Alliance CdH-Défi: le centre se cherche

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Les deux partis ne cessent de renforcer leurs liens pour peser dans l’arène politique. Mais s’il y a de véritables points d’accroches, les obstacles à leur entente sont encore nombreux.

Ces derniers mois, ce ne sont pas les projets communs entre le CdH et Défi qui manquent : proposition d’inscription de l’inceste au Code pénal, mode de financement des réseaux scolaires, etc. Ce lundi, La Libre a confirmé cette tendance de plus en plus flagrante en interrogeant les membres des deux partis. Oui, l’heure est bien à l’entente. «Il y a de la connivence humaine entre plusieurs de nos mandataires et nos partis ne sont pas très éloignés idéologiquement», confirme le président du CdH, Maxime Prévot. «Si la logique se poursuit, il va y avoir une collaboration de nature structurelle qui va se mettre en place», promet même le député Christophe Magdalijns (Défi). Une affirmation nuancée par son président, François De Smet, qui écarte pour l’instant un «rapprochement structurel».
Mais cette nouvelle entente n’est manifestement pas prête de s’éteindre. Les deux partis ont plusieurs raisons de continuer à approfondir leur relation. De là à arriver à une fusion en un parti centriste, il y a encore toutefois beaucoup d’obstacles.

Le besoin de trouver un nouveau souffle

Cette alliance s’est établie par étapes. Suite aux élections de 2019, il y a eu un premier électrochoc. Le CdH a continué sa chute électorale entamée il y a vingt ans et entamé sa «refondation». Le but: redonner un nouveau souffle au parti en trouvant comment le rajeunir. Mais entretemps, la crise gouvernementale s’est mêlée à l’agenda politique. La priorité absolue était de trouver des remplaçants à l’équipe Wilmès. Il a donc fallu attendre septembre pour que le CdH et Défi se voient définitivement relégués dans l’opposition, ce qui a naturellement amené les deux formations à discuter pour peser sur les décisions politiques. Un rapprochement d’autant plus intéressant pour eux que leurs électorats sont complémentaires. Défi sait parler aux villes, surtout à Bruxelles, là où le CdH est orienté vers les milieux ruraux.

Mais leur relation ne s’est pas limitée à de simples contacts amicaux. Désormais, certains appellent de plus en plus clairement à une union. Déjà en décembre dernier, quand l’Écho a demandé à Maxime Prévot s’il ouvrirait la porte à un mouvement du centre avec Défi, il a répliqué: «Je ne veux plus seulement être un parti qui est le fruit d'une histoire. Je veux un mouvement qui construit l'avenir». Une réponse vague mais qui montre une volonté nette de bâtir une alternative politique nouvelle à laquelle Défi ne serait peut-être pas étrangère. Depuis, il ne cesse de souligner qu’entre les deux partis, les «éléments de convergence sur les questions socio-économiques sont forts et nombreux», même s’il précise, toujours vaguement, qu’«il ne faut pas en tirer de conclusions hâtives quant à l’avenir».

Des obstacles nombreux à la formation d’un parti de centre

Pour Pascal Delwit, politologue à l’ULB, l’optimisme du CdH vis-à-vis de sa collaboration avec Défi n’est pas étrangère à une certaine stratégie de survie. «L’électorat du CdH vieillit et soit il va finir par pivoter, soit il décèdera. Je crois que certains de ses électeurs se posent la question de savoir si cela a encore du sens de voter pour le CdH, au lieu de passer à un vote utile. Il y a donc un déclin, un problème de crédibilité et in fine de survie», dit-il. Au contraire, du côté de Défi, les performances électorales stagnent, surtout en Wallonie, mais son identité n’est pas autant en danger. Cela explique peut-être sa plus grande réticence vis-à-vis d’un «rapprochement structurel», alors que le souvenir de son alliance ratée avec le MR est encore dans toutes les mémoires.

D’autres éléments de tension empêchent aussi un approfondissement de leurs relations. En premier lieu, il y a le clivage confessionnel. «Défi se présente comme le parti ultra-laïque alors que le CdH garde une identité chrétienne, comme on le voit avec sa défense du réseau scolaire libre et son hostilité à la sortie de l’IVG du code pénal. Si le CdH se défait de cette dimension, le message envoyé aux électeurs est que l’identité du parti n’est plus la leur. Un tel réalignement est difficile car un certain nombre d’électeurs et de membres abandonneraient le CdH», explique Pascal Delwit.

Si ce clivage saute avec la «refondation» du CdH, encore faudrait-il pouvoir mobiliser efficacement l’électorat avec un projet clair de centre. Or, selon le politologue de l’ULB, il est très difficile d’imaginer une identité centriste forte en Belgique aujourd’hui. Un point sur lequel il est rejoint par Pierre Baudewyns, professeur de sciences politiques à l’UCLouvain, «parce qu’il y a une polarisation de l’espace politique». «Auparavant, il y avait une tendance de la gauche et de la droite d’aller vers le centre parce que c’est là qu’il y avait le plus grand potentiel de recrutement d'électeurs. Mais, à force, les citoyens ont eu l’impression que les partis disaient la même chose. Et en parallèle, les réseaux sociaux ont incité à faire des messages courts et à adopter une communication plus dure. Dans ce contexte, tenir une position du centre devient difficile. Ce n’est pas dans l’air du temps».

Une question qui doit encore mûrir

Dans tous les cas, les maîtres absolus dans cette histoire, ce sont les électeurs des deux partis. Ceux du CdH sont-ils prêts à voir l’identité chrétienne du parti disparaître? Ceux de Défi regardent-ils d’un bon œil cette alliance avec un parti qui a une implantation géographique totalement inverse à celle de leur camp?

Le CdH a quoi qu’il arrive besoin de renouveau alors que ses résultats électoraux le rendent fragile. Quant à Défi, il faudrait voir si ses militants vont se contenter d’une stagnation à Bruxelles et d’un manque de percée en Wallonie. Chacun peut apporter à sa pierre à l’édifice de l’autre mais encore faut-il savoir si une construction commune serait assez stable pour tenir la route.

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