Lous and the Yakuza : "Mon album Iota est une mise à nu"

Avec “Iota”, la chanteuse belgo-congolaise Lous and the Yakuza fait la paix avec ses traumatismes et dévoile sa véritable âme soul.

Lous and the Yakuza
© Charlotte Wales

Racisme, guerre, rupture familiale, errance nocturne, viol, drogue, renaissance… Marie-Pierre Kakoma, alias Lous And The Yakuza, avait trouvé les mots justes et les sons dans l’air du temps pour évoquer sans tabou son parcours de vie trauma­tique sur son premier album “Gore” en 2020. Deux ans plus tard, c’est une autre facette de sa personnalité, plus introspective, que la jeune femme de vingt-six ans dévoile sur “Iota”. Pour évoquer ses tourments ­sentimentaux, la plume est sans tabou, l’humeur apaisée, le ton léger mais les failles toujours pal­pables. Plus pop dans ses couleurs, “Iota” s’enrichit aussi de vrais instruments, accueille Damso pour l’énorme Lubie et, derrière l’image glamour et mécanique de la jeune égérie Louis Vuitton, laisse apparaître une profonde humanité.

Comment avez-vous vécu l’après-“Gore”?
Lous and the Yakuza –
Sur un plan artistique, je l’ai très bien vécu. Il y a eu beaucoup de travail pour faire découvrir le projet, mais pas vraiment de mauvaises nouvelles. Humainement, j’ai connu des hauts et des bas. Sentimentalement, j’ai vécu un tourbillon. Mais je me suis aussi réconciliée avec ma famille. Nous avons réussi à tout mettre à plat. Ma mère qui me voyait devenir médecin est devenue ma fan numéro un.

Sur “Iota”, vous quittez les sujets sociétaux pour parler d’amour. C’est toujours autobiographique?
“Gore” évoquait mon expérience par rapport à la guerre, au racisme, au viol, à la prostitution. C’étaient des chansons frontales et personnelles qui ont déclenché des débats de société. “Iota” parle toujours de moi, mais il touche davantage à l’intime. C’est une mise à nu. Il y a plusieurs déclinaisons de cette thématique amoureuse sur l’album car je suis passée par toutes les phases émotionnelles ces deux dernières années. Coups de foudre, brisures de cœur, amitiés trahies…

Porte-parole antiraciste, égérie fashion, voix du panafricanisme… On vous a mise à toutes les sauces après “Gore”. Comment l’avez-vous vécu?
À la sortie de “Gore”, je souffrais d’injustice, j’étais en colère. Aujourd’hui, c’est moins le cas. Mes lectures (elle est passionnée de philosophie) m’ont rendue plus sereine. J’ai appris à ne plus me définir comme les gens voudraient que je me définisse. Je ne veux pas être un porte-étendard. D’abord parce que ma prise de parole sur le racisme m’a valu des menaces de mort alors que je demandais simplement plus d’égalité. Ensuite,  parce que je ne veux pas être réduite à cette image de ”femme africaine traumatisée”. Ça me met mal à l’aise. J’ai été trop intellectualisée, mais j’ai ma part de responsabilité. J’ai vingt-six ans, j’ai envie de montrer d’autres facettes de ma personnalité. Je peux encore changer d’opinion sur telle ou telle question. Je revendique le droit à l’imperfection.

Musicalement, on vous sent aussi plus affranchie des codes de la musique urbaine.
Vous savez quoi? C’est la première fois qu’on me parle de musique dans une interview. Sur “Gore”, ça n’arrivait jamais. Ça me touche car je suis avant tout une chanteuse. Les productions de mon premier album étaient minimalistes car je voulais qu’on fasse attention aux textes. Avec “Iota”, les mots se fondent dans la musique. Il y a davantage d’instruments, c’est plus organique, plus riche et plus nuancé. Sur le titre Lubie avec Damso, tout le monde s’attend à un gros beat qui cogne et on vient avec une guitare acoustique. Dans ma voix, il y a moins d’effets et plus d’âme. Plus de soul. C’est mon nom d’artiste après tout (Lous est l’anagramme de “soul”).

Vous êtes passionnée de culture japonaise. Qui sont vos héros de manga préférés?
Guts dans Berserk et Naruto. Le premier est un personnage très froid qui n’exprime pas ses émotions. Le second est un shōnen manga plus fragile. Je suis un mélange des deux.

Et votre héroïne dans la vraie vie?
La chanteuse californienne Banks. C’est l’artiste qui m’inspire le plus. La première fois que nous nous sommes rencontrées, j’ai failli tomber en syncope. Elle m’a proposé de collaborer mais je ne me sens pas encore prête. Il faudra que je sorte mon meilleur morceau si je veux être à la hauteur.

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