mais aussi leurs rushes. Et beaucoup d'images des campagnes électorales qui faisaient tellement écho à notre sujet.

Vous avez aussi quelques révélations?
D.C. – Quelques-unes. Comme le fait avéré que Hugo Boss a été le designer des uniformes des S.A., des S.S. et des Jeunesses hitlériennes. Nous montrons sa carte du parti et une pub sans ambiguïté sur le sujet.

Vous auriez pu faire plus que deux fois 52 minutes…
D.C. – La force du film vient de sa densité, fruit de ce format imposé par France 2. Et ce n'est pas plus mal. Cela force à un récit haletant et captivant sans s'égarer dans les détails. On s'est concentré sur le fait qu'Hitler, c'est l'histoire, implacable et féroce, d'une trajectoire. Comme une balle. Mais l'essentiel est d'analyser le "coup de feu".

Pensez-vous avoir percé le mystère Hitler?
I.C. – Oui. Nous démontrons qu'Hitler était un illuminé persuadé d'avoir entendu des voix l'invitant à restaurer à tout prix la grandeur de l'Allemagne. Il le fera en opportuniste. Il n'a pas d'idéologie à proprement parler mais est entouré d'idéologues comme Joseph Goebbels, chef de la propagande, qui sont de vrais inspirateurs. En bon populiste, Hitler a appuyé sur les bons boutons au bon moment. Ajoutez à cela qu'il est un tribun fantastique et avide de pouvoir. Vous obtenez la bombe Hitler.

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APOCALYPSE HITLER Mardi 18 La Une 20h20
Mardi 25 France 2 20h35

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