Cinq témoignages marquants au procès de Derek Chauvin

Le portrait de George Floyd devant le palais de justice dans le centre-ville de Minneapolis. - Reuters
Le portrait de George Floyd devant le palais de justice dans le centre-ville de Minneapolis. - Reuters
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Les témoins à la barre au procès de Derek Chauvin, le policier accusé du meurtre de George Floyd, ont livré des récits à la fois poignants et accablants du jour du drame.

Après trois semaines consacrées à la délicate sélection des jurés, le procès de Derek Chauvin est entré dans le vif du sujet lundi 29 mars à Minneapolis, avec l'ouverture des débats. En une semaine, une vingtaine de témoins se sont succédé à la barre pour commenter cet événement qui a mené à la mort de George Floyd en mai dernier et rouvert les plaies raciales aux Etats-Unis. Parmi eux, certains ont davantage marqué les esprits.

Le traumatisme des témoins

À commencer par la jeune femme qui a filmé l'agonie de l'Afro-Américain. « Certaines nuits, je reste éveillée et je m'excuse auprès de George Floyd de ne pas avoir fait plus », a confié en pleurs Darnella Frazier, 18 ans, dont la vidéo du drame a fait le tour de la toile et provoqué des manifestations antiracistes dans le monde entier. Âgée de 17 ans au moment des faits, elle était sortie faire une course, quand elle s'est retrouvée face à une scène qui, de son propre aveu, a « définitivement » changé sa vie.

Plaqué au sol, le quadragénaire gémit et supplie, sous le poids du policier Derek Chauvin qui maintient un genou sur son cou. Celui-ci « se contentait de nous fixer avec son regard froid, sans cœur », s'est-elle souvenue, malgré ses appels et ceux d'autres témoins à lâcher prise. « Quand je pense à George Floyd, je vois mon père, mes frères, mon cousin, mon oncle. Ils sont tous noirs », a-t-elle déclaré. « Ça aurait pu être eux ». Alors parfois, elle fait des insomnies et s'excuse auprès de lui de ne pas « s'être interposée physiquement » pour le sauver. « Mais ce n'était pas à moi de le faire, c'était à lui », a-t-elle conclu à l'adresse de l’accusé qui encourt jusqu’à 40 ans de rétention.

La condamnation de son supérieur

C'est un témoignage accablant - et exceptionnel - qu'a livré le chef de la police de Minneapolis, lundi 5 avril, car rares sont les déclarations rompant avec la solidarité traditionnellement observée dans les rangs des policiers. Sans l'ombre d'une hésitation, Medaria Arradondo a jugé à plusieurs reprises que son ancien subordonné avait « violé les règles » de la police de la ville. S'agenouiller sur le cou de George Floyd « pouvait être raisonnable dans les premières secondes pour le contrôler, mais pas après qu'il eut cessé d'exercer une résistance, et surtout pas après qu'il se fut évanoui », a-t-il affirmé, la voix grave et assurée. En maintenant cette position durant plus de neuf minutes, Derek Chauvin n’a pas agi conformément « à la formation, à l'éthique et aux valeurs » de l'institution. En résumé, son ex-supérieur a rejeté « avec véhémence » l'idée « qu’il y ait eu un usage approprié de la force ».

Face au tollé mondial, Medaria Arradondo avait rapidement licencié Derek Chauvin et ses trois collègues, tout en critiquant leur action. « La mort tragique de George Floyd n'était pas due à un problème de formation (...) C'était un meurtre », avait-il déclaré.

Le sentiment de culpabilité du caissier

« Si j'avais pris le billet, tout ça aurait pu être évité. » Christopher Martin, 19 ans, a regretté avoir accusé George Floyd d'avoir utilisé un faux billet pour payer un paquet de cigarettes dans l'épicerie où il travaillait. « J'ai vu un pigment bleu, j'ai trouvé ça bizarre et j'ai pensé qu'il était faux », a raconté le caissier, visiblement nerveux. Le jeune homme, qui risquait de voir la somme retirée de son salaire, a quand même accepté ce billet pour « rendre service ». Mais, « après réflexion », il en a parlé à son responsable qui a fini par appeler la police.

L'impuissance des secours

Parmi les témoins de la mort de George Floyd se trouvait également Genevieve Hansen, une secouriste de 27 ans, en congé ce jour-là. « J'ai rapidement remarqué qu'il n'était plus conscient », a-t-elle déclaré. Elle a donc proposé de lui porter secours, ce que les policiers ont refusé. « Un homme était en train de mourir. J'aurais pu lui fournir des soins au mieux de mes capacités, mais cet homme s'est vu refuser ce droit », a-t-elle confié, en étouffant ses sanglots, « totalement bouleversée » de ne pas avoir pu faire son devoir.

Résultat : une fois arrivés sur les lieux, les ambulanciers n'ont rien pu faire pour le sauver. « Quand je suis arrivé, il était mort, et quand je l’ai déposé à l’hôpital, il était toujours en arrêt cardiaque », a déclaré Derek Smith, l'un d'entre eux, devant les jurés. Après une demi-heure d'efforts infructueux pour ranimer le quadragénaire, un médecin urgentiste l'a déclaré mort. Appelé à la barre ce lundi, le docteur en question Bradford Langenfeld a estimé que, sur la base des éléments dont il disposait, il avait pensé que « le manque d'oxygène », soit « une asphyxie », était « la cause la plus probable du décès ». De quoi mettre à mal la défense de Derek Chauvin, qui soutient que George Floyd est mort d'une overdose.

L'émotion de la compagne de George Floyd

L'avocat du policier a d'ailleurs assailli Courteney Ross, la compagne de George Floyd, de questions sur leur consommation de drogues. « C'est une histoire classique de gens qui deviennent dépendants aux opiacés parce qu'ils souffrent de douleurs chroniques. Moi c'était au cou, lui au dos… », a-t-elle expliqué. Mais c'est l'histoire de leur rencontre en 2017, de leur premier baiser et de leur dernière conversation qui aura davantage touché les esprits. Très émue, cette mère de deux enfants a dépeint un homme « plein d'énergie », « doux » avec qui la vie était « une aventure ».

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