Pourquoi le concert de Beyoncé à Dubaï ne passe pas auprès de la communauté LGBTQ+

Queen B était de retour sur scène, lors d’un show privé à Dubaï. Pour certains militants, les prises de position de la star en faveur des droits des personnes LGBTQ+ ne sont pas compatibles avec un concert dans l’émirat.

Pourquoi le concert de Beyoncé à Dubaï ne passe pas auprès de la communauté LGBTQ+
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Elle avait dédié son dernier album, Renaissance, à son oncle Johnny : «Il était ma marraine et la première personne à m'avoir fait découvrir beaucoup des musiques et des cultures qui ont servi d'inspiration à cet album». En 2019, Beyoncé évoquait déjà son oncle, en saluant la mémoire de «l’homme gay le plus fabuleux» qu’elle ait jamais connu, mort de complications liées au VIH.

Un hommage que certains militants des droits humains rappellent aujourd’hui, pointant les contradictions de la reine de la pop. Samedi 21 janvier, cette dernière a en effet choisi l’Atlantis Royal Hotel de Dubaï pour faire son grand retour sur scène, après cinq ans d’absence. Un show privé qui a réuni 1.500 spectateurs (parmi lesquels Kendall Jenner, Liam Payne…) et qui aurait coûté 24 millions de dollars.

Or, Dubaï, et plus généralement les Émirats arabes unis, ne sont pas connus pour leur tolérance envers les droits des minorités, notamment sexuelles. Selon le rapport 2019 de l'International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans and Intersex Association, l'article 356 du code pénal fédéral émirati prévoyait «un minimum d'un an de détention» pour «le crime de corruption volontaire», ce qui est considéré comme une référence aux rapports homosexuels.

À Dubaï, la loi irait même plus loin, en punissant la sodomie de peines allant jusqu’à 14 ans de prison. L’ILGA fait aussi état de plusieurs arrestations homophobes aux Émirats arabes unis au cours des quinze dernières années. Et bien que Amnesty International notait en 2021 que l'article ne considérait plus les relations sexuelles librement consenties comme des infractions, des sanctions contre «les actes scandaleux portant atteinte à la pudeur», dont la nature n'était pas précisée, étaient encore mentionnées dans le code pénal des Émirats.

«Elle a fait passer un cachet mirobolant avant les droits de l’homme»

Le choix de Dubaï pour son retour sur scène, même lors d’un show privé, est donc d’autant plus discutable que la critique avait justement salué dans le dernier album de Beyoncé un hommage à des courants musicaux indissociables de la culture noire ou queer. Selon The Guardian, la superstar n’a joué à Dubaï aucun des 19 titres de Renaissance.

«Un album spécialement dédié à son oncle gay pour finir par se produire à Dubaï, dans un des pays les plus LGBTphobes au monde, où l'homosexualité reste théoriquement passible de la peine de mort», a dénoncé sur Twitter Sébastien Tüller, responsable des questions LGBTI chez Amnesty France.

«J'ai du mal à comprendre pourquoi Beyoncé, riche d'un demi-milliard de dollars, accepterait 20 millions pour donner sa première prestation depuis 'Renaissance', un disque qui s'inspire énormément de la culture queer, à Dubaï, où les droits LGBT ne sont pas reconnus», pointait un autre internaute sur Twitter. Le militant anglais pour les droits humains, Peter Tatchell ajoutait : «En balançant ses valeurs progressistes, elle a fait passer un cachet mirobolant avant les droits de l’homme».

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Comme le rappelait The Guardian, les fans font depuis longtemps pression sur les artistes pour qu'ils ne se produisent pas aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite en raison des graves violations des droits de l'homme dans ces pays. En 2019, Nicki Minaj s’était par exemple retirée du Jeddah World Fest en Arabie saoudite après que la Human Rights Foundation le lui ait demandé.

D’autres n’ont pas toujours eu la même éthique : en 2010, Sting avait accepté de jouer pour la fille du dictateur d’Ouzbékistan, moyennant 1 million de dollars. En 2009, Beyoncé, déjà, avait donné un concert privé à la famille Kadhafi. Deux ans après, en pleine révolution libyenne, la chanteuse avait annoncé avoir versé l’argent de cette prestation aux victimes du tremblement de terre d’Haïti, en 2010.

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