Sheila nous tend son miroir

Sheila avec Nile Rodgers qui, après Spacer, lui offre Law Of Attraction sur son nouvel album.
Sheila avec Nile Rodgers qui, après Spacer, lui offre Law Of Attraction sur son nouvel album.
Teaser

Dans "Venue d’ailleurs", nouvel album qui sort aujourd’hui, la plus grande icône de la culture populaire trace en filigrane une autobiographie qui percute 60 ans de notre histoire. Rencontre avec un personnage.

Yann Barthès lui a déroulé le tapis rouge dans Quotidien. Sur Europe 1, Pascale Clark l’a reçue en hôte VIP dans son émission En balade avec… Julien Doré lui a déclaré sa flamme  dans le journal de Laurent Delahousse où elle était invitée dimanche dernier. Télérama a raconté son enfance, initiant une campagne de promotion parfaitement orchestrée par un nouveau management, illustrant la curiosité des médias pour ce nouvel album qui va enfin rendre à Sheila ce que son histoire lui a confisqué – une sincérité jadis enfouie sous les paillettes (par milliers) et les tubes (par dizaines.) 

Enregistré à Bruxelles au studio ICP, "Venue d’ailleurs" est un album au fort accent autobiographique dont la puissance d’évocation prend à la gorge et fait le point sur la violence dont a longtemps été victime son interprète. Le disque tend le miroir au roman de Sheila, projetant les fragments d’une vie passée à chanter, danser, vendre du rêve et s’en prendre plein la figure  car personne dans l’histoire de la variété française n’a jamais été autant adulée que critiquée. Personne… 

L’album aligne des chansons qui – toutes, d’une manière ou d’une autre, renvoient à des épisodes de la vie de Sheila. Le temps des débuts – Tous yéyé, "Sur les cordes des guitares résonnaient des mélodies. D’autres, méfiants du regard, répandaient des calomnies." Le temps des blessures – La rumeur où la chanteuse se rapproprie son nom (Annie Chancel) pour dire son identité, “Mais que chancelle la flamme, jamais ne s’éteindra Annie.” Le temps du deuil – Cheval d’Amble qui évoque la mort de son fils, Ludovic, "La nuit souvent j’entends la course d’un cheval qui porte ton nom. Et sous ses sabots naît la force qui me permet de dire non." Le temps de la spiritualité – Chaman, "J’ai posé un genou sur la peau de la terre pour qu’elle se souvienne de nous."

De “La rumeur” à Nile Rodgers 

La rumeur – celle qui, au démarrage de sa carrière, s’est répandue dans la presse à sensation, laissant entendre qu’elle était un homme, Sheila tente de la dompter, à défaut de la faire taire. "Je sais que le jour où je vais mourir, explique-t-elle, il y aura quelqu’un à mon enterrement qui dira “Moi, j’ai bien connu le toubib qui…"Cette rumeur, qu’on retrouve aujourd’hui sur les réseaux sociaux et qui pousse des gamins au suicide, ne vous quitte jamais." Quant à son fils, mort à l’âge de 42 ans… “Je voulais cette chanson pour le remettre dans la lumière, dit-elle…  Ludo est parti et on a fait de lui quelqu’un qu’il n’était pas. Il avait des travers, il a commis des erreurs, mais je suis sa maman, je sais qui il était – c’était un cœur sur pattes, et j’interdis donc qu’on le juge.”   

Et lorsque les chansons ne parlent pas de Sheila, elles parlent encore de Sheila. Comme un écho à sa carrière, les titres signés par Nile Rodgers (Law Of Attraction) et Keith Olsen (Ooh La La et It’s Not Over Yet) renvoient à ces virages qui lui ont permis de s’immiscer sur la scène internationale, le premier ayant signé l’album disco-funk "King Of The World", ouvrant la période Spacer; le deuxième, l’épisode pop rock de  "Little Darling".  

Bang Bang

Servi par des auteurs qui ont livré des textes sur mesure (“ils ont brodé des sujets qui n’appartiennent qu’à moi”), Venue d’ailleurs est fait d’épisodes heureux et d’épisodes malheureux… Des moments du passé noyés dans le souvenir de chansons tonitruantes, ponctuant 60 ans d’un récit qui, du Général de Gaulle à Emmanuel Macron, qu’on le veuille ou non, repère notre propre position dans le temps. Qu’on aime ou qu’on déteste ces succès, tout le monde sait dans quel état d’esprit il était quand Bang Bang, Petite fille de français moyens, Les rois mages ou Spacer passaient en télé et repassaient en radio. "Cette dimension, explique-t-elle, je m’en rends compte sur scène. Quand je vois le regard des gens aux premiers rangs, je vois que les gens ont vécu des choses sur mes chansons qui sont une partie de leur histoire." Une histoire commencée par une promesse faite à son double, présente dans sa toute première chanson, celle qui, en 1962, disait: ”Jolie petite Sheila. Ce nom que tu m’as donné. Tout au fond de mon cœur je le garderai. Toujours je te le promets.” Réaction de la principale intéressée: “Je n’ai jamais pensé à ça. C’est drôle ce que vous venez de me dire, je ne m’en suis jamais rendu compte…”     

Aujourd’hui sort donc cet album qui affiche une autre ambition portée par le même personnage, mais pas par la même femme - une artiste qui, le temps aidant et les textes l’exigeant, pose sa voix différemment.   "J’ai beaucoup travaillé, conclut-elle. Je dois avouer que ce n’était pas facile parce que je chante à la Sheila, j’ai l’habitude de donner, mais cette fois, on m’a demandé de retenir cette voix. Je n’étais pas toujours à l’aise, mais j’ai écouté ce qu’on me disait, j’ai essayé et j’y suis arrivée."


 

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