Marianne Faithfull, interview d’une icône miraculée

Marianne Faithull
Marianne Faithull
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Elle a connu tous les excès du rock dans les années 60 et a failli mourir du Covid en 2020.  A 74 ans, elle sort ce vendredi son nouvel album enregistré avec l’aide de Warren Ellis et de Nick Cave.

Au printemps 2020, Marianne Faithfull a chopé le virus. Fumeuse au long passé de toxicomane, elle en a bavé. "Un long trou noir, je ne me suis rendu compte de rien. Quand je me suis réveillée à l’hôpital, on m’a dit que j’avais failli y ­passer. Ça m’a laissé des séquelles, mais j’ai réussi à ­terminer cet album qui me tenait à cœur. Thanks God.” Cet album n’est pas qu’un enregistrement de plus. C’est le projet d’une vie.

Bien avant de chanter As Tears Go By en 1965, de devenir la “sister Morphine” de Mick Jagger et de s’imposer comme l’icône sulfureuse du Swinging London, cette descendante d’une famille aristocrate autrichienne s’était passionnée pour la littérature. Âgée aujourd’hui de septante-quatre ans, elle dit réaliser “un rêve d’étudiante” avec “She Walks In Beauty”, album à la beauté crépusculaire où elle lit de sa voix marquée par les excès les mots des poètes romantiques anglais du XVIIIe siècle: Percy Shelley, Lord Byron ou John Keates. Warren Ellis, des Bad Seeds, a composé la musique. Il a rameuté son pote Nick Cave qui joue du piano alors que Brian Eno ajoute quelques bidouillages sonores. Du beau monde pour du grand art.

Marianne Faithfull & Warren Ellis

À quand remonte cette idée d’un album de poèmes anglais mis en musique?
J’avais seize ans, je découvrais les poètes anglais romantiques du XVIIIe siècle grâce à madame Simpson qui m’enseignait la littérature chez les nonnes du couvent St. Joseph, à Reading. Quand j’ai commencé à me produire dans les cafés-théâtres, mon ambition était d’enregistrer mes poèmes préférés. Et puis j’ai croisé la route d’Andrew Loog Oldham, le manager des Stones. J’ai sorti le single As Tears Go By, écrit par Mick Jagger et Keith Richards. Un énorme succès qui m’a éloignée de l’enseignement de Madame Simpson avant que cela ne se mette en place avec Warren Ellis.

Mettre des poèmes anglais du XVIIIe siècle en musique, ce n’est pas un peu casse-gueule?
Quand nous avons commencé Warren et moi, nous ne savions pas où tout cela allait nous mener. D’autant que nous avions pris la peine d’écouter d’autres projets de ce genre. Et tout ce qu’on a entendu était horrible, mais alors vraiment horrible, sauf quand c’était l’auteur lui-même qui lisait ses textes. Nous nous sommes dit que nous n’avions rien à perdre, qu’il y avait quelque chose d’intéressant à faire

Percy Shelley, Byron étaient des personnalités décalées. C’est aussi ce qui vous a attirée?
Ce sont leurs mots qui m’ont subjuguée. Mais effectivement, je me suis aussi rendu compte que c’était des figures peu conventionnelles. Une fois que j’ai compris que Byron et Shelley étaient un peu les rock stars de leur époque, ça m’a donné confiance. Ayant épousé le même mode de vie, je ne pouvais pas les trahir.

Dans les années 60, était-ce difficile d’être prise au sérieux en tant que femme?
Le respect est venu étape par étape. Le premier écueil à franchir était ma voix. Je n’avais pas une voix de chanteuse, je fumais beaucoup. Hormis les imprésarios gays qui me regardaient dans les yeux quand j’avais des rendez-vous pour une audition, je voyais que tous les hommes fixaient mes seins… Il m’a fallu surmonter ça. Et puis, il y avait mon comportement qui n’était pas celui d’une aristocrate.

Si vous pouviez replonger dans les sixties, que changeriez-vous à votre mode de vie?
C’était fun, mais honnêtement je suis ravie d’avoir réussi à passer à autre chose. Avoir une vie “normale”, passer du temps avec mon fils, mes petits­enfants, mes amis - ceux qui sont toujours en vie. En fait quand on évoque mon parcours, on se focalise sur la partie “rock and roll” avec tous les excès qu’elle sous-entend, mais celle-ci n’a duré que quatre ans.

On peut déceler de la mélancolie, voire l’idée de la mort dans le poème To Autumn. C’est un message que vous voulez faire passer?
Non, je ne vois pas du tout cela de cette manière. To Autumn de John Keats, c’est seulement une ode à l’automne, il n’y a aucune métaphore derrière ce texte. Je n’ai aucune attirance pour la mort même si je m’en suis beaucoup rapprochée.

On dit qu’il pourrait s’agir de votre dernier album. Vous avez d’autres projets?
J’ai chopé le Covid et ça m’a fichu un gros coup. Mes poumons ont été attaqués, ce qui n’est jamais bon pour une chanteuse. Je suis fatiguée et j’ai des ­troubles de mémoire. Il y a des moments de découragement, mais je sais ce que je dois faire. Continuer et avancer. Je bosse sur une nouvelle chanson, c’est ce qu’il y a de mieux à faire dans mon cas.

Marianne Faithfull & Warren Ellis, She Walks In Beauty, BMG

Clip Marianne Faithfull & Warren Ellis She Walks In Beauty

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