Les Présidentes – Du pape et du pâté

Werner Schwab présente trois Présidentes coincées dans leurs obsessions.

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Le dramaturge Werner Schwab fait partie de ces auteurs qui ont tout donné en quelques années. Plasticien de formation, il est passé par la vie paysanne avant de se consacrer à l’écriture, de produire une quinzaine de pièces en quatre ans et de mourir à trente-cinq balais, comme épuisé par sa création. Il va sans dire que son écriture est cash, sans détour, qu’elle appelle un chat un chat et qu’elle aborde des sujets qui fâchent. Ou qui choquent. Ou les deux. Tout y passe: la religion, le racisme, la pédophilie, la folie. On pense à Fassbinder, on pense à Thomas Bernhard et à tous ces hommes de lettres dont les torrents de mots ont aussi charrié les traumatismes d’une histoire européenne qui a marqué au fer rouge les pays dont ils sont issus. A propos, Schwab était Autrichien. Comme Bernhard.

Les présidentes est une de ses pièces les plus jouées. En présence de ces trois personnages hors norme, trois femmes coincées dans leurs obsessions autant que dans leurs frustrations, on se dit qu’elles aussi se sont retenues longtemps avant de se lâcher. Il y a l’économe qui aime le pâté et Jean-Paul II, la croqueuse d’hommes qui n’a rien à se mettre sous la dent et la simple d’esprit qui débouche à mains nues les toilettes du bon peuple pour son malin plaisir. Il y a surtout le portrait d’une humanité magnifiquement grotesque, formidablement pitoyable. Cuvée Strip-tease de la grande époque. A les voir se balancer leurs idées toutes faites sur « la vie qui doit être comme ça et pas autrement », on se prend à penser que si on ne se retenait pas, on n’en serait peut-être pas si loin. Dans une mise en scène qui évoque l’univers graphique d’un Wes Anderson, Magali Pinglaut, Laurence Vielle et Patricia Ide se lâchent, sans retenue. Pour notre malin plaisir. –

> LES PRESIDENTES, jusqu’au 25/6. Théâtre Le Public. www.theatrelepublic.be.

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