Pukkelpop 2014: Le top 10 final de Moustique

Teaser

Le grand village global a démonté ses chapiteaux colorés après avoir accueilli durant trois jours plus de 200.000 music lovers et 200 groupes pour une fête totale. L'heure est venue de dresser notre top 10 des concerts.

Malgré un vent de paranoïa qui a, une nouvelle fois, soufflé en amont, cette vingt-neuvième édition du Pukkelpop a été marquée par un sens de la fête totale et une météo finalement similaire à ce qu'on a vécu durant toute la saison des festivals. Unique dans sa formule "trois jours" et toujours inventif en matière d'animations extra-musicales, le Pukkelpop a permis de nous donner un avant-goût de ce qui nous attend ces prochains mois au rayon des nouveautés indie, de fédérer avec des têtes d'affiche qui ont -du moins pour certaines d'entre-elles- tenu leur rang et de confirmer ou d'infirmer certaines hypes. Voici le top 10 final de la rédaction.

 

1) Balthazar

Pour Balthazar, il s'agissait du tout dernier concert d'une tournée aussi intense qu'euphorique. Début septembre, le quintette courtraisien entrera en studio pour enregistrer le successeur de "Rats", dont la sortie est déjà programmée par leur label PiaS pour février 2015. On espérait une prestation en forme d'apothéose mais ce qu'on a vu et entendu a dépassé toutes nos attentes. Servi par un son cinq étoiles et attendu par la toute grosse foule qui se presse devant la grande scène, Balthazar cultive sa différence. Il n'y a pas vraiment de leader dans ce groupe qui évite toutes les comparaisons si ce n'est celle, trop facile, avec DEUS. Devant le nouveau batteur Michiel Balcan, les trois garçons (Maarteen, Jinte, Simon) et la fille (Patricia) jouent de front,  occupent parfaitement l'espace et se partagent en parfaite osmose tout le boulot. Outre les -désormais- classiques  The Oldest Of Sisters, qui ouvre le concert, The Man Who Owns The Place et Sinking Ship, Balthazar nous offre deux nouvelles chansons: Will MY Lover et l'excellent Nightclubbing. Sur le final, et après un lâcher de gros confettis, le groupe se permet de faire une mini-pause autour de son batteur. Les grands écrans du Pukkelpop fixent alors cinq visages hilares et cinq paires d'yeux  qui brillent de mille petites flammes. Ce vendredi, dans la plaine de Kiewit, Balthazar était dans les étoiles. Le MEILLEUR groupe belge, tout simplement. Vivement février 2015.

 

2 Outkast

Après sept ans de silence, Andre 3000 et Big Boi ont annoncé la couleur sur le site Internet d'Outkast avant leur prestation  au Pukkelpop. "Nous fêtons le vingtième anniversaire de la sortie de notre premier album "Southernplayalisticadillacmuzik". Ne vous attendez pas à un gâteau d'anniversaire et encore moins à de nouveaux morceaux. Juste une grosse fête pour les fans avec un hip-hop bien gras et des beats salaces!"  Et c'est un putain de foutu bon concert que le duo d'Atlanta  nous a offert ce jeudi en début de soirée sur la scène principale. Salopette de mécano, perruque blonde platine, T-shirt avec  logo "I Love You Plural" et sticker "Soldout" collé sur la guibolle gauche, Andre 3000 a un look d'enfer et le timbre toujours aussi sexy. Bermuda des Bermudes et veste multicolore, son "brother in law" Big Boi n'est pas en reste. Aidés d'un dj et de deux choristes black masquées, ils enchaînent les tubes en pagaille (So fresh, so cool, Prototype, B.O.B.), balancent une version époustouflante du torride  Ms, invitent des adolescentes en folie à monter sur le podium pour la bombe Hey Ya! et dégagent de bout en bout,  une énergie positive. "On ne fait pas des chansons pour les blancs, on ne fait pas des chansons pour les Noirs, pour les gays ou pour les aliens. Non, nos chansons  sont pour tout le monde ", lâche André 3000 en fin de set. Leur hip-hop/funk/soul suave n'a pas pris une ride et a fait mouche auprès d'une nouvelle génération qui regardait encore Dora l'exploratrice lors de leur dernier passage en Belgique. Bien vu les mecs.

 

3 Queens Of The Stone Age

Tronche de serial-killer, regard qui scrute la plaine de Kiewit pendant que son batteur imprime le tempo, petit mouvement pour relâcher les cervicales et Josh Homme balance le riff sanglant de You think I ain't aorth a dollar, but I feel like a millionaire. C'est parti pour un set flamboyant en forme de best of. Après avoir enchaîné avec No One Knows, le leader des bikers rockeurs du désert rappelle combien le public belge compte pour Queens Of The Stone Age "après toutes ses années". Le groupe californien puise ensuite principalement dans son chef-d'œuvre "Songs For The Deaf" (six extraits) et le petit dernier "... Like Clockwork" et impose en lettres d'or la signature d'un rock authentique en ce dernier jour de festival. Les concerts routiniers et "pocket money" de Editors et de The National sont oubliés. Il y a ceux qui font du rock et les autres qui sont déjà des fonctionnaires...

 

4 Thurston Moore Group

A cinquante-six ans, Thurston Moore reste toujours punk dans l'âme et conserve une éthique rock qui impose le respect.  Ce vendredi soir au Pukkelpop, il débarque dans un Club plein comme un œuf avec son nouveau groupe basé à Londres. Moore ne joue pas un seul morceau de Sonic Youth et pas le moindre extrait de son dernier disque solo "Chelsea Light Moving". Il préfère présenter six longues plages tirées d'un nouvel album, "The Best Day", à paraître en octobre. D'emblée, le décor est planté avec Forevermore, lancinante psalmodie post-rock d'un quart d'heure. Moore doit lire les paroles de la chanson sur un petit pupitre mais les notes de guitares s'enchaînent naturellement. Electriques, puissantes, magiques... Plus tard, on plie sous la charge d'un féroce Germs Burns, où le punk primaire croise les fantômes de Neil Young.  Un écran diffuse des images d'archives de l'Expo Universelle d'Osaka en 1970 et c'est sur des images d'ados nippons frissonnant dans un rollercoaster que Moore triture maintenant sa gratte. En fin de set, nouvel éclat  avec l'instrumental Grace Lake, dédié au groupe anarchiste Angry Brigade qui a sévit à Londres au début des seventies. Rage, anticonformisme, poésie,  conception arty de la performance live...En cinquante minutes, les spectateurs du Pukkelpop ont été confrontés à toutes les obsessions d'un grand monsieur.

 

5) Janelle Monae

La native de Kansas City  a des caprices de diva dans le backstage,  mais elle ne se moque pas de son public. Looké comme elle en "black and white", son groupe est riche d'une dizaine de membres et multiplie les prouesses musicales avec une bassiste impressionnante, des cuivres qui claquent, un guitariste dont la ressemblance avec Rick James ne s'arrête pas au qu'au physique, deux danseuses/choristes  et un batteur au jeu groovy.  Janelle danse comme une féline,  passe d'un timbre aigu à des vocalises plus basses, se roule par terre, s'enrobe d'une cape noire comme le Godfather Of Soul James Brown dont elle reprend joliment le I Got You (I Feel God), descend dans la fosse pour en claquer cinq à ses fans et ne semble même pas essoufflée au bout d'une prestation enflammée. "Lançons une révolution pour la nouvelle génération", lance-t-elle entre deux refrains funky. On y croit, on y croit. Si le nouveau Prince doit être  une fille, il s'appelle Janelle Monae.

 

6) The Strypes

Oui, encore The Strypes dans notre top 10 comme ils le furent déjà dans le bilan de Rock Werchter au début de l'été et dans celui de l'Eurosonic en janvier dernier. Mais, c'est mérité. Ces gamins ont tout pour eux: la classe, la désinvolture et la talent. Sur la Main Stage, le quatuor irlandais a livré une prestation turbo et vivifiante. Du rock primal, des solos d'harmonica, des refrains rebelles et une bande-son à fortes inspirations sixties pour les générations à venir.  Dignes héritiers des Stones de la période "Aftermath", des Kinks et de Dr Feelgood, The Strypes ont une longueur d'avance sur toute la concurrence. Ne cherchez pas ailleurs, les nouveaux Oasis/Arctic Monkeys, c'est eux.

 

7 Kelis

La princesse R&B rebelle de Harlem se pointe avec vingt minutes de retard sur la scène de Marquee, doit donc écourter sa prestation mais ravit ses fans. Une timbre érotique, une gestuelle fraîche et gracieuse, quelques poussées de saxo, une batterie joliment funky et un set qui n'oublie ni les hits des débuts (Get along with you, Good Stuff, Glow) ni des extraits du dernier et recommandable "Food" paru au printemps dernier.  La prochaine fois, Kelis, pointe-toi à l'heure car on t'aime beaucoup.

 

8 Mac De Marco

Entre une averse et un timide rayon de soleil, Mac De Marco s'est imposé une nouvelle fois (après sa prestation cinq étoiles aux Nuits Botanique) comme le roi de la pop lo-fi nonchalante. Bouteille de Jacks Daniel's à portée de la main, cigarette au parfum douteux accrochée à ses cordes de guitare, le hipster canadien joue au faux glandeur et balance sur le mode freestyle ses jolies chansons artisanales extraites du recommandable "Salad Days". Un beau délire traversé de sonorités hawaïennes, de rythmes doo-wop oniriques  et de private jokes avec ses musiciens. Mais qu'on ne se leurre pas... Derrière l'esprit jouette d'un artiste à qui on ne veut que du bien se cachent un vrai savoir-faire, un don inné pour pondre la mélodie instantanée et des références musicales délicieusement alambiquées.

 

9 Omar Souleyman

"Omar, Omar, Omar!" Omar Souleymanne doit toujours pas en revenir de l'accueil que lui a réservé le public -littéralement en transe- des Pukkelpoppers ce vendredi après-midi. Né dans le nord-est de la Syrie en 1966, ce petit bonhomme portant élégamment moustache et keffieh a fait toute sa carrière en animant des mariages avant d'être révélé au monde occidental sur la scène de Glastonbury en 2011. Accompagné sur scène de son compositeur et claviériste Rizan Saïd, Omar balance en syrien et en kurde des chansons festives traditionnelles nappées de boucles électro. Les jeunes dansent, ondulent, sautent des pieds et oublient tout (l'Irak, l'Ukraine, la seconde sess') et s'abandonnent sans modération sur cette pop extrême-orientale. Et c'est tout le chapiteau Castello qui tangue sous les beats hypnotiques et very peaceful du Sheik de le techno syrienne. C'est  beau. C'est  même très beau. On rêve maintenant de la voir avec un vrai groupe de musiciens traditionnels.

 

10 Nick Waterhouse

Avec ses fringues piquées dans la garde-robe de la série Mad Men, l'élégant Nick Waterhouse ne peut cacher son attachement aux sixties. Son mélange de rythm & blues groovy, de rockabilly cuivré et de pop bubble-gum déjà distillé sur deux albums ("Times All Gone" et le petit dernier "Holly") confirme que cet artiste californien aurait préféré grandir à l'époque des Remington portatives plutôt que des laptops, mais sa nostalgie du cool ne sonne jamais faux. Songwriter doué et musicien perfectionniste, il enchaîne ses chansons avec un regard impénétrable façon Buddy Holly. On ne sait pas si Nick sourit ou s'il fait la gueule, mais son cocktail vintage nous rend heureux.  Ce mec réussit à sonner vieux tout en restant résolument moderne.

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