Chassepierre: le bonheur est dans le pré

Le temps d’un week-end, un village de 200 âmes s’impose comme  la capitale mondiale des arts de rue. Visite guidée.

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Trois hommes d’âge mûr en costume. Apparemment, ils ont quelque chose à livrer. Mais quoi? À qui? Où? De toute évidence, ils ont oublié. Déconcertés, accrochés les uns aux autres, ils trébuchent, courent, dansent. Réaliseront-ils leur objectif? Pour le savoir, il faudra aller dans le village gaumais de   Chassepierre ces 20 et 21 août. La performance comico-absurde (Three Of Kind) de ce trio (The Primitives) s’y déploiera à deux pas de l’église Saint-Martin et de son clocher bulbeux. Plutôt envie de communier avec des danseurs-circassiens? C’est alors dans la prairie 12 que vous suivrez les contorsions éblouissantes de virtuosité des danseurs du Grand Jeté! Il faudra aussi aller jeter un œil à la Maison du Pays, à l’espace Fontaine, du côté de la Guinguette, devant Le Breux, à l’espace École près de la Nouvelle Passerelle, à l’Abreuvoir… soit 17 lieux où 53 compagnies professionnelles, belges, mais aussi françaises, néerlandaises, espagnoles, italiennes, autrichiennes, britanniques, se partagent l’espace villageois, à l’occasion de cette 43e édition du Festival international des arts de la rue. 

Le nombre de visiteurs attendus? Près de 25.000 (chiffre de l’an dernier). Tout cela dans un village qui compte à peine plus de 200 habitants. Et pourtant cela fonctionne, grâce à la complicité plus que bienveillante des villageois, participant à part entière au projet. Les connaisseurs, en attente de spectacles précis, s’y mêlent aux  directeurs de compagnie en quête de talents neufs, et aussi et surtout aux “simples” curieux et amoureux de convivialité et de spectacles. Et il y en a pour tous, de tous les âges, enfants compris.
Tout ce petit monde déambule, s’installe sur une banquette, un tabouret, applaudit, puis repart, un peu plus loin, vers une autre scène provisoire, vers d’autres rires, d’autres surprises. Sous le soleil ou sous la pluie, mais toujours dans un paysage rural d’une grande douceur qui invite à l’apaisement.

“Chassepierre, c’est accueillir d’éphémères équilibres entre le village, la prairie et la Semois”, explique Charlotte Charles-Heep, jeune Française originaire de Sedan, qui, voici deux ans, a accepté la direction artistique du festival, succédant ainsi à Alain Schmitz, après avoir longtemps travaillé à ses côtés… Certes, Schmitz, “ce barbu gaumais…” ou “cette bonne tête de mule ardennaise” comme on l’a parfois appelé, ne fut pas le fondateur de ce qui deviendra, au départ d’une modeste manifestation Poésie-Village, un festival aujourd’hui internationalement reconnu. Mais dès 1976, il en sera l’artisan, le programmateur, l’âme et ce jusqu’en 2014, lorsqu’il passera la main à sa jeune collègue Charlotte, à peine âgée de trois ans quand ses parents l’emmenèrent pour la première fois à ce festival! Un défil qu’elle relève avec enthousiasme.
“L’important, c’est la transmission, explique paisiblement l’ex-Monsieur Chassepierre, œuvrant désormais discrètement, en arrière-plan. L’important, c’est de permettre à la manifestation de continuer.” L’important, c’est l’équilibre, à entretenir ou à chercher, entre la ruralité du lieu et la foule qui y débarque, entre le passé, le présent et le futur.

La suite dans le Moustique du 10 août 2016 et sur notre kiosque en ligne

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