Lutte contre l’homophobie : « Un nouveau plan d’action est indispensable »

Un passage arc-en-ciel à Bruxelles en l'honneur de ce 17 mai. (Belga)
Un passage arc-en-ciel à Bruxelles en l'honneur de ce 17 mai. (Belga)
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Unia a encore reçu plus de 400 signalements pour discrimination sur base de l'orientation sexuelle en 2020. Pour son directeur, la situation doit encore évoluer en Belgique, notamment en matière de cadre légal et de sensibilisation.

Ce lundi, de nombreuses administrations communales du pays ont hissé haut leur drapeau arc-en-ciel, se fendant souvent d’un message sur les réseaux sociaux, signalant que toutes les identités, expressions de genre et orientations sexuelles sont les bienvenues dans leur commune.

En effet, le 17 mai est la journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie. La date a été choisie parce que c’est un 17 mai que l’Organisation Mondiale de la Santé a décidé de ne plus considérer l'homosexualité comme une maladie mentale. C’était il y a 31 ans seulement...

Et si la Belgique a souvent fait partie des pays les plus avancés sur la question, ce n’est pas pour autant que tout est rose. L’année dernière encore, Unia, ex-centre pour l’égalité des chances, a reçu 406 signalements de discrimination sur base de l’orientation sexuelle et a ouvert 109 dossiers à ce sujet. C’est moins qu’en 2019, mais le chiffre est assez stable sur les cinq dernières années. Ces dossiers concernent aussi bien le monde du travail, que la représentation dans les médias ou simplement la vie en société.

« Il ne faut pas que la diminution du nombre de dossiers donne une impression erronée : les chiffres ne montrent qu’une partie de la réalité », commente Patrick Charlier, le directeur d’Unia.

« Pour différentes raisons, de nombreux faits d’homophobie et de violence à l’égard des personnes homosexuelles ne sont pas signalés et répertoriés. Nous encourageons bien sûr les personnes LGBTI+ à signaler ces faits. Ils peuvent le faire à la police, à Unia, ou auprès d’associations LGBTI+, et parfois aussi dans des points de contact locaux dans les administrations des villes et communes. Les agressions graves doivent toujours être signalées à la police. Chaque signalement permet d’améliorer les politiques de lutte contre l’homophobie. Une approche efficace pourra être mise en place grâce à une bonne perception de la réalité des faits de discrimination et d’homophobie. »

Modifier la constitution

De son côté, la Région wallonne vient de débloquer 200.000€ pour les sept Maisons Arc-en-Ciel de son territoires. Ces lieux d’accueil peuvent aider les personnes qui ont du mal à vivre avec leur orientation sexuelle ou identité de genre via un soutien psychologique ou un accompagnement social ou juridique si besoin.

Le Gouvernement wallon a aussi annoncé travailler, avec les autres entités du pays, sur un « nouveau Plan d'Action Interfédéral (PAI) LGBTQI+ », qui devrait être prêt cette année. Au programme : soins de santé adaptés, sécurité renforcée, bien-être et promotion de la diversité. Les différentes associations du pays devraient être consultées afin de rendre ce plan cohérent et répondre aux besoins.

C'est exactement ce que réclamait Unia. « Un nouveau plan d’action est souhaitable et indispensable. Pas seulement pour lutter contre les violences homophobes, mais aussi pour que l’homosexualité ne soit plus un tabou à l’école, sur le lieu de travail et dans tous les domaines de la société », déclare Patrick Charlier. « Il est important d’évaluer les plans déjà mis en place, et de savoir dans quelle mesure ces plans ont fait la différence ».

Parmi les différentes actions à mettre en place, placer sur un pied d’égalité tous les discours de haine, discours homophobes et transphobes inclus, est mis en avant par l’organisation.

Pour cela, l’article 150 de la Constitution devrait être révisé, car, aujourd’hui, ce genre de propos doivent être jugés en cour d’assises, ce qui n’arrive jamais. « Il est inacceptable qu'aucune poursuite ne soit engagée pour incitation à la haine, à la violence ou à la discrimination à l’encontre des personnes LGBTI+, dans les médias ou via internet », analyse le directeur d’Unia, pour qui la diffusion d'idées homophobes devrait être considérée comme une infraction pénale. 

Pour ce 17 mai 2021, Unia, en collaboration avec Arc-en-Ciel Wallonie, qui regroupe toutes les associations LGBTI+ de la Région, et çavaria, son pendant flamand, lance la campagne #DonneMoi1Minute. Il s’agit d’un concours à destination des écoles secondaires. Les classes sont évitées à créer une vidéo d’une minute autour de la question LGBTI+, avec la clé pour les vainqueurs, un chèque pour monter un projet concret sur cette thématique dans leur école.

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