Daniel Lanois sur sa collaboration avec Bob Dylan: "C’était des moments magiques"

Célèbre producteur canadien, Daniel Lanois a signé des albums pour U2, Bob Dylan et Neil Young. En amorce de son concert au Gent Jazz Festival, il ouvre le livre des souvenirs.

daniel Lanois
© Marthe Amanda Vannebo 

Privilégier l’émotion. Telle est l’ambition du producteur, guitariste et chanteur Daniel Lanois qui a mis son talent d’architecte sonore au service des plus grands – de U2 (“The Unforgettable Fire”, “The Josuah Tree”, “Achtung Baby”…) à Bob Dylan (“Oh Mercy”), en passant par Neil Young (“Le Noise”). Fidèle complice de Brian Eno dans ses expérimentations ambient, il a aussi collaboré avec Peter Gabriel et travaillé sur des BO (Dune de David Lynch, The Million Dollar Hotel de Wim Wenders). Cet artisan discret affiche aussi une discographie personnelle aussi brillante que variée, dont il offrira une synthèse lors d’un concert en formule trio au Gent Jazz Festival ce 10 juillet.

Comment est née cette passion pour la production?
Daniel Lanois  -
Adolescent, j’éprouvais beaucoup de difficultés à m’intégrer socialement. Avec mon frère Bob, j’ai commencé à jouer de la guitare et à triturer des sons sur un enregistreur quatre pistes dans la cave de la maison que ma mère possédait à Toronto. C’était vraiment le seul endroit où je me sentais à ma place. J’ai tout appris en autodidacte. En 1982, alors que j’avais acquis une réputation locale, Brian Eno est tombé sur un disque que j’avais réalisé pour le groupe new wave canadien Martha And The Muffins dans lequel jouait ma sœur. Il m’a proposé de travailler avec lui. D’abord sur ses albums et puis pour ceux qu’il produisait, notamment U2. C’est à ses côtés, que je me suis aguerri à toutes les ficelles du studio.

Les spécialistes parlent toujours de la “touche Daniel Lanois”.  D’après vous, elle consiste en quoi?
En studio, j’essaye de me mettre au service des chansons. J’ai un bagage acoustique qui vient du folk, du gospel, de la country. Mais j’adore aussi introduire de l’électronique et expérimenter. Si j’ai une “signature”, elle réside dans ce mélange de tradition et d’expérimentation. Bref, exactement ce que font tous mes héros: Jimi Hendrix, Brian Eno, U2, Pete Gabriel…

Dans son autobiographie Chroniques, Bob Dylan est particulièrement élogieux à propos de votre contribution à son album “Oh Mercy” en 1989. Quels souvenirs gardez-vous de cette collaboration?
La première image qui me vient, c’est Bob Dylan et moi assis face à face sur des tabourets sous le porche d’un manoir victorien que j’avais loué à La Nouvelle-Orléans. Bob joue ses chansons à la guitare, je réponds avec la mienne en ajoutant des sons venus d’une boîte à rythmes. Tout l’album “Oh Mercy” a été enregistré de cette manière. Je voulais mettre en avant la voix et les histoires que Dylan racontait, les instruments ne devant jamais prendre le dessus. Ce disque a marqué le retour en grâce de Dylan. C’était des moments magiques. J’enregistrais en même temps “Yellow Moon” des Neville Brothers qui a été un énorme succès ainsi que mon premier disque solo “Acadie”.

La Nouvelle-Orléans pour Bob Dylan, le Hansa studio à Berlin pour “Achtung Baby” de U2… Les lieux où vous enregistrez influencent-ils le résultat final?
Oui, clairement. “Oh Mercy” de Dylan, “Yellow Moon” des “Neville Brothers”, mon album “Acadie” ont la même atmosphère organique, humide et poisseuse typique de La Nouvelle-Orléans où ils ont été enregistrés. “Achtung Baby” de U2 est très sombre dans son propos et ses sonorités. On est arrivé à Berlin le soir de la réunification officielle de l’Allemagne. C’était la joie, mais dans le studio, c’était l’isolement total et les membres de U2 se posaient alors beaucoup de questions. Nous pensions souvent aux albums “Low” et “Heroes” que Bowie avait enregistrés ici. Tout ça s’entend sur “Achtung Baby”.

Etre guitariste et chanteur, ça aide à comprendre ce que les artistes attendent de vous?
Parfois, c’est très difficile de mettre des mots sur la musique. J’ai eu la chance de produire l’album “Le Noise” de Neil Young en 2010. Il n’est pas du genre à expliquer ses chansons. On se parlait très peu. Pour communiquer, il me jouait un truc.  C’était sa guitare qui me guidait pour choisir les nuances sonores.

Vous avez enregistré avec les plus grands artistes. Lequel manque encore à votre palmarès?
Si vous avez le don de ressusciter les gens, j’aimerais me retrouver en studio avec Jimi Hendrix, rien que pour régler ses guitares et des pédales d’effets. Il avait un son inimitable.

Le 10/7, Gent Jazz, complet.

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