Des Conversations qui durent

Magnifiquement interprété par Jacqueline Bir, Conversations avec ma mère parle de tout ce que l’on ne se dit pas. Et que l’on regrette de ne pas avoir dit quand il est trop tard.

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J’aime à 50 ans. A l’âge où l’on croit que l’on est sur des rails inamovibles et que plus rien ne peut nous arriver, il perd son job et se retrouve au chômage. Tous ses repères s’écroulent, à commencer par le confort bourgeois qu’il s’était construit, loin de ses rêves de jeunesse. Ses enfants vont devoir changer d’école, son couple est au bord de l’implosion et, triste cerise sur le gâteau, il va devoir vendre l’appartement qu’occupe sa maman de 82 ans.

Très vite, on comprend que la raison de sa visite est moins cette histoire d’appartement que le besoin de se confier à sa mère parce qu’elle est sans doute la seule personne au monde capable de l’écouter, de le secouer, et de l’aider à retrouver qui il est. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Jaime est un homme perdu. Qui s’est perdu en cours de route. Et qui tente de recoller les morceaux. Le fils a beau avoir un demi-siècle, sa mère le voit toujours comme un petiot à materner. Elle le gronde et lui tire les bretelles comme s’il avait cinq ans. Quant à lui, il ne veut pas voir que sa mère est avant tout une femme et qu’elle a peut-être un nouvel amour dans sa vie. Mais derrière ces moments qui font le sel comique de la pièce, il y a une vérité terrible: ces deux-là se sont perdus de vue avec le temps et ne se sont pas dit le tiers du quart de l’essentiel.

Adapté du scénario d’un film homonyme réalisé en 2006 par Santiago Carlos Ovés, qui plaçait son récit en pleine crise économique argentine, ces Conversations nous réservent une surprise de taille, un retournement de situation qui met tout le propos en abîme. Du début à la fin du spectacle, elles « funambilisent » sur le fil du rasoir entre rire et émotion, sans jamais tomber dans le pathos. Les mots sont toujours justes. Les comédiens qui les disent aussi. Ils n’avaient jamais joué ensemble. Alain Leempoel, qui produit aussi la pièce, a tout de suite pensé à la grande Jacqueline Bir pour interpréter sa maman de théâtre dans ce face à face doux amer. La comédienne, qui avait pourtant juré qu’elle se retirait quelque peu des planches, a signé des deux mains et on ne peut que s’en réjouir. Cette rencontre au sommet est une véritable réussite. Créé en mai 2014 à l’Espace Delvaux, ce spectacle a très rapidement bénéficié d’un bouche-à-oreille favorable. Et rencontre depuis des salles debout, un public enthousiaste, très certainement sensible au message universel qu’il véhicule. Et c’est loin d’être terminé. C’est toujours agréable de saluer un succès. Quand il est théâtral, c’est encore meilleur!

> CONVERSATIONS AVEC MA MÈRE. Du 6 au 9/10 à la Ferme de Martinrou, puis à Dinant, Sambreville, Ottignies, au Wolubilis, au CC d’Uccle…

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