Bruce Springsteen: La saga du dernier héros américain

Le 13 juillet, il se produira pour la première fois à Werchter. En attendant, une biographie particulièrement bien fouillée lève le voile sur sa part d'ombre. Géant.

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Le vendredi 8 février prochain, en marge de la cérémonie officielle des Grammy Awards, Bruce Springsteen recevra l’Award de la personnalité de l’année 2012. Une récompense octroyée à la fois pour son œuvre artistique et pour ses activités philanthropiques. Bien vu. Ces douze derniers mois, le chanteur du New Jersey âgé de 63 ans a été, en effet, sur tous les fronts de l’actualité. Sorti le 2 mars 2012, "Wrecking Ball", album rageur d’excellente facture, lui a permis de retrouver les sommets des charts après le relatif échec commercial de "Working On A Dream" (2009). Son "Wrecking Ball Tour" a été la deuxième tournée la plus rentable de l’année, derrière le "MDNA Tour" de Madonna, engrangeant 199 millions de dollars de recettes en 92 concerts. Cette tournée se classe également en deuxième position en termes de fréquentation, juste derrière "The Wall"de Roger Waters.

Quand il n’était pas en représentation officielle avec le E Street Band, le Boss sautait dans un avion pour soutenir Barack Obama dans la quête de son deuxième mandat à la Maison Blanche (comme il l’avait déjà fait lors de la campagne présidentielle en 2008). Il a aussi chanté Born To Run lors du concert caritatif 12/12/12 en faveur des victimes de l’ouragan Sandy, débattu avec des jeunes groupes de rock alternatif au festival South By Southwest d’Austin et presque volé la vedette à Mick Jagger lors du dernier concert des Stones à New York.

Pour l’avoir vu en live à maintes reprises et dans toutes les configurations imaginables au cours de ces vingt-cinq dernières années, Bruce Springsteen n’a jamais été aussi fort sur scène qu’aujourd’hui. Généreux, libéré et revigoré par on ne sait quel élixir de jouvence, le Boss choisit encore et toujours de communiquer avec son public de la manière la plus directe qui soit: par la musique. Avec lui, pas de formatage, de décor, de changement de costume, d’effets spéciaux ou de setlist préétablie. Le répertoire change chaque soir et son groupe a intérêt à assurer. Un titre de chanson sur une pancarte en carton tendue par un fan? Une inspiration soudaine? Et hop!, ni une ni deux,  Bruce se retourne, demande à ses musiciens de se réaccorder et balance ici une reprise de Clash, là un tube de Dylan ou une chanson peu connue exhumée de son propre répertoire.

Au Rhein Energie Stadion de Cologne où nous l’avons suivi le 27 mai dernier, il est monté sur scène avec son E Street Band à 19h45, alors que les spectateurs faisaient encore le plein de pils et de schnitzels. Il n’est reparti dans son van climatisé qu’à 23h15. À Helsinki, quelques jours plus tard, Springsteen a battu le record de son concert le plus long: 33 chansons pour quatre heures et six minutes de show. Et le meilleur est encore à venir avec le deuxième volet de sa tournée mondiale qui fera escale à Werchter le 13 juillet prochain.

Un collègue et ami dubitatif nous demandait récemment comment un artiste pouvait attirer chaque fois plus de monde à ses tournées sans avoir de nouveaux gros tubes en radio. La réponse est simple. Un concert de Springsteen est une expérience unique nous rappelant que les plus belles émotions rock sont celles qui se vivent à l’instant présent. Un show du Boss ne se télécharge pas. Un show du Boss ne s’immortalise pas en le filmant à l’aide d’un smartphone. Non. C’est une expérience qui s’apprécie de manière intense au milieu d’une foule et qui reste gravée à jamais dans les cœurs. Voilà pourquoi.

Une vraie proximité

À ce niveau de notoriété, Springsteen est aussi l’un des seuls chanteurs à garder une vraie proximité avec le public. Il a le pouvoir charismatique d’un Bono, la plume d’un Dylan, la forme physique d’un Mick Jagger et inspire le respect des puristes comme Neil Young. Mais contrairement à ces grands noms, il reste toujours accessible et donne l’impression de faire partie du même monde que nous. Une anecdote? En février dernier, notre collaborateur musical Bernard Dobbeleer assistait à Paris à une conférence de presse de Bruce Springsteen pour le lancement de "Wrecking Ball". Après la séance de questions/réponses, Bernard s’est rendu au bar de l’hôtel avec d’autres journalistes. Quelle ne fut pas leur surprise de voir le Boss se joindre à eux sans le moindre garde du corps, commander une bière et lâcher quelques vannes.

Nous nous rappelons aussi une interview qu’il a accordée conjointement à Moustique et à De Morgen dans les coulisses de Forest National le 30 mai 2005, à l’occasion de sa tournée solo Devils & Dust. Deux règles avaient été fixées préalablement par son manager: seulement 15 minutes d’entretien et interdiction de publier l’interview ailleurs que dans les pages de Moustique. C’était sans compter sur la générosité de l’artiste. Il nous a tout d’abord invités à assister à sa répétition dans une salle vide avant de répondre à nos questions dans sa loge pendant près de 45 minutes! Le lendemain, alors qu’il faisait route pour la Scandinavie, le Boss a envoyé un texto à son attachée de presse belge pour nous remercier de la qualité de cette rencontre en nous autorisant à utiliser notre article comme bon nous semblait. Inoubliable.

Alors, le Boss a-t-il une face sombre et des défauts? Yes, of course. Et c’est d’ailleurs tout le mérite de Bruce, nouvelle biographie en anglais rédigée par le journaliste américain Peter Ames Carlin, d’insister sur ce point. Particulièrement bien documenté, ce livre édité par Simon and Schuster (la traduction française sort chez Sonatine en juin) nous en apprend plus sur Springsteen que tout ce qui a déjà été écrit sur lui. Déjà auteur d’ouvrages de référence sur Paul McCartney et sur Brian Wilson (Beach Boys), Peter Ames Carlin a bien sûr sollicité Bruce Springsteen avant de se mettre au travail. Celui-ci a eu pour réponse: "Tu veux écrire une biographie sur moi? O.K., vas-y. Mais si, dans ton enquête, tu recueilles des témoignages trop flatteurs à mon égard, laisse tomber ou recoupe tes sources".

Article complet dans le Moustique du 16 janvier.

 

 

Le 13/7 à Werchter.

Peter Ames Carlin
Bruce
Simon and Schuster (pour l’édition en anglais, celle en français est prévue en juin chez Sonatine)

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