Bruxelles date la fin des diesels et de l’essence: vive l’électrique?

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Cette interdiction sera définitive, laissant la voie libre à la généralisation de la voiture électrique. Une alternative pas totalement propre mais intéressante quand même pour la planète.

Le gouvernement bruxellois a tranché ce jeudi matin: les jours des véhicules essence et diesel sont comptés dans la capitale belge! Des dates précises ont été établies pour leur interdiction future, à savoir 2030 pour le diesel et 2035 «au plus tard» pour l’essence (et le LPG, c’est-à-dire le gaz de pétrole liquéfié). Bref, dans 15 ans, il vaudra mieux avoir une voiture électrique pour se déplacer dans Bruxelles! Des détails supplémentaires seront donnés demain en fin de matinée par le ministre-président de la région Rudi Vervoort accompagné de plusieurs de ses ministres. Des choix à placer dans le cadre global de la politique de lutte contre les émissions de CO2, où l'électrique jouera un grand rôle.

Remplir les objectifs de CO2 et revoir la fiscalité automobile

Comme le fait savoir le gouvernement bruxellois, le but global est «de présenter les prochains jalons de la LEZ (la zone basse émission)», afin de «faciliter cette transition vers un parc automobile plus propre à Bruxelles». En interdisant le diesel et l’essence, Bruxelles suit ainsi l’exemple d’autres villes comme Paris qui ont déjà adopté des dates encore plus proches, voire des pays entiers comme le Royaume-Uni.

Cette décision se place dans le cadre d’une déclaration de politique générale adoptée en 2018-2019 et allant déjà en ce sens. L’étape d’aujourd’hui représente l’aboutissement de cette logique qui affirme se baser sur des études d’impact, que ce soit sur la qualité de l’air, les finances, la mobilité ou encore l’énergie. Bruxelles Environnement estime ainsi que le transport routier contribue à «69 % des émissions d’oxydes d’azote, 35 % des émissions de particules PM10, 30 % des émissions de particules plus fines PM2.5 […] et 30 % des émissions totales de dioxyde de carbone (CO2)». Il faut aussi rappeler que les décisions d’aujourd’hui s’inscrivent dans le Plan climat 2030, avec une réduction prévue de 40% des émissions de gaz à effet de serre d’ici cette date à Bruxelles.

D’autre part, le gouvernement bruxellois prévoit de réformer la fiscalité automobile. Il s’attaquera notamment à la taxe de mise en circulation (TMC) qui sera plus progressive en fonction du poids, de la puissance et encore du carburant utilisé par le véhicule. Le but: «dissuader l’achat de véhicules non adaptés aux déplacements dans un environnement urbain». Est aussi concernée la taxe de circulation (TC), révisée en fonction de la nouvelle LEZ.

La voiture électrique: un bon pari?

Évidemment, il faut maintenant prévoir l’arrivée massive de voitures électriques au vu de ces décisions. L’année dernière, les autorités de la région avaient affirmé vouloir installer près de 11.000 bornes électriques à travers toute la région d’ici 2035. Le gouvernement estimait alors que cela serait suffisant pour faire face à la hausse de la demande à venir. Aujourd'hui, il y a 170 bornes sur la voie publique, soit 340 points de recharge, nous fait savoir le cabinet de la ministre bruxelloise de la Mobilité Elke Van den Brandt. "Et il y en a bien plus avec le privé", ajoute-il. En 2020, le ministre de l’Environnement Alain Maron avait également assuré que 100% de l’électricité utilisée à destination des véhicules sera produite via des sources d’énergie renouvelable.

Cette question de la provenance de l’électricité nécessaire est capitale pour établir le bilan carbone final de cette politique. L’année passée, une étude du think thank Arval Mobility Observatory a voulu savoir l’impact environnemental d’une voiture électrique comparé à une voiture thermique. Résultat: il y a de très grandes variations en fonction du mode de production d’électricité majoritaire.

En Norvège, il faut seulement parcourir 8.000 km avec une voiture électrique pour compenser les émissions de CO2 nécessaires à sa production, grâce à l'importance de l’énergie hydraulique dans le pays. En France, il faut 16.800 km grâce à l’énergie nucléaire (qui compte pour 74% du total du bilan énergétique du pays). Par contre, en Allemagne, encore fortement dépendante du charbon, remplacer une voiture thermique par une électrique est deux fois moins efficace qu’en France. Et en Chine, c’est bien pire, là aussi à cause du charbon. Dans l’Empire du Milieu, il faut que la voiture fasse 180.000 km pour que cela soit intéressant sur le plan écologique. Autrement dit, à Pékin, avoir une voiture électrique ou thermique à l’heure actuelle, c’est plus ou moins pareil.

Qu’est-ce qu’il en est en Belgique? D’après une étude commandée en 2017 par l'ONG Transport & Environment, avoir une voiture électrique chez nous est moins intéressant qu’en France, mais cela reste pas mal. Outre-Quiévrain, comparé à une voiture diesel standard, la voiture électrique permet une diminution de 80% du bilan carbone. En Belgique, qui utilise moins le nucléaire et pas encore assez le renouvelable, cette réduction est de 65%. Cela reste toutefois mieux que la moyenne européenne (-55%). Et ne parlons pas de la Pologne, mauvais élève du continent à cause de son charbon. Là-bas, une voiture électrique ne permet qu’une diminution de 25% du bilan carbone comparé à un diesel.

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