Francofolies de Spa 2022 : une Clara Luciani au sommet pour clôturer la célébration de la francophonie

Le public de ce samedi des Francos 2022 sous le signe de la francophonie a du faire des choix et des sacrifices, mais a pu profiter d'excellents concerts dans la même ambiance qu'aux précédentes éditions.

Francofolies de Spa 2022 : une Clara Luciani au sommet pour clôturer la célébration de la francophonie
Clara Luciani en grande forme sur la scène Pierre Rapsat. (@Mathieu Golinvaux)

Vous avez l’air d’un public très ouvert puisque vous ne connaissez sûrement pas mes chansons ", plaisantait Marco Ema, un des premiers artistes à se produire ce samedi, dernier jour des Francofolies de Spa 2022.

Le jeune chanteur québécois n’avait pas tort, au vu des réactions enthousiastes des centaines de spectateurs à ses pieds, mais ceux-ci n’avaient pas vraiment le choix. À certaines heures de la journée, il fallait faire des découvertes !

En effet, les Francos avaient décidé de célébrer samedi la langue française et sa culture, en invitant des artistes des quatre coins de la Francophonie, alors que le reste de la programmation était surtout franco-belge. Et même très très belge.

Le samedi étant généralement jour d’affluence, une telle affiche était un pari. Il fallait être certain que le public serait au rendez-vous pour des noms qu’ils connaissent peu, voire pas du tout, aux côtés des têtes d’affiche. Ou alors, être persuadé que seules ces stars suffiraient à rameuter du monde.

Les festivaliers étaient tout de même au rendez-vous, même s’il nous a semblé qu’enfants et jeunes étaient moins présents qu’à l’accoutumée. Les Francos, se voulant un festival familial et ouvert à tous, ont surtout attiré les 45 ans et plus ce samedi. Ce qui n’est pas plus mal, puisque de tels événements, multigénérationnels et populaires, se font de plus en plus rares.

Il fallait faire des choix

Il faut dire que la journée était assez étrangement organisée. Avec 4 scènes, les Francos auraient pu assurer un spectacle continu. Mais l’horaire était conçu de façon à ce que deux concerts aient toujours lieu en parallèle, provoquant des demi-heures de flottement, sans musique, avec évidemment de longues files aux bars et stands de nourriture. On imagine une explication logistique derrière tout cela, mais on aurait clairement préféré des concerts qui s’enchainent en cascade.

Et donc forcément, il fallait faire des choix, et peut-être des sacrifices. Dès 15h30, il fallait donc choisir entre la pop/rock du québécois Marco Ema, qui semble avoir beaucoup plu aux Francofous qui le découvrait, ou la douce voix de la Belge Mélanie Isaac.

Sur les coups de 16h45, c’était soit le grand retour du Belge Jali et de sa guitare ou le duo Delta, qui squatte les radios depuis quelques années avec leur pop à texte, sur la scène Pierre Rapsat. Deux artistes qui jouent plutôt dans le même registre, et qui donc pouvaient plaire à un même public. Étrange…

Ensuite, cet horaire dichotomique semblait avoir été pensé géographiquement. 18h était l’heure du continent africain. Dans un coin se produisait la rappeuse suisse d’origine ivoirienne, KT Gorique, apparue récemment dans l’émission Netflix " Nouvelle École ". Entourée d’un batteur, d’un DJ et d’un comparse pour danser et faire ses backs, elle a proposé un très chouette concert, hybridation de hip-hop et de reggae, infusés de nombreuses autres influences, qui ont conquis tout le public de la scène Bonsai, même ceux assis à l’ombre. Tout le monde a participé de bon cœur lorsqu’il fallait chanter, crier ou danser avec elle !

Mais malheureusement, cela voulait dire que nous n’avons vu que quelques minutes du Congolais Fally Ipupa, immense star à travers l’Afrique, qui proposait au même moment non pas un concert, mais un véritable spectacle. Entouré de nombreux musiciens et de 8 (!) choristes/danseurs, il s’est mis en quelques minutes l’assistance dans la poche avec ses tubes très dansants, qu’il concluait à chaque fois d’une petite chorégraphie entouré de son équipe vocale. Une bonne moitié des spectateurs semblait avoir fait le déplacement uniquement pour lui et ne semblaient pas déçus, tandis que l’autre partie semblait subjuguée par un tel show, assez inédite en festival il faut l’avouer.

Succès pour la scène vide…

À 21 heures, c’était au tour du Québec de briller. Les Francofous devaient choisir entre le grand retour de Cœur de Pirate et de son piano ou de son compatriote Sam Faye, rappeur québécois à texte proposant un hip-hop à texte aux sonorités nineties entouré de deux musiciens. Malheureusement pour lui, beaucoup lui ont préféré les tubes de Béatrice Martin ou même attendre…

En effet, à cette heure-là, à cause de l’horaire, de nombreux festivaliers ont préféré poireauter une heure devant la scène Pierre Rapsat plutôt que profiter d’un des deux artistes de la Belle Province… Un peu vexant pour eux.

Un choix qui se comprend, car à 19h30, le concert de Grand Corps Malade, une des têtes d’affiche, avait attiré une foule dense. On le savait populaire, mais pas à ce point. Si bien que certains regardaient son concert de très loin ou sur des écrans à proximité du parterre d’une autre scène… Dès lors, on peut se mettre à la place des fans de Clara Luciani qui ont choisir de se passer d’un concert pour être bien placé devant leur star.

Leur patience aura été récompensée par un show absolument réussi, exactement comme doit se dérouler un concert de festival pour une artiste de cette aura.

(@Mathieu Golinvaux)

Devant d’immenses ballons écrivant son nom et sous des lumières multicolores, la chanteuse a proposé un excellent show, parfaitement rodé, enchainant les tubes de ses deux albums pour le grand plaisir du public, mais toujours en échangeant avec le public, le faisant, chanter, danser…

(@Mathieu Golinvaux)

Un spectacle exemplaire et idéal pour clôturer ce samedi, même si forcément cette fois encore, certains ont dû se contenter d’apprécier Clara de très très loin.

Et au même moment, Plastic Bertrand proposait son " Elektroset ", qu’on n’a pas pu voir, mais vu le nombre de personnes présentes devant la scène Pierre Rapsat, on imagine que, comme d’autres, il n’a pas dû se produire devant une foule…

Encourageant

Au final, si l’esprit des Francos avait bien fait son grand retour, avec les concerts au centre et la fête dans les rues spadoises tout autour, le bilan est un peu mitigé pour l’organisation. Le site était loin d’être clairsemé, mais seulement entre 120.000 et 130.000 visiteurs ont été recensés, contre 150.000 en 2019 et 180.000 en 2016.

Pas de quoi désespérer, surtout qu’on y a retrouvé l’ambiance d’autrefois, mais le festival va devoir trouver comment remonter la pente. Bien que le festival a toujours attiré un public plus âgé que les autres, les jeunes semblaient manquer fortement à l’appel ce samedi. Peut-être faudra-t-il proposer plus d’artistes qui poussent au déplacement ? C’est certainement ce public qui manquait à l’appel, celui qui ne vient que pour certains concerts ou pour la journée. Les habitués, eux, n’avaient pas de quoi être déçus et ont pu retrouver l’atmosphère habituelle des Francos qui leur avait tant manqué ces dernières années.

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