Covid-19: n'est-il pas temps de changer de stratégie ?

Le ras-le-bol des citoyens s'est fait ressentir au Bois de la Cambre. - BELGA
Le ras-le-bol des citoyens s'est fait ressentir au Bois de la Cambre. - BELGA
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Trois experts veulent sortir du yo-yo des fermetures et estiment qu'une autre stratégie est possible face à la crise du coronavirus.

Cela fait plus d'un an que la Belgique vit aux rythmes des mesures sanitaires pour contrer l'épidémie de coronavirus. On serre la vis, les chiffres diminuent. On assouplit, les chiffres augmentent. Ce yo-yo exaspère une population légitimement à bout. À l'heure où les rassemblements festifs et les appels à la désobéissance de certains lieux culturels et restaurants se multiplient, trois experts partagent leur inquiétude. « Face à cette situation, le risque est grand d'une escalade dans la répression de la part des autorités qui persisteraient à appliquer les mêmes mesures indistinctes », écrivent Nathan Clumeck, professeur en maladies infectieuses à l'ULB, Marius Gilbert, épidémiologiste et Leila Belkhir, infectiologue aux Cliniques Saint-Luc, dans une carte blanche publiée dans Le Soir.

Depuis le début de la pandémie, la logique est restée la même, celle de fonctionner secteur par secteur. Si elle a pu « se justifier dans l'urgence du premier déconfinement », cette approche montre aujourd'hui ses limites, estiment les trois experts souvent qualifiés de « nuancés ». Elle ne plaît plus non plus au commissaire corona Pedro Facon : « il est temps que l'on arrête de réfléchir secteur par secteur, endroit par endroit. Que l'on cesse de se focaliser sur l'école ou le lieu de travail. Cette discussion sur qui joue le rôle de moteur de l'épidémie est débile ! De moteur, il n’en existe qu’un seul : le contact social, proche et sans protection », assurait-il samedi dans les colonnes de l'Echo.  

Ne pas miser que sur le vaccin

Pour sortir de ces ouvertures et fermetures à répétition, l'Etat mise sur la vaccination. Dès qu'une part suffisante de la population sera passée sous la seringue, on pourrait espérer reprendre une vie « normale ». À la demande du ministre de la Santé Frank Vandenbroucke, les experts du GEMS planchent d'ailleurs sur de potentielles libertés supplémentaires accordées aux personnes vaccinées, comme la fin de la mise en quarantaine en cas de contact.

Frank Vandenbroucke et Alexander De Croo

Frank Vandenbroucke et Alexander De Croo. - BELGA

Un pari risqué, selon Nathan Clumeck, Marius Gilbert et Leila Belkhir. « La recherche d’une couverture vaccinale suffisante pour empêcher la transmission dans la population risque de se heurter à l’hésitation vaccinale, en particulier dans les groupes d’âge où la balance bénéfice/risque sera plus faible », tempère le trio, soulignant que l'impact « difficile à prévoir » des variants. « Malgré la vaccination, les risques de reprises épidémiques, en particulier lors de l’automne et de l’hiver prochain, ne peuvent être ignorés. »

Label « covid safe »

Alors que faire ? Plutôt que d'apprendre à « vivre avec le virus », les experts proposent de vivre « malgré » lui. Il est temps d'adapter notre stratégie, soutiennent-ils, en quittant cette approche sectorielle pour « réduire les risques de transmission de manière beaucoup plus ciblée » et « accepter un risque résiduel comme nous l'avons toujours fait dans d’autres domaines, comme celui de la sécurité routière ou de l’incendie ».

Pour cela, il faudrait opter, selon eux, pour une stratégie plus individualisée, lieu par lieu, plutôt que secteur par secteur. Le sort d'une salle de concert ne serait plus lié à un cinéma de quartier. Un restaurant étoilé ne jouerait plus dans la même catégorie qu'un fast-food. Chaque établissement serait ainsi analysé pour ce qu'il est, en fonction des dispositifs de ventilation, des protocoles de circulation ou encore de la durée d'exposition, et tenterait d'obtenir une sorte de label « covid safe » - vérifié par les communes - pour pouvoir ouvrir durablement. « Quantifier les risques de différentes activités en fonction de leur contexte précis permettrait d’adapter beaucoup plus finement les limites et interdictions si par malheur une reprise épidémique devait un jour les justifier », prônent les trois experts, proposant une vision à long terme. Enfin.

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