Horeca, voyages et loisirs: des experts imaginent l’été 2021

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Les données épidémiologiques permettent d’entrevoir un été bien plus libre, mais pas pour autant «normal».

Après des mois de confinement, l’été sera-t-il synonyme de libération? Très probablement oui, selon les experts. Bien sûr, il n’est pas simple de jouer au jeu de la boule de cristal mais aucun indicateur n’invite à être trop pessimiste. Épidémiologistes et virologues sont donc plutôt confiants sur les chances des Belges à profiter du retour de nombreux loisirs, même s’il faudra encore quelques restrictions.

Vaccins + chaleur = bonnes perspectives

Si l’heure est à l’optimisme pour l’été, c’est pour deux bonnes raisons au moins. La plus importante, c’est l’avancée de la campagne de vaccination. Ce 9 avril, 18,2% des Belges de plus de 18 ans ont reçu au moins une dose. La phase 2 sera lancée à une date entre mi-mai et juin pour vacciner toute la population adulte. Il y a donc de bons espoirs pour qu’en été, une part importante de la population soit immunisée du Covid-19. Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral Covid-19, nous confie que d'ici là, on commencera tout doucement à tendre vers l'objectif de 70% de la population vaccinée, même si cela est conditionné aux provisions à venir. La Flandre espère même que tous ses habitants puissent recevoir leur première dose d’ici le 11 juillet.

À cela, il faut ajouter le contexte déjà favorable des mois chauds. Comme l’année passée, l’été est synonyme d'extérieur, ce qui limite les risques de contamination. En combinant ces deux éléments, les chances sont grandes pour que les chiffres épidémiques soient aussi bas qu’en juillet-août 2020, si pas encore meilleurs. Seul un élément pourrait tout remettre en cause: l’arrivée d’un nouveau variant encore plus agressif que celui britannique qui s’est implanté en Belgique. Mais pour l’instant, cela n’est que de l’ordre de la spéculation.

Voyage, voyage

Dans ce contexte, la presse flamande a demandé aux scientifiques de prévoir à quoi pourrait ressembler l’été. Globalement, «la vie va être plus libre qu'elle ne l'est actuellement», déclare le virologue Marc Van Ranst à De Morgen. «Mais dire que toutes les mesures disparaîtront immédiatement: non, cela ne fonctionnera pas». Il en veut pour preuve l’évolution de la situation sanitaire dans les pays plus avancés dans la campagne de vaccination. Des restrictions sont levées, mais pas toutes.

Première grande question: les voyages. Selon Touring, quatre Belges sur dix veulent partir à l’étranger cet été, surtout en France (46%), en Espagne (23%) et en Italie (19%). Pour l’instant, les frontières belges sont fermées mais cette mesure est très critiquée par l’Union européenne et plusieurs juristes. Il ne faudra probablement pas attendre l’été pour la voir sauter, surtout au vu de l’amélioration probable de la situation sanitaire d’ici là. «Ça va aller. Je pense qu’il sera possible de voyager en Europe comme l’été dernier», a même déclaré le virologue Steven Van Gucht fin mars. Un constat qui vaut encore chez ses collègues aujourd’hui, malgré la troisième vague.

L’inconnue, c’est de savoir les conditions précises pour partir à l’étranger. Un retour du code couleur comme avant janvier 2021 semble logique selon Yves Van Laethem. Lui imagine qu'en plus des couleurs verte, orange et rouge qui existaient auparavant, on ajoute une sorte de "vert moins vert" pour mieux refléter la position épidémiologique de la Belgique par rapport aux autres pays. Vu que les États européens sont plus ou moins synchronisés dans leurs campagnes de vaccination, la levée des restrictions sanitaires devrait néanmoins être plus ou moins similaire. "Mais pour l'instant, il n'y a encore rien d'inventé pour organiser tout cela dans le détail", remarque Yves Van Laethem. Pour quitter le continent, cela s’annonce plus flou. Ce sera de toute évidence du cas par cas, chaque pays étant évalué par le ministère des Affaires étrangères en fonction de la situation et des mesures locales. Certains États pourraient aussi demander une forme de certificat Covid.

Restos, événements et culture

L’une des décisions qui aurait ensuite le plus grand effet sur le moral des Belges, ce serait le retour de l’Horeca. Ce samedi, Belga a annoncé que le commissaire corona Pedro Facon conseillerait le comité de concertation de mercredi prochain de reporter cette réouverture à la mi-mai au lieu du 1er mai. Nombreux sont les experts à abonder dans ce sens, voire pour un report au 1er juin. En revanche, imaginer une fermeture cet été semble tout sauf imaginable. Outre l’amélioration des chiffres épidémiques, ce retour est capital pour la survie de l’Horeca, déjà fortement impacté par la crise. Yves Van Laethem nous confie que de son point de vue, pour les terrasses, il n'y aura aucun souci. En intérieur, il faudra simplement faire plus attention au respect des mesures sanitaires selon lui.

Autre point crucial: le secteur événementiel. Ici, c’est plus compliqué, mais des éclaircies sont à prévoir. «Nous pourrons faire beaucoup à l'extérieur. Des mini concerts avec 200 ou 400 personnes seront possibles», confie à De Morgen Dirk Devroey, professeur de médecine à la VUB. Des événements de plus grande taille seront plus difficiles à organiser, mais pas forcément impossible. Pour les stades par exemple, «je m'attends à ce que nous puissions retourner au football pour la nouvelle saison à la fin du mois de juillet», ajoute-t-il, même si retourner dans des lieux clos semble plus compliqué. Yves Van Laethem ajoute pour sa part que si les concerts tels que testés en Espagne font leur preuve, il va falloir réfléchir à la manière de rendre cela possible en Belgique. Par contre, pour les festivals de grande ampleur, c'est trop risqué selon lui.

Pour les jeunes, grandement frappés par la crise, les camps d’été seront, sauf grande surprise, de la partie. «Ils doivent pouvoir être maintenus», déclare Marc Van Ranst à Het Laatste Nieuws. «Si les chiffres sont comparables à ceux de l’été dernier, cela devrait au moins être possible de la même manière, et peut-être même avec des groupes plus importants». Yves Van Laethem nous confie aussi qu'il va finir par falloir réfléchir à la réouverture des discothèques. Est-ce qu'il faut faire une sorte de pass vaccination pour rendre cela possible? Sans cela, le risque est en tout cas très (ou trop) élevé, en raison de l'absence de distance sociale.

Reste la culture, avec les cinémas et les théâtres. Yves Van Laethem juge que le théâtre en extérieur serait vraisemblablement faisable. En intérieur, les salles culturelles pourraient fort probablement rouvrir à condition de limiter leur nombre de spectateurs, tout en tenant compte de leurs besoins de rentabilité ajoute le porte-parole interfédéral.

Déconfiner, oui mais…

En résumé, la Belgique devrait au moins revenir à la philosophie adoptée lors du déconfinement de juin 2020: «la liberté sera désormais la règle et les interdits, l'exception», comme le disait Sophie Wilmès à l’époque. À ce moment-là, la bulle sociale était élargie à 10 personnes. Est-ce que la vaccination permettra d’aller plus loin en ce sens? La question sera à poser.

Par contre, il est très improbable que les gestes barrières soient abandonnés. La distanciation physique et le masque seront de vigueur mais permettront comme l’année passée le retour des loisirs. Le danger toutefois, ce serait qu’avec la vaccination, la population se relâche de trop. Certains pays comme le Chili, pourtant avancés dans leurs campagnes, ont dû réadopter des mesures pour cette même raison. Le défi de la Belgique sera donc de déconfiner tout en faisant bien comprendre que si le spectre de l’épidémie pâlit, il est toujours présent.

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