Charles Michel, un goujat ?

"Humm..." - Belga
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Le #sofagate n'a pas fini de faire parler. Plus que celle de la Turquie d'Erdogan, c'est l'attitude de Charles Michel qui est critiquée. Ce dernier s'est justifié. Mais son image est écornée.

« Humm... » La réaction d'Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne en visite officielle en Turquie, alors que ses deux homologues masculins s'asseyent dans leur fauteuil, vaut toutes les explications du monde.

« La présidente a été surprise », a expliqué son porte-parole. « Elle attend d’être traitée selon les règles protocolaires et elle a demandé à ses services de faire en sorte que ce genre d’incidents ne se répète pas à l’avenir ». Rappelant au passage que les présidents des deux institutions, le Conseil (qui représente les Etats membres) et la Commission (gouvernement de l'Union européenne intégrée), « ont le même rang protocolaire ».

Or, c'est justement sur ce rang protocolaire que le bât blesse. Pour la Turquie, c'est l'Union qui a organisé la rencontre. « Aucune disposition n’a été prise en dehors de celles demandées par une délégation de l’UE qui a préparé la visite », a assuré en fin de journée à l’AFP un responsable turc. Pas vu, pas pris.

Qu'en est-il de cette préparation, justement ? Le document qui établit l’ordre de préséance de la rencontre place effectivement le président du Conseil avant la présidente de la Commission. Cela signifie que Charles Michel est le premier à être salué par le président turc sur le perron. Est-ce à dire qu'il fallait laisser la présidente de la Commission debout lors de l'entretien ?

Pourquoi Charles Michel s'est-il assis sans broncher ?

Car c'est bien vers Charles Michel, et non Recep Tayyip Erdogan (qui n'en est pas à une provocation près...) que les critiques fusent. « L'attitude d'Erdogan ne me surprend pas. Ce qui est difficilement compréhensible, c'est pourquoi Charles Michel s'y est plié sans broncher », a ainsi commenté la ministre wallonne de la Santé Christie Morreale (PS).

Même ton du côté d'Olivier Maingain (Défi) (qui ne porte certes pas Charles Michel dans son coeur...) : « Charles Michel aurait pu faire la preuve des valeurs européennes mais il a préféré se placer.... » et chez beaucoup d'autres. L'eurodéputée libérale néerlandaise Sophie in't Veld a ainsi rappelé, photos à l'appui, qu'aucun incident de ce genre n'avait eu lieu lors de la visite de Donald Tusk et Jean-Claude Juncker quelques années plus tôt.

Pourquoi Charles Michel s'est-il assis sur l'unique chaise disponible en face du président turc pendant que la présidente de la Commission, restait debout, surprise, n'émettant qu'un « Humm... » ? Telle est la question posée. D'autant que le contexte de la visite était justement de parler des droits humains et de la décision turque de quitter la convention d'Istanbul sur la prévention contre les violences faites aux femmes... Parlez d'une ironie !

Charles Michel se défend

Répondant à « des réactions et interprétations parfois rudes » dans un post Facebook, Charles Michel a expliqué que « l’interprétation stricte par les services turcs des règles protocolaires a produit une situation désolante : le traitement différencié, voire diminué, de la présidente de la Commission européenne (...)  Sur le moment, tout en percevant le caractère regrettable de la situation, nous avons choisi de ne pas l’aggraver par un incident public ».

Notons que le « Humm... » d'Ursula von der Leyen laisse entendre qu'elle n'a rien choisi du tout dans cette affaire...

Quoi qu'il en soit, l’ancien Premier ministre belge, s’est dit « peiné à double titre : d’abord par l’impression donnée que j’aurais été indifférent à la maladresse protocolaire vis-à-vis d’Ursula. Cela d’autant plus que je suis honoré de participer à ce projet européen dont deux institutions majeures sur quatre sont dirigées par des femmes (Ursula von der Leyen et Christine Lagarde) et que je suis fier aussi qu’une femme, la première de l’histoire, m’ait succédé comme Première ministre de Belgique. Enfin je suis peiné, parce que cette situation a occulté le travail géopolitique majeur et bénéfique que nous avons réalisé ensemble à Ankara, et dont j’espère que l’Europe récoltera les fruits ».

De son côté, Ursula von der Leyen était beaucoup plus pessimiste sur les « fruits à récolter ». Lors de la conférence de presse, elle s'est ainsi dite « profondément inquiète du fait que la Turquie se soit retirée de la Convention d’Istanbul. C’est clairement le mauvais signal en ce moment ».

Deux visions de l'Union européenne

Incident diplomatique à l'extérieur et au sein même de l'Union européenne, explications maladroites... Le #sofagate vient aussi peut-être souligner les tensions qui existent depuis sa création entre deux visions de l'Union européenne : une Union intégrée, fédéraliste (la Commission) ou une Union qui n'est qu'une somme d'Etats-membres essayant de se mettre d'accord (le Conseil). Laquelle de ces visions prédomine ? En s'asseyant sur la chaise à côté de Recep Tayyip Erdogan, Charles Michel a-t-il voulu assumer (inconsciemment) une certaine idée de l'Union ? Ce qui est certain, c'est qu' « en termes d’images », comme l'a reconnu un responsable européen, « le résultat est abominable pour Charles Michel ». Pour l'Europe aussi.

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