Les experts alertent la population sur la domination attendue du variant Delta

Le virologue Emmanuel André lors d'une conférence de presse, le 13 mars 2020 @BelgaImage
Le virologue Emmanuel André lors d'une conférence de presse, le 13 mars 2020 @BelgaImage
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Ses symptômes sont moins facilement décelés. La suite du déconfinement cet été sera conditionnée à une prise de conscience.

Ce mercredi matin, le ton était grave du côté du virologue Emmanuel André. Inquiet à propos de la présence du variant Delta (précédemment dénommé "indien") en Belgique, il note que «le nombre d'infections liées à ce variant commence à accélérer». Ces derniers jours, sa proportion était en effet d’1%, puis de 3% et aujourd’hui de 5% sur l’ensemble des cas de Covid-19. «C'est un variant qui se transmet mieux que les autres, et pour lequel on n'est pas protégés avec une seule dose de vaccin», prévient-il sur Twitter.

Et Emmanuel André est loin d’être le seul à se montrer préoccupé. Autant il est arrivé que les experts se montrent divisés sur certains sujets, ils sont au contraire ici unanimes. Le variant Delta a tout pour pourrir notre été ! Ce à cause de certaines caractéristiques décelées depuis la semaine dernière qui n’annoncent rien de bon.

Des enseignements britanniques qui invitent à la prudence

Les études s’accumulent en effet sur la perversité de la contamination avec cette nouvelle variété du Covid-19. L’une d’entre elle, menée notamment par Tim Spector, épidémiologiste au King's College of London, montre que les symptômes sont bien plus semblables à ceux d’un rhume habituel: mal de tête, maux de gorge, nez qui coule et fièvre. La perte de goût et d’odorat, principale spécificité du Covid-19 est peu présente, tout comme la toux. Il est donc beaucoup plus facile de confondre les deux pathologies.

C’est ce qui pourrait expliquer en partie que le fait que le variant Delta soit plus contagieux. Selon les autorités sanitaires britanniques, cette augmentation de sa transmission pourrait être chiffrée à +60% comparé au variant Alpha, désormais majoritaire sur le continent européen. Au Royaume-Uni, il a d’ailleurs pris complètement le dessus sur son cousin auparavant surnommé « anglais ». Il compterait désormais pour plus de 90% des cas et le nombre de malades du Covid-19 remonte fortement: ceux-ci étaient environ 2.000 par jour mi-mai et ce chiffre se rapproche aujourd’hui de la barre des 8.000 quotidiens.

Cela pourrait paraître peu comparé au pic britannique de janvier (presque 70.000 cas sur un jour) mais l’évolution est inquiétante. Pas étonnant dès lors que Boris Johnson, le Premier ministre britannique, ait décidé de reporter la dernière phase du déconfinement. Il va donc encore falloir attendre un mois de plus pour voir des pubs servir directement au bar à Londres, une coutume chère aux Anglais, ou pour profiter des discothèques de Manchester.

Faut-il être inquiet pour la Belgique? Oui et non

En Belgique, la situation est moins grave. Ce 16 juin, le nombre de cas journaliers de Covid-19 continue sa chute (-42% en une semaine, soit 764 infections), le taux de reproduction du virus est de 0,77 (loin du 1 qui serait synonyme d’une reprise épidémique) et on ne compte plus que 7,4 décès en moyenne par jour. Plus que 256 malades du Covid-19 sont en soins intensifs.

Mais à l’instar d’Emmanuel André, le biostatisticien Geert Molenberghs prévient. Une prévalence de 5% du variant Delta en Belgique, «cela ne semble pas beaucoup mais si cela continue à ce rythme, nous dépasserons les 50% de contaminations en juillet», dit-il à Het Laatste Nieuws. Un discours très similaire à celui d’Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral sur le Covid-19. «Ce n’est pas grand-chose me direz-vous mais c’est ce que l’on a constaté il y a quelques semaines en Grande-Bretagne», rappelle-t-il en conférence de presse. «Tout porte à croire que ce variant l’emportera de plus en plus sur les autres variants présents sur notre territoire».

Certes le risque d’une nouvelle vague est encore peu probable, mais «il ne faut pas écarter cette possibilité», assure Geert Molenberghs, surtout vu l’évolution au Royaume-Uni. Ce dernier rappelle d’autre part qu’«après une dose, l'efficacité [du vaccin contre ce variant] est nettement inférieure. Mais la deuxième dose offre une très bonne protection». Encore une fois un point de vue partagé par Emmanuel André. Selon une étude de Public Health England (PHE), après deux doses, le vaccin de Pfizer est efficace à 96% pour contrer les hospitalisations, alors que celui d’AstraZeneca s’établit à 92%. Il n’y a pas encore de données pour Moderna et Johnson&Johnson.

Un été sous haute surveillance en Europe

Malgré ces bonnes nouvelles sur l’efficacité de Pfizer et d’AstraZeneca, il n’empêche que le variant Delta pourrait s’imposer avant qu’une proportion significative de la population belge soit entièrement vaccinée. Pour l’instant, seuls 28,2% des Belges sont dans ce cas (35,2% en ne prenant en compte que les adultes). Il faudra donc encore de nombreuses semaines avant d’atteindre les fameux 70%, objectif édicté par le gouvernement.

Le même problème se pose dans les autres pays européens, surtout au Portugal. Là-bas, 58% des cas de Covid-19 seraient liés au variant Delta. Pire: il y aurait encore légèrement muté dans ce pays, avec un nom de code propre (K417N). Pour l'instant, les experts connaissent encore peu cette mutation. En Allemagne et en France, on se situe aux alentours d’une prévalence de 3% environ, un peu comme en Belgique. Là aussi, ce chiffre est en augmentation plus ou moins rapide.

Est-ce que malgré tout ça, la Belgique pourrait échapper au variant Delta? Difficile de s’avancer, tant il faudrait une boule de cristal pour le dire. Mais il se pourrait en effet que le variant Delta s’installe dans le pays un peu comme l’a fait avant lui le variant Alpha. C’est pour cela que l’épidémiologiste de l’ULB Yves Coppieters met en garde contre la suite du plan de déconfinement belge, notamment à propos du retour des festivals à la mi-août. "Il faudra absolument s'assurer qu'il n'y a aucun risque de contaminations", dit-il à l’Echo. "Le risque sera proportionnel au maintien d'une prise de conscience par la population de l'importance du testing et de la quarantaine. Il ne faudra pas attendre des signes de maladie avant de se faire dépister ou de s'isoler!", reprenant ici une suggestion faite par les experts britanniques, inquiets de la confusion avec un simple rhume.

Bref, si la population est consciente de ce risque d’amalgame, la suite de l’épidémie pourrait connaître un sort différent qu’au Royaume-Uni, de même que la bonne tenue du plan de déconfinement. Dans le cas contraire, Yves Coppieters n’hésite pas à mettre en garde: il faudra alors que le fédéral revienne sur ses promesses pour éviter un nouvel emballement des chiffres.

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