Patrick Bruel: "Le public est une épaule importante dans ma vie"

Quatre ans après Ce soir on sort, Patrick Bruel sort Encore une fois. Un dixième album studio où il s’épanche sur l’actualité et se dévoile encore un peu plus.

Patrick Bruel sort son dixième album studio, Encore une fois
Patrick Bruel sort son dixième album studio, Encore une [email protected] de Pontcharra

C’est dans un petit restaurant du centre-ville de Bruxelles que Patrick Bruel nous a donné rendez-vous. Avant de l’interroger, on écoute, avec lui, ses 14 nouveaux titres, certains écrits par lui, certains par les habitués (Felix Gray, Paul Ecole) ou par des petits nouveaux (Hoshi, Mark Weld). Un album où Bruel a également invité Mosimann, ancien vainqueur de la Star Academy et aujourd’hui DJ mondialement reconnu, pour lequel il ne cache pas son admiration: "C’est un mec extraordinaire qui gagne à être connu. Il a un talent fou". Dans ses nouveaux titres, fidèle à son habitude, Bruel aborde tous les sujets, de l’intime au sociétal. Certains morceaux ont d’ailleurs déjà été testés sur scène lors de sa dernière tournée acoustique et augurent de futurs très bons moments.

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 "Si je me perds en route, je prendrai vos je t’aime comme essence", c’est adressé à votre public ?
C’est un hommage au public vers lequel je me suis toujours tourné. Le public est une épaule importante dans ma vie. Il m’a toujours accompagné, dans les moments importants de ma vie et les plus compliqués. Il a toujours été là.

Comment vous sentez-vous à l’aube de cette nouvelle aventure?
Je suis vraiment très heureux du résultat et je suis satisfait: je suis arrivé là où je voulais aller. J’ai vraiment l’impression d’avoir fait de mon mieux quand j’ai rendu ma copie. Et en même temps, il y a la fébrilité parce que sortir un nouvel album, c’est refaire une proposition avec ce que ça comporte d’inconnu. Je ne sais pas comment ce nouvel album peut se situer dans le paysage, comment il peut être accueilli. Est-ce qu’il y a encore de la place? Pendant ces quatre dernières années, beaucoup d’artistes sont arrivés sur la scène. Le curseur des priorités a changé. On se dit que rien n’est acquis. Pour l’instant, l’accueil reçu par les premières chansons est très fort et ça me fait presque un peu peur.

Dans chacun de vos albums, vous avez un titre qui systématiquement met l’ambiance sur scène. Le précédent, c’était Stand Up, au destin particulier…
Ce titre a effectivement une histoire. On avait envisagé de le sortir pour la précédente Coupe du Monde mais sans le concrétiser, je l’ai regretté. Ensuite, on avait prévu qu’il s’agirait du premier single, ça aurait été une très bonne idée. On l’a sortie un peu tard mais le titre avait déjà fait son chemin et est devenu sur scène un incontournable. Je la chante comme si ça avait été un énorme tube.

En voyez-vous une susceptible de vivre le même destin sur ce nouvel album?
Danse pour moi a probablement cette vertu, je l’ai d’ailleurs déjà testée à plusieurs reprises. Il y a aussi Dans ce monde-là ou J’avance qui ont la même énergie. Et dans un autre registre, je pense que On en parle va être très fort. J’ai vraiment l’impression qu’elle nous ramène au ton de Casser la voix ou Rock’n’Roll.  Elle a une très forte résonnance. Je suis aussi très curieux de travailler sur Pouce, pour laquelle je vais certainement modifier l’arrangement en lui donnant plus de progression. C’est une chanson un peu ovni et expérimentale pour moi. On y a mélangé les styles. Au début, on en retrouvait six différents, aujourd’hui il n’y en a plus que trois, avec un peu The Weeknd et Imagine Dragons.

La chance de pas alerte sur les dangers de la drogue. C’est essentiel d’assumer ce rôle de prévention ?
Ce message s’adresse à tout le monde, enfants et adultes. C’est un danger qui guette de plus en plus. On est tous des membres de la société civile et à tout moment quelqu’un peut mettre en garde. En tant qu’artiste, on a un micro devant la bouche qui nous permet de faire part de nos préoccupations. Je ne sais pas si c’est important mais en ce qui me concerne, je ne le conçois pas autrement. Il ne peut pas y avoir un album sans ce type de message. J’ai besoin qu’il y ait du sociétal dans ce que je propose.

Au fil de vos différents albums, vous évoquez de plus en plus vos racines, qu’il s’agisse de votre maman avec L’instit ou l’Algérie avec Je reviens. C’est un besoin?
Je suis né en Algérie et je n’y suis jamais retourné. C’est une envie profonde, et j’ai écris Je reviens pour provoquer le destin et m’offrir cette possibilité de redécouvrir ce pays avec ma mère. J’ai acheté un domaine au cœur de la Provence qui est exactement au centre de mon monde: il est exactement à équidistance entre l’Algérie, où je suis né, et la région parisienne, où j’ai grandi. J’avais besoin pour moi mes enfants de cette maison de famille.

Quelle est la part d’autobiographie dans ces nouveaux titres?
Elle est totale. Même quand ce n’est pas moi qui écris, ce qui est un peu dingue. Je l’ai fait 100 fois est la plus autobiographiques d’entre toutes, c’est ahurissant que quelqu’un qui ne me connaît pas ait pu à ce point-là s’immiscer dans mon âme. Avec Mark Weld, qui en est l’auteur, il y a vraiment quelque chose qui se passe. Tout comme dans J’avance. J’en ai écrit le refrain et ce sont Hoshi et Mark Weld qui ont écrit les couplets. C’est un titre qui dit des choses très personnelles…

Comme "j’avance sans regarder dans le rétro" ?
Absolument. Si tu commences à regarder dans le rétro, tu finis par tourner la tête et te faire un torticolis. Ou te prendre le mur que tu ne vois pas devant toi.

Avant, la promo passait par les plateaux télé et la presse. Aujourd’hui elle se fait essentiellement par les réseaux où l’album existe déjà avant sa sortie physique. Vous êtes à l’aise avec ce concept?
Je vis avec mon temps. Cette avancée technologique est absolument fantastique, elle permet une ouverture folle. Mais c’est comme pour tout, il y a des effets pervers. Il faut maitriser l’outil pour ne pas le subir. Et donc en apprendre les codes. C’est comme pour le permis voiture. Si dès que tu obtiens ce permis on t’offre une Ferrari, tu pars à 300 à l’heure et tu vas dans le mur. Sur les réseaux, il y a des règles et des codes à suivre. Il faut faire attention aux dérives. C’est un outil fabuleux. Imaginons que je sois un jeune artiste, qui joue de la guitare et habite dans un trou perdu. A l’époque où les réseaux n’existaient pas, a priori personne n’aurait jamais entendu parler de moi. Aujourd’hui, je me filme sur Instagram et ça peut provoquer un écho chez quelqu’un et ça peut aller très vite. Grâce à ces réseaux, on n’aura plus de génie méconnu. Mais à côté de ça, il y a les tarés qui vivent derrière leurs écrans pour faire du mal aux autres.

Vous avez mis du temps à concevoir ce nouvel album?
Il arrive plus vite que d’habitude. Le confinement m’a permis d’avoir du temps pour aller à la recherche de ce que j’avais déjà envisagé. Dès juin 2020, j’avais déjà préparé pas mal de choses. Avec Benjamin Constant (son complice de toujours ndlr), on a très vite fait des maquettes. L’album aurait pu être près il y a un an. Il y a énormément de choses et il y en a encore plein. En revanche, des textes je n’en ai pas beaucoup en réserve. Et puis, il y a tout ce que je compose sur le moment même.

Après la sortie de cet album, quels sont vos projets?
En 2023, j’ai le projet d’une série pour la télé et un éventuel tournage. Et on envisagera fin 2023 de repartir sur les routes avec Encore une fois.

Ce samedi, vous serez présent sur le plateau de la Star Academy. Quel regard portez-vous sur ce type d’émission ?
Ça me fait toujours plaisir d’y aller. J’y suis allé aux touts débuts et j’y ai découvert un tas d’artistes. D’ailleurs, c’est là que j’ai rencontré Mosimann. Y retourner c’est super. Toutes ces émissions qui tendent à mettre en lumière le talent, c’est une opportunité formidable pour ces jeunes. Si ça avait existé à mon époque, je me serais précipité sur ce genre de concept.

Aujourd’hui quel est le défi artistique que vous souhaitez encore relever ?
Il y a tellement de choses que je n’ai pas joué. Je n’ai fait que quatre fois du théâtre. Au cinéma, il y a un tas de personnages que je n’ai pas encore interprété, des metteurs en scène avec qui je n’ai pas collaboré. En musique, j’ai exploré pas mal d’univers, mais c’est tellement infini. Il y a toujours quelque chose qui peut nous surprendre. Le plus beau est à venir.

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