Jérémy Ferrari: « Un homme qui n’a pas peur, c’est un fou »

Avec Vends 2 pièces à Beyrouth, il se met à dos les djihadistes, les réacs, les ONG et ses collègues humoristes. Rencontre avec un bateleur autodidacte.

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Beaucoup de ceux qui ne le connaissaient pas l’ont découvert en janvier, lors d’une séquence coup-de-poing sur le plateau d’On n’est pas couché: Jérémy Ferrari s’était permis d’y bousculer Manuel Valls. L’humoriste a conscience d’avoir pris un risque ce soir-là. « Je sais que mes attachés de presse ont eu peur quand j’ai ouvert la bouche… Parce que si je m’étais planté ou si je m’étais fait remettre à ma place, je niquais ma promo », confie celui qui était invité chez Ruquier pour vendre son nouveau spectacle Vends 2 pièces à Beyrouth. C’est l’inverse qui se produisit. Le cercle vertueux des critiques dithyrambiques s’enclenche alors en même temps que le site des réservations Fnac est pris d’assaut…

Après un premier « one » sur les religions intitulé Hallelujah Bordel, Jérémy Ferrari s’attaque à la guerre et au terrorisme. Un spectacle iconoclaste, didactique, documenté (toutes les sources dont l’humoriste s’est nourri sont disponibles en téléchargement sur son site Internet). Mais aussi, et c’est le plus important, férocement drôle. Un peu démago aussi, lorsque celui qui se revendique abstentionniste conclut son show par un monologue un brin moraliste? « Si dire: « Il faut arrêter la guerre », « Ali Bongo est un dictateur ou même « Il faut sauver les dauphins », c’est de la démagogie, je suis très content d’être démago! » D’autant que, soyons de bon compte, en s’attaquant au conflit israélo-palestinien ou en disséquant sans fard les vidéos de propagande de Daesh, il est difficile de faire à cet écorché vif le procès de la facilité…

Vous démarrez votre spectacle en pêchant les gens à froid avec les attentats du Bataclan. Dans le climat anxiogène actuel, les gens ont-ils le rire facile ou, au contraire, faut-il les décoincer?

JEREMY FERRARI – C’est une crainte que j’avais avant de démarrer la tournée, mais j’ai été rassuré tout de suite: les gens sont extrêmement réactifs pour le moment! En entamant sur le Bataclan, la surprise génère déjà un rire, peut-être jaune au départ, mais je vais ensuite tellement loin qu’il devient progressivement libérateur. Quand on attaque un sujet horrible comme celui-là, il faut aller dans l’exagération extrême, pour générer l’absurdité. Ça permet aux gens d’avoir du recul et d’en rire. Si on est en demi-teinte, ça nous ramène à une forme de réalisme, et c’est mort. 

On vous accole souvent les expressions « humour noir » et « politiquement incorrect ». Quelle est votre définition de ces termes de plus en plus galvaudés?

J.F. – Pour moi, le vrai humour noir, c’est celui qui est fait pour les bonnes raisons. On ne peut pas faire d’humour noir si on n’aime pas les gens. Ça ne marche pas. Quand je fais des vannes horribles sur les handicapés, c’est parce que je n’ai pas de pitié pour eux. Mon ex a loupé le permis trois fois, alors que j’ai vu un mec qui n’avait pas de bras conduire en tenant le volant avec ses pieds… Envers qui faudrait-il avoir de la condescendance? Quant à la provocation, c’est aller juste un petit peu trop loin. La provocation doit être dérangeante. Ça signifie d’accepter de prendre des risques. Beaucoup de gens se disent provocateurs mais ne le sont pas, comme Sophia Aram que je cite dans le spectacle. Ce sont ce que j’appelle des « humoristes subversifs autorisés ». Ceux qui, sur France Inter, se retrouvent en face d’un Premier ministre ou d’un Président, et font une chronique faussement provoc… Pour le coup, ça c’est démago. A l’inverse d’un Guillon qui prenait vraiment des risques… et s’est d’ailleurs fait virer!

Vous, quels risques prenez-vous?

J.F. – D’abord, le risque de ne pas faire rire le public. Avec ce spectacle, j’ai vraiment fait un coup de poker. J’ai fait tapis: soit je gagne tout, soit je perds tout. J’étais terrorisé quand j’ai relu le spectacle quelques semaines avant: je me disais que j’allais me ramasser! Parce qu’il est très violent, très rentre-dedans. Il y a ensuite le risque d’un boycott médiatique… Ce qui ne m’est pas arrivé cette fois-ci. Toute la presse est venue, et à l’exception de un ou deux papiers, la majorité a encensé le spectacle. Même des journaux de droite comme Le Figaro! Enfin, tu risques toujours des problèmes – physiquement – lorsque tu heurtes délibérément les sensibilités des gens.

La suite dans le Moustique du 6 avril 2015

VENDS 2 PIECES A BEYROUTH, les 12/4 à Uccle, 14/4 à Bastogne, 15/4 à Huy, 8/11 au Cirque Royal, 9/11 au Forum de Liège.

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