Tout le monde se (re)lève pour Telex

Telex
Telex
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Compilation, inédits, réédition du back-catalogue, nouveau contrat discographique… Les pionniers de l’électro surréaliste n’ont jamais été aussi tendance.

C’est une certitude. Telex n’aurait pas pu naître ailleurs qu’en Belgique. Lancé en 1978 avec une reprise iconoclaste du tube yé-yé Twist à Saint- Tropez des Chats Sauvages, le trio bruxellois a toujours malaxé un sens de la dérision bien à lui et un surréalisme bien de chez nous. Marc Moulin, le jazzman et homme de radio, Dan Lacksman, l’ingénieur du son fana de synthés et Michel Moers, architecte urbaniste et chanteur de folk, n’ont jamais rêvé d’accéder au star-system. Ils n’ont jamais montré leur visage sur les pochettes de leurs six albums et n’ont pas donné le moindre concert. Ce qu’ils voulaient, c’était s’amuser, expérimenter et nous faire danser au son d’une nouvelle musique et de rythmes automatiques.

Covers décalés, pop minimaliste, refrains en forme de slogans, graphisme avant-gardiste…, Telex a tout essayé. Telex a tout osé, y compris le Concours Eurovision de la chanson en 1980. Le groupe a bousculé les codes, inventé une nouvelle grammaire pop et battu en brèche les règles du show-business. Et ça leur a plutôt bien réussi. Adulé et recyclé par plusieurs générations, Telex reste pertinent. La preuve: quarante-trois ans après son premier album, douze ans après la disparition de Marc Moulin, Telex signe un nouveau contrat discographique avec Mute, label de référence en matière électro qui a lancé Depeche Mode. Avec, à la clef, une compilation dotée de deux inédits (Dear Prudence des Beatles, The Beat Goes On de Sonny & Cher) et, pour la fin de l’année, la réédition de tous ses albums.

Signer sur Mute Records, c’est un rêve qui se réalise?
MICHEL MOERS - Quand on a commencé, on pensait faire de la musique jetable après six mois. Et quarante-trois ans plus tard, on signe chez Mute qui est le grenier de la musique électronique. J’avais envoyé un mail à Daniel Miller, le boss de Mute, pour dire que notre catalogue était disponible. Le lendemain il nous signait. C’est incroyable.

À qui s’adresse cette compilation?
M.M. - Telex n’a jamais été un groupe grand public et ne le sera jamais. Mais grâce à Facebook, on se rend compte, encore aujourd’hui, qu’on a des fans dans le monde entier. Japon, États-Unis, pays de l’Est… J’espère qu’on va élargir le cercle. Au fil des années, notre capital “sympathie” a fructifié. À nos débuts, on nous prenait pour des connards.

Du magazine Trax en France au Guardian en Angleterre, on dit que Telex est un groupe culte et que vous êtes des pionniers. Ça vous convient?
DAN LACKSMAN - Le côté “pionnier”, on ne s’en rend compte qu’après. Aujourd’hui, on aime notre son “vintage”, mais à l’époque, c’était un son nouveau. En 1978, quand on disait “musique électronique”, on pensait à Tangerine Dream qui faisait des morceaux de quarante-cinq minutes. C’était de la musique instrumentale, planante et cérébrale. À l’époque, il n’y avait que Kraftwerk et nous qui utilisions l’électro¬nique pour faire une musique mélodique, pop, rythmée et chantée.
M.M. - Groupe “culte”, ça fait plaisir, bien sûr. Et ça sous-entend aussi qu’on a gagné beaucoup moins que des groupes populaires, ce qui est vrai.

Telex aurait été lancé comme une blague. Vous confirmez?
M.M. - Non. Ce qui est vrai, c’est qu’il y a toujours eu de l’humour et du second degré dans Telex, mais ce n’était pas une blague. On faisait les choses sérieusement sans se prendre au sérieux.
D.L. - Nous étions tous les trois très impliqués dans la création des albums et ça prenait du temps. Mais ça restait un hobby. On gardait nos activités à côté. Nous n’avions pas de plan de carrière ou d’envie de faire des concerts.

Bien avant Daft Punk, vous aviez décidé de ne pas montrer vos visages. Vous ne vous trouviez pas beaux?
M.M. - Nous n’étions plus tout à fait des teenagers quand on a commencé. Et puis, on était persuadés qu’il n’y aurait aucun phénomène d’identification. L’idée était aussi que la musique de Telex primait sur ses individualités. Dans le clip de Twist à Saint-Tropez, on portait des cagoules. Mais en Allemagne, il y avait alors les terroristes de la bande à Baader et ça faisait mauvais genre. Un peu plus tard, un mec en Angleterre nous a conseillé d’adopter le look “nouveaux romantiques” façon Duran Duran. Finalement, on a gardé nos vrais visages pour les interviews et on a mis des illustrations sur nos pochettes de disques.

En 1980, vous vous classez 17es sur 19 au Concours Eurovision de la chanson. Des regrets?
M.M. - Quand Johnny Logan, qui allait remporter cette année-là l’Eurovision, est sorti de scène, je l’ai félicité et dit qu’il allait gagner. Il m’a répondu: “Si je gagne, c’est bien pour moi. Si Telex gagne, ce sera bien pour la musique”. Il avait raison. Notre chanson Euro Vision n’a pas été bien comprise en 1980, mais elle a passé l’épreuve du temps. Elle célébrait cette époque sans espace Schengen et avec le mur de Berlin où l’Eurovision était la seule soirée qui permettait à tous les Européens de mettre un smoking pour faire la fête ensemble.

Qu’avez-vous ressenti en réécoutant tous vos disques pour faire cette compile?
M.M. - J’ai écouté ça comme si c’était une nouvelle musique. Avec le recul, je me rends compte que notre premier album “Looking For Saint-Tropez” était le plus réussi pour sa simplicité et son côté “ligne claire”. Quand on a retravaillé les morceaux pour la compile, on a gommé le superflu pour se rapprocher de cette simplicité. La seule nostalgie ressentie, c’est parce que Marc n’est plus là.
D.L - Quand j’ai réécouté les bandes, c’est comme si Marc était présent. Il n’y a rien d’ésotérique là-dedans. C’est juste qu’il amenait de la vie et du groove dans la musique de Telex. Et c’est ce qu’on ressent toujours en réécoutant ces morceaux.

This Is Telex, Mute/ [PIAS]

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