Agressions, drogues et piqûres… Les festivals prennent-ils des précautions particulières?

Piqûres ­sauvages, stupéfiants, agressions sexuelles… Après deux ans d’absence, les festivals font toujours face à des questions de sécurité.  Les organisateurs sont prêts mais n’anticipent pas de débordements particuliers.

sécurité dans les festivals
© BelgaImage

La question de la sécurité a toujours été centrale pour les organisateurs. En réunissant autant de milliers de per­sonnes au même endroit dans un contexte festif, qui rime souvent avec excès, un incident est vite arrivé. “Chaque festival travaille avec la police, le parquet, les secours et les services de prévention locaux afin de proposer une structure adéquate, affirme Damien Dufrasne, Damien Dufrasne, président de la Fédération des festivals de musique Wallonie-Bruxelles et directeur du Dour Festival. Tout dépend de la taille, du budget et de la typologie de l’événement. Le camping des Francos, plus familial, ne nécessite pas forcément le même type d’organisation que celui des Ardentes ou de Dour par exemple.

Effectivement, à chacun ses spécificités. À Dour, par exemple, on préfère mettre le paquet avec un service complet de police: containers, salles d’audition, présence d’un substitut du procureur, perception d’amendes immédiates… “On a aussi mis des portiques détecteurs de métaux. Cela semble un peu exagéré aux yeux de certains, mais ça se fait beaucoup en Flandre et ça rassure tout le monde, détaille le patron. Nous faisons également appel à un service professionnel de météorologie. Cela n’est pas imposé et cela nous coûte pas mal, mais c’est devenu très important.” En août 2011, s’était abattu un violent orage sur le Pukkelpop, à Hasselt, faisant cinq morts et 140 blessés… À Esperanzah!, l’accent est surtout mis sur la prévention, tant sur le camping que sur le festival grâce à une équipe d’éducateurs. “Nous avons énormément de gens sur le terrain, des animateurs, des assistants sociaux, qui anticipent les problèmes, abordent les gens qui n’ont pas l’air d’aller bien avant que quelque chose de négatif arrive”, raconte David Salomonowicz, attaché de presse pour l’événement.

Quid de la problématique récente des “piqûres ­sauvages”? Le phénomène reste hypothétique, vu l’absence de version officielle policière ou judiciaire. Injections de drogue ou psychose collective? Impossible à dire aujourd’hui. “On est très attentifs à ­comment la situation va évoluer sur les événements en Belgique et en France. Et nous serons prêts à réagir en collaboration avec la police et les secours s’il s’avère nécessaire de mettre quelque chose en place”, indique Damien Dufrasne.

Aux Ardentes, de nouvelles mesures concrètes sont prêtes, au cas où. “On prend au sérieux ce qui se passe, ou en tout cas semble se passer dernièrement, commente Fabrice Lamproye, le directeur. Nous voulons éviter une phobie inutile. Si le problème se présente, des analyses seront effectuées directement sur place afin de déterminer si on est face à un produit dangereux ou à un malaise causé par l’ébriété ou encore autre chose.”

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Sexism, drugs and rock’n’roll

La consommation de drogues est aussi toujours un problème auquel les grands événements musicaux doivent faire face. “Ça ne sert à rien de faire semblant qu’il n’y en a pas, clame le directeur de Dour. Il y en a dans les écoles, les discothèques et forcément dans les festivals aussi. Alors, on met en œuvre plein de choses par rapport à ça, et surtout de la prévention.” Début juin, des pilules d’ecstasy au dosage particulièrement dangereux ont été trouvées au festival Extrema ­Outdoor en Flandre après le malaise d’un fêtard…

Pas de quoi inquiéter les organisateurs, qui font ­confiance à des structures externes spécialisées en la matière et habituées à gérer ce genre de cas. Dour, Les Ardentes et Esperanzah! collaborent notamment avec l’ASBL Modus Vivendi, experte dans la réduction des risques et la prévention liées à la consommation de drogues. “Déceler des dosages dangereux nous est déjà arrivé par le passé et nous l’avons communiqué aux festivaliers. Si on a l’occasion de réagir face à un problème, autant faire tout ce qu’on peut”, ajoute le directeur de Dour. “A priori, selon nos statistiques, notre public ne consomme pas de drogues dures, mais plutôt de l’alcool, voire du cannabis, indique le patron des Ardentes. Donc le risque de pilules d’ecstasy particulièrement dangereuses n’est pas exclu, mais ne devrait pas être un problème pour nous.” En revanche, plus le rap a pris de la place sur l’affiche du festival liégeois, plus le public s’est rajeuni. “Nos équipes sont sensibilisées pour éviter de leur vendre de l’alcool, mais globalement cela ne représente pas un problème. On doit plutôt faire face à des cas d’ébriété précoce, de jeunes qui ­consomment avant d’arriver.

Prévenir, communiquer, prendre en charge

Enfin, la sécurité, c’est aussi lutter contre le harcèlement et les agressions, sexuels bien sûr, mais pas seulement. Tous les festivals prennent le problème à bras-le-corps, mais Esperanzah! va un cran plus loin depuis quelques années avec le plan Sacha. “Il s’agit d’un accompagnement à long terme. Nous ­travaillons avec les équipes six mois à l’avance, décrit Cécile Roche, coordinatrice. Toute l’organisation, même la logistique, doit être pensée pour prévenir et éviter violences et harcèlement. Des files hommes/femmes à l’entrée pourraient notamment être perçues comme une agression de genre.”

En plus des aspects prévention, communication et prise en charge, très poussés, un des points importants du plan est la sensibilisation des festivaliers. Sur le stand, ils peuvent suivre une formation pour devenir Sacha, des personnes attentives à la problématique des violences sexuelles, qui peuvent ensuite aider les autres. Quant au Covid, les grands événements en plein air n’ont plus aucune mesure à respecter. Mais la crise a fait évoluer certaines habitudes. “L’épidémie nous a fait réaliser le besoin de coordination entre tous nos axes d’aide et de santé, explique Jean-Yves Laffineur, pour Esperanzah! Cette pandémie nous aura amenés à porter une attention encore plus marquée aux questions de prévention, et ce dans tous les domaines.

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