L’oméga-3 DHA, un poison pour le cancer d’après l’UCLouvain

La chercheuse Emeline Dierge en laboratoire le 11 juin 2021 @BelgaImage
La chercheuse Emeline Dierge en laboratoire le 11 juin 2021 @BelgaImage
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Des scientifiques néolouvanistes ont montré comment cet acide gras, trop peu présent dans l'alimentation de la majorité de la population, provoque la mort de la partie la plus dangereuse des tumeurs.

Si vous aimez les poissons gras, comme le saumon, et les œufs, voilà une nouvelle qui devrait vous plaire. Trois chercheurs de l’UCLouvain viennent en effet de démontrer que l’oméga-3 DHA contenu dans ces aliments faisait littéralement imploser les cellules cancéreuses les plus agressives. Leur étude, parue dans la revue Cell Metabolism, montre ainsi l’intérêt de cet acide gras dans la lutte contre les cancers. Pour parvenir à cette conclusion, il a fallu plusieurs années de recherche.

Attaquer le cœur du cancer

En 2016, l’un de ces trois scientifiques, Olivier Feron, prouve que les cellules qui se situent au cœur des tumeurs vivent dans un milieu bien plus acide qu’en périphérie (dix fois plus que dans un tissu sain). Pour y survivre, elles ne se nourrissent non pas de glucose, comme le feraient ses congénères, mais d’acides gras. En 2020, il prouve par ailleurs que ces mêmes cellules centrales sont les plus susceptibles de provoquer des métastases, les autres étant certes cancéreuses mais moins dangereuses.

Son collègue Yvan Larondelle, expert en nutrition, lit alors cette conclusion et se pose une question: est-ce qu'il n’existerait pas un acide gras qui serait non pas un carburant pour ses cellules mais un poison? Les deux hommes s’associent ensuite avec la doctorante en bioingénierie Emeline Dierge et rapidement, ils finissent par trouver ce qu’ils cherchaient. L’un des omégas-3, le DHA (acide docosahexaénoïque), provoque une réaction inattendue.

Normalement, dans la zone acide des tumeurs, les cellules cancéreuses stockent les acides gras dans des sortes de petits sacs, ce qui les protège de l’oxydation. Mais lorsque le DHA est présent de façon assez importante, cela n’est plus possible. C’est la «ferruptose». La cellule se gave de DHA sans se rendre compte que cela libère des molécules qui lui nuisent et c’est l’implosion, au sens littéral du terme. Le cœur des tumeurs se meurt.

Après ces observations faites lors d’expériences in vitro, les trois chercheurs de l’UCLouvain ont ensuite démontré leurs résultats dans la pratique, sur des souris cancéreuses nourries avec une alimentation riche en DHA (notamment des croquettes enrichies à l’huile de poisson). Chez elles, le développement tumoral est fortement ralenti, comparé aux autres souris qui ont un régime classique. Cet effet est encore plus fort lorsqu’il est couplé à l’administration d’un inhibiteur de métabolisme des lipides, un médicament utilisé contre l’obésité.

Mieux s’alimenter pour lutter contre le cancer

Attention: cela ne veut pas dire que l’oméga-3 DHA suffit à tuer le cancer! Il reste alors encore toute la périphérie. Mais non seulement cette dernière est moins agressive mais en plus, c’est elle qui est la cible des chimiothérapies. Le problème de ce genre de traitement, c’est justement qu’il épargne souvent la partie acide des tumeurs. Cette étude montre donc que ces deux aspects sont importants de la lutte contre les cancers. D’abord, il y a la chimio pour attaquer la périphérie de la tumeur, puis il y a l’oméga-3 DHA pour s’attaquer au centre acide.

Le problème à l’heure actuelle, c’est que la population est globalement en carence d’oméga-3 DHA. «Pour un adulte, il est recommandé de prendre a minima 250 mg de DHA par jour. Or des études montrent que notre alimentation nous apporte en moyenne seulement 50 à 100 mg par jour de cet acide gras. Ce qui est bien en dessous de l’apport minimum recommandé», précisent les auteurs de l’étude.

Bien sûr, cela ne veut pas dire qu’il faut manger que des poissons et des œufs. Se goinfrer de saumon par exemple, c’est s’exposer à de trop fortes concentrations en polluants présents dans les océans. Mais s’assurer d’avoir un apport suffisant en oméga-3 DHA est une bonne initiative. Les chercheurs continuent aussi d'enquêter pour voir si d'autres acides gras pourraient avoir le même effet, voire pourraient être couplé au DHA pour que le traitement soit encore plus efficace.

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