Ronquières Festival a gagné son pari

Boosté par le phénomène Måneskin, le festival hennuyer a vécu une première journée de rêve en mode Covid Safe Ticket. Liberté retrouvée, musique diversifiée et plaisirs partagés. 

Ronquières Festival - Mathieu Golinvaux

Un groupe particulier pour une édition particulière. Qui aurait cru, voici quelques mois encore, que l’édition 2021 du Ronquières Festival affiche sold-out pour sa première journée avec plus de 20.000 spectateurs sans masque et libérés de gestes barrières se déchaînant sous les riffs glam d’un groupe italien ? 

Ronquières Festival copyright Mathieu Golinvaux

Et pourtant, c’est ce que nous avons vécu ce samedi 14 août. Reporté d’une semaine par rapport à ses dates historiques afin d’être le premier festival de masse (avec l’Alactraz Hard Rock Festival et le Paradise City qui se sont déroulés avec le même succès ce week-end) à pouvoir accueillir son public à pleine capacité via l’instauration du Covid Safe Ticket, le Ronquières Festival a gagné son pari. Une programmation « last minute » particulièrement relevée, une équipe de pros et de bénévoles au taquet, une organisation sans la moindre faille, un contrôle du fameux pass qui n’a pas posé le moindre problème et surtout, comme on l’avait vu auparavant à Esperanzah ! ou au Micro Festival, un public tout sourire qui a répondu présent. On vous résume cette première journée à la fois intense, contrastée et ensoleillée.

La tornade Måneskin

Ce n’est certainement pas l’avenir du rock and roll. C’est un peu le passé ressuscité à coups de codes glam caricaturaux. Mais c’est incontestablement le groupe du moment que personne n’a vu venir. Jamais en effet dans l’histoire du festival, un nom n’avait autant servi d’ »accélérateur » à la prévente des billets, d’autant que l’annulation de leur prestation aux Lokerse Feesten voici deux semaines, a ramené au bord du Plan Incliné un contingent encore plus important de spectateurs flamands. 

Maneskin, Ronquières Festival, copyright Mathieu Golinvaux

Le show? Une ambiance complètement hystérique.  Un truc incroyable, improbable, révélateur d’une envie de guitares électriques chez la jeune génération et, avouons-le, déclencheur de nombreux plaisirs coupables chez certains adultes. Les puristes peuvent se moquer des vainqueurs du Concours Eurovision de la Chanson. Nous, on retiendra la réaction du public et on ne s’étonnera pas de voir Måneskin à l’affiche de Rock Werchter ou du Graspop en 2022.

Maneskin, Ronquières Festival, copyright Mathieu Golinvaux
Quelque part entre Mister Cover, Steel Panther et une version Mötley Crüe pour la génération TikTok, nos amis romains font le boulot. Ça joue pour de vrai et plutôt fort. Les coups de frappe de la bassiste Victoria De Angelis sont particulièrement impressionnants et le chanteur en short noir Damiano David a du charisme à revendre. Le groupe à la moyenne d’âge de vingt ans enchaîne ses chansons en italien comme Zitti e Bruoni, In Nome Del Padre ou Lividi Sui Gomidi. Il balance aussi quelques morceaux en anglais et multiplie les reprises. Damiano lèche le sol comme un caniche sur I Wanna Be Your Dog des Stooges, plonge dans le public sur Take Me Now de Franz Ferdinand, emprunte Bury a Friend à Billie Eilish et fait chanter « Je veux être ton esclave » (« I wanna be your slave« ) à toute la plaine de Ronquières, y compris à notre ministre de la Culture Bénédicte Linard et Georges-Louis Bouchez vêtu d’un t-shirt au logo Italia. Tout ça à l’heure de l’apéro et sous un soleil digne d’un western crépusculaire de Sergio Leone…

Pomme

Pomme, Charles, Sharko… Trois univers différents, trois formules en trio qui nous ont particulièrement touchés lors de cette première journée. Consacrée Artiste Féminine de l’Année aux dernières Victoires de la Musique, la Lyonnaise Pomme a régalé avec un set intimiste d’une grande classe. Accompagnée de deux musiciennes, Claire Pommet déclame sa poésie aux mots simples qui ne sonnent jamais creux, transforme sa fragilité en force tranquille et se démarque en imposant une version moderne de la chanson folk.  Elle nous revient avec ses jolies Failles le 27 août aux Nuits Solidaires et le 9 septembre aux Nuits Botanique (complet).

Pomme, Ronquières Festival copyright Mathieu Golinvaux

Charles

Dans un contexte pandémique particulièrement compliqué pour la visibilité des artistes émergents, notre Charles nationale a parfaitement tiré son épingle du jeu en 2020/2021. Métamorphosée depuis sa victoire lors de la saison 8 de The Voice Belgium, la chanteuse et compositrice brabançonne a dévoilé de nouvelles ambitions sur Falling While Rising un premier EP paru au début de l’année. Depuis, on l’entend et on la voit partout. Déjà parfaite à l’Arena 5 voici deux semaines, Charles a encore brillé ce samedi à Ronquières. Emue de jouer sur la grande scène d’un festival qu’elle fréquente comme spectatrice depuis sa première édition, Charles offre dans un anglais sans le moindre accent une proposition musicale, qu’on qualifiera de « pop gothique », unique chez nous. Ce n’est, du reste, pas un hasard, si c’est la seule artiste francophone à avoir été programmée cet été à Werchter et à être plébiscitée par les radios du nord du pays. Elle ira loin.

Sharko

Sharko Ronquières Festival. copyright Mathieu Golinvaux

Enfin, c’est à Sharko qu’on donnera notre ultime coup de chapeau. Revenu aux fondamentaux guitare/basse/batterie, l’infatigable David Bartholomé a balancé un set rock particulièrement bien carré en début d’après-midi. Précis, net, sans bavure. Une valeur sûre.

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