Comment l'État belge a obtenu les droits d'auteur du single de... Crazy Frog

Détenteur des droits d'auteur du nouveau single de Crazy Frog, la Belgique pourrait percevoir les redevances, et ce grâce à une curiosité juridique.

Crazy Frog
Poupée et CD de Crazy Frog, le 15 septembre 2005 à Berlin ©BelgaImage

Vous souvenez-vous de Crazy Frog? En 2005, ce personnage de synthèse, créé par des Suédois et repris par des Allemands, s'était classé premier dans les charts de plusieurs pays avec son single «Axel F», y compris en Belgique et en France.

Mais si vous gardez un mauvais souvenir de cette «grenouille folle» qui en a agacé plus d'un, gare à vous! Crazy Frog vient en effet de sortir une nouvelle chanson. dénommée «A Ring Ding Ding Ding». Une chanson qui, si elle renoue avec le succès, pourrait toutefois rapporter gros... à l'État belge! C'est ce que révèlent ce vendredi Het Laatste Nieuw et la VRT, qui notent que la Belgique détient les droits d'auteur du titre grâce à un concours de circonstances.

L'histoire d'un héritage refusé

Pour comprendre comment la Belgique a réussi à obtenir les redevances de la chanson, il faut tendre l'oreille. Les plus attentifs reconnaîtront alors que la chanson reprend la mélodie de «Yo Soy Cubano». Malgré ses airs caraïbéens, ce titre ne vient pas des tropiques mais d'un groupe belge, Les Chakachas. C'est un de ses membres, Josef van het Groenewoud, qui a composé le morceau.

En 1992, ce dernier meurt et se pose alors la question de son héritage. En théorie, ce sont ses fils, Raymond et Sandro, qui auraient dû récupérer les droits d'auteur de son paternel. Le problème, c'est que Josef s'est éloigné de sa famille quand Raymond avait 5 ans. Lorsqu'il est décédé, les deux fils ont donc refusé l'héritage pour des raisons affectives. En conséquence, les droits de «Yo Soy Cubano» ont été transférés à l'État belge.

Le gros lot pour la Belgique?

Le paradoxe, c'est que depuis, la chanson a été reprise par plusieurs interprètes, et pas seulement par Crazy Frog. C'est le cas notamment de Fatboy Slim en 1995 avec «Magi Carpet Ride» et de Kendrick Lamar en 2012 avec «Backseat Freestyle. Fin décembre 2022, la grenouille de synthèse s'est ajoutée à la liste. Selon Het Laatste Nieuws qui note que «Backseat Freestyle» a été écouté 340 millions de fois sur Spotify, les redevances pourraient atteindre environ 3,4 millions d'euros rien que grâce à cette performance.

À lire: Pourquoi les rock stars revendent-elles leurs droits d’auteur ?

Est-ce que la Belgique a réellement touché cet argent? Les médias flamands se posent la question, sans avoir de réponse. Selon la VRT, la Sabam (Société belge des auteurs, compositeurs et éditeurs) ne gèrerait plus les droits d'auteur si les héritiers s'en désintéressent.

Est-ce que Raymond et Sandro van het Groenewoud s'en mordent aujourd'hui les doigts? En 2018, le premier avait été interrogé à ce sujet par la radio Studio Brussel et avait donné une réponse mitigée. «Peut-être que nous pleurerons de regret jusqu'à nos propres morts. Mais c'est comme ça et cela le restera».

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