Tac au tac avec Stéphane De Groodt

Stéphane De Groodt devait jouer Qui est Monsieur Schmitt? à Bruxelles, mais la date a été annulée. En échange, cet échange.

Stéphane De Groodt
@ Belgaimage

La Belgique a dit au revoir au Grand Jojo il y a quelques semaines. À quoi associez-vous son œuvre?
Au football.

Dans Qui est Monsieur Schmitt?, vous jouez un homme qui s’aperçoit qu’il n’est plus chez lui. Se rendant compte de l’absurde de la situation, votre personnage dit “Qui a envie de rire? Personne n’a envie de rire ici”. Or il a tort… La salle a envie de rire… 
Les situations de la pièce sont drôles, mais malgré elles parce que c’est dramatique de voir ce type se perdre, ne rien comprendre et ne plus savoir qui il est. Si on cherche à faire rire à tout prix, c’est foutu d’avance. Ce qui me fait rire, c’est la chose qui n’est pas drôle mais qui provoque le rire.

Racontez-moi une situation absurde où vous avez eu la sensation d’être éjecté à côté de la vie… 
La vraie question devrait être: “Quand vous êtes-vous vraiment retrouvé dans la vie?” Je me suis toujours mis de côté pour observer la vie, j’ai toujours été en décalage. Mais quand j’ai été en “halage”, c’est quand la vie est venue à moi, c’est quand j’ai eu mes enfants. Ce sont les moments où j’ai été le plus inscrit dans la vie sinon j’ai toujours été dans la quatrième dimension. J’ai toujours eu peur de regarder la vie en face, d’où le fait que j’ai développé des artifices comme la compétition automobile ou la comédie.

Avez-vous déjà vécu des crises existentielles où, face au miroir, vous vous êtes senti étranger à vous-même?
Oui, bien sûr… Mais ça passe surtout par le regard des autres qui, eux, ne vous reconnaissent pas tout à fait. Mais mes crises existentielles ont été nombreuses, oui…  Par exemple, quand on fait de la course automobile et qu’on arrive dernier, on se demande si on a vraiment raison d’être là. Est-ce qu’on est un bon père? Est-ce qu’on est un bon mari? Est-ce qu’on est un bon ami? Est-ce qu’on est un bon amoureux? Je me remets souvent en question – peut-être trop parfois.

Est-ce perturbant pour un comédien d’entendre rire les spectateurs derrière un masque? 
Je vais être honnête avec vous: j’oublie qu’il y a des spectateurs, donc j’oublie qu’il y a des masques. Le public est un support, comme une portée de musique qui nous permet de poser les notes.

Avez-vous des manies?
Aucune, si ce n’est celle de regarder mon téléphone avant de monter sur scène, et juste après.

Pourquoi?
Parce que je suis un malade du téléphone, tout simplement.

Êtes-vous bien chez vous?  Je veux dire: êtes-vous casanier?
J’adore être chez moi, et pourtant je bouge tout le temps. C’est le paradoxe. Quand je suis à la maison, j’ai envie de sortir. Quand je suis dehors, j’ai envie de rentrer chez moi. Quand je suis à Paris, j’aime bien être à Bruxelles; quand je suis à Bruxelles, j’aime bien être à Paris. Quand je mange un flan, j’ai envie d’une glace; quand je mange une glace, je rêve d’un flan…

Est-ce que vous vous supportez?
(Rire.) Il y a intérêt, sinon, après toutes les tares que je viens de vous exposer, je ne sais pas ce que je ferais. Bien s’entendre avec soi-même, c’est important. Donc on parle beaucoup tous les deux… C’est le travail d’une vie.

Qu’aimeriez-vous faire si vous étiez un autre pendant 24 heures?
J’aimerais bien rencontrer Stéphane De Groodt.

J’espère que vous ne serez pas déçu…
Il vous en parlera mieux que moi.

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