Raphael casse tous les codes du live avec Bande Magnétique : «Ce sont les moments où j’ai été le plus heureux sur scène»

Le chanteur déroule le soundtrack de sa vie dans Bande magnétique, spectacle en forme de mise en abyme qu’il présentera bientôt chez nous.

Raphael
© Mathieu Cesar

“J’ai plané plusieurs soirs d’affilée lorsque j’ai présenté Bande magnétique au ­Théâtre des Bouffes du Nord à Paris. Ça fait vingt-deux ans que je fais ce métier et je pense que ce sont les moments où j’ai été le plus heureux sur scène”, confie Raphael. Sans nouvel album studio à promouvoir, sans best of ou anniversaire particulier à célébrer, le chanteur de Caravane et écrivain (Retourner à la mer, prix Goncourt de la nouvelle en 2017) se met à nu dans une création qui casse tous les codes du live. Le pitch de cette Bande magnétique qu’il présente ce 18 janvier au Cirque Royal? Une cabine d’enregistrement old school avec trois gros magnétos à bandes Revox. Le musicien, Raphael donc, s’installe sur un tabouret. Il sort une guitare électrique de son étui et la ­branche sur l’ampli. À ses côtés, on trouve aussi un piano droit. Un ingénieur du son s’installe dans la cabine, appuie sur la touche “Record” et… À vous de découvrir la suite.

L’idée de Bande magnétique est venue de mon envie de me produire aux Bouffes du Nord, un ­théâtre magnifique d’une capacité de 500 places avec son histoire et ses secrets. Je savais que le lieu n’avait pas vocation à accueillir un concert live donné dans le cadre d’une tournée. Il me fallait une création et ça tombait bien. J’ai toujours rêvé de ­proposer autre chose qu’un concert, éternelle géographie du chanteur et de son groupe qui l’accompagne. J’ai imaginé un spectacle où se mêlent théâtre, conte de fées, magie et musique. Tout ça reste très rock and roll, bien sûr, même s’il n’y a pas d’autres musiciens et qu’il y a beaucoup de parties acoustiques. Il y a une autre dimension. Les bandes qui défilent sont celles de mes enregistrements originaux. Je joue dessus, je déconstruis certains titres et je suis régulièrement interrompu par l’ingénieur du son, sorte de Monsieur Loyal au début du show qui va devenir au fil des minutes un vrai méchant comme l’imposent les règles du music-hall. Car il y a toujours un méchant dans cet univers. Il est clairement là pour foutre la merde et ça donne du mordant au spectacle.”

Sur les cent vingt chansons qu’il a écrites depuis ses débuts en 2000, Raphael a fait un tri spontané de quarante d’entre elles et puis il en a sélectionné une vingtaine pour Bande magnétique. “Celles que j’aime, celles que le public a validées, souvent les mêmes d’ailleurs… Et puis d’autres moins connues.” On entendra ainsi une ballade inédite écrite pour Cesária Évora destinée à l’album “Je sais que la Terre est plate” de Raphael en 2008. La diva aux pieds nus cap-verdienne devait l’enregistrer de son côté, mais la bande (magnétique) est arrivée trop tard pour la mettre sur le disque. Autre ­rendez-vous manqué qui est sublimé dans le spectacle, celui avec Alain Bashung, l’un de ses mo­dèles les plus inspirants. “J’avais oublié que je lui avais écrit Les salines jusqu’au moment où mon éditeur m’a appelé pour me dire qu’elle allait figurer sur le disque ­posthume de Bashung, “En amont”.

https://www.youtube.com/watch?v=wLM_kYVo-Tg

Tout part du répertoire

Pour Raphael, cette Bande magnétique qui a fait salle comble en France tient de la mise en abyme. “Ce n’est pas une remise en question et encore moins un bilan de parcours ou un spectacle psychanalytique. Les questions posées par l’ingénieur du son (joué par un comédien - NDLR) sont déroutantes, mais je ne raconte pas des choses intimes. On reste dans l’imaginaire et la fiction, même si ce sont des choses aux­quelles je crois profondément puisque tout part de mon répertoire et tourne autour de mes chansons. Leonard Cohen disait de ses chansons qu’elles étaient des ovnis grâce au public. J’aime bien l’idée. A priori, ce sont des petites choses, mais ce qu’elles contiennent peut être immense pour les gens.

S’il travaille parallèlement sur un dixième album studio (“j’ai déjà rassemblé toutes les pièces mais je dois encore trouver la notice pour tout monter de manière cohérente”), Raphael avoue que cette expérience sur Bande magnétique l’a requinqué. “J’ai toujours cru que les albums fonctionnaient comme ils devaient fonctionner. Parfois ça touche le public, parfois pas. Il faut l’accepter. Pour moi, coup sur coup, avec mon dernier disque “Haute fidélité” et ce spec­tacle, je sens l’engouement des gens. Tout cela m’encourage à prendre encore plus de risques à l’avenir.

Bande magnétique, le 18/1. Cirque Royal, Bruxelles. www.cirque-royal-bruxelles.be

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