Son, humour et outrance: la recette du succès selon Rammstein

Le groupe metal allemand se produira - à guichets fermés - devant 80.000 personnes les 3 et 4 août à Ostende. Explication d’un phénomène de masse encore plus populaire que la Volkswagen.

Rammstein
Rammstein sur scène ou comment allumer le feu. © BelgaImage

En 2019, 50.000 personnes se faisaient joyeusement brûler au lance-flammes par les métalleux allemands de Rammstein au stade Roi ­Baudouin. Ils seront deux fois plus les 3 et 4 août à Ostende tandis que le groupe teuton reprend sa tournée des stades interrompue par la pandémie. Et ils hurleront comme un seul homme: “Feuer frei” (“Feu à volonté”) en allemand dans le texte. Qu’ils ­viennent de France ou de Navarre, de Morlanwelz ou du Texas, les fans de Rammstein connaissent les paroles allemandes des chansons du groupe. Des choses telles que “Du hast mich” (“Tu m’as/tu me hais” – selon la prononciation), “Deutschland über allen” (“L’Allemagne au-dessus de tous”) ou “Sie muss nicht klug sein, doch, dicke titten” (“Elle ne doit pas être intelligente, mais avoir de gros seins”). L’allemand facile, marrant et ô combien entraînant. Merci qui? Merci Rammstein! Alors, comment un groupe de heavy metal allemand est-il parvenu à remplir des stades aux quatre coins de la planète et devenir un des derniers ­mastodontes de la chose rock? Voici les quatre ­éléments qui ont fait le succès de Rammstein: le son, l’humour, le feu et l’outrance.

Outrances

Rammstein a été fondé en 1994 à Berlin. À l’époque, le rock dur est un des genres musicaux les plus populaires chez les jeunes. Nous sommes quelques années après l’explosion de Nirvana, Metallica, Guns N’ Roses et Rage Against The Machine. La relève est déjà là. On parle de nu metal d’un côté (Korn, Limp Bizkit) et de metal industriel de l’autre (Nine Inch Nails, Marilyn Manson). Rammstein va parvenir à trouver une place parmi ces gens et se faire entendre jusqu’aux États-Unis. David Lynch n’est pas tout à fait innocent dans la mise sur orbite internationale du groupe qui avait pris soin d’envoyer son premier CD au réalisateur américain dans l’espoir que celui-ci tourne son prochain clip. Peine perdue, mais la surprise sera de taille quand ce dernier utilise deux de leurs chansons pour le long-métrage qu’il prépare, Lost Highway.

Sorti en salle en 1997, le film sera un carton. Sans apparaître à l’image, Rammstein crève l’écran. La musique du groupe, inquiétante à souhait, s’inscrit parfaitement dans les scènes de ce film mystérieux. La voix de baryton du chanteur Till ­Lindemann qui divague en allemand sur un plan ralenti de chalet en feu, le son militaire et industriel comme une armée en marche… Si Marilyn Manson est alors le cauchemar de l’Amérique puritaine, Rammstein sera bien pire, évoquant le retour des bottes nazies au pays de la liberté. Car rien ne vaut une bonne polémique… Maîtres de l’outrance, les Berlinois jouent sur les stéréotypes et en rajoutent avec la vidéo de Stripped, reprise de Depeche Mode sur des images de Leni Riefenstahl, la cinéaste attitrée du régime nazi. Jusqu’au clip de Deutschland sorti il y a deux ans, Rammstein aura joué de cette identité germanique de sinistre mémoire.

Sont-ils pour autant réactionnaires? Certes, non. Des titres comme Links 2 3 4 (“Gauche 2 3 4”), Auslander (“Étranger”) ou le récent Angst (“Peur”) le démontrent. Mais pour l’heure, le doute subsiste… Rammstein effraie, et les gamins adorent. D’autant plus que l’Amérique les découvre en concert lors d’une tournée en compagnie des poids lourds de l’époque Korn et Limp Bizkit. Pyrotechnie, théâtre trash, le spectacle est total… Un peu trop pour les autorités de Worcester, dans le Massachusetts, qui envoient deux membres du groupe passer la nuit en prison pour outrage aux bonnes mœurs. Les Allemands ne faisaient pourtant que mimer la sodomie avec un pénis gonflable sur scène…

Humour potache

Car derrière le cirque, il y a un humour cras ­particulièrement jouissif pour qui y adhère. Pour Christophe Pirenne, professeur d’histoire de la musique à l’ULiège et grand fan de l’univers metal, c’est même cet humour “potache” qui explique la longévité du groupe. “J’ai une pochette de disque que j’ai mise dans mon bureau, on les voit en colons dans un village africain, commente-t-il. Si on ne comprend pas que c’est de l’humour au vingt-cinquième degré, c’est forcément choquant. Mais l’humour a toujours fait partie du heavy metal.” Depuis trente ans, Rammstein parvient à trouver cet équilibre entre outrance et humour, dégotant toujours un nouveau sujet, un nouvel angle pour attirer l’attention et obtenir des ­réactions. Les clips vidéo aident fortement. Les concerts aussi, ces grands spectacles barnu­mesques où le groupe joue avec le feu. Comme le dit un slogan, “les autres groupes jouent, ­Rammstein brûle”. Et ceux qui ont vu Rammstein live savent que ce n’est pas du chiqué. Rammstein brûle vraiment!

Il faut bien comprendre que 99 % des gens ne comprennent pas nos paroles, expliquait le guitariste Richard Z. Kruspe en 1999. On doit donc venir avec quelque chose qui maintient leur attention. On aime le spectacle, on aime jouer avec le feu. On a beaucoup d’humour, mais on prend la musique et les paroles très au sérieux. C’est une combinaison d’humour, de théâtre et de notre culture est allemande.” Une combinaison qui prouve surtout que Rammstein, fondamentalement, est un groupe pop. Une chose est sûre, ça fonctionne. Chaque année, le groupe semble prendre de l’ampleur. Son dernier album, “Zeit”, s’est classé numéro 1 partout en Europe et les États-Unis leur tendent à nouveau les bras. Non plus pour jouer en salle, en première partie de groupes locaux, mais dans des stades. La tournée avait été interrompue par la pandémie et a repris de plus belle dès le début de l’été pour faire halte dans le parc De Nieuwe Koers à Ostende. Une manière de clore le deuxième volet du Europe Stadium Tour avant d’attaquer l’Amérique.

Les 3 et 4/8. Parc De Nieuwe Koers, Ostende. Complet.

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