Ibrahim Maalouf : "Plus le temps passe, moins on accepte les ­différences"

Son nouvel album “Capacity To Love” est un hymne à l’inclusion et à la diversité. Conversation.

Ibrahim Maalouf
© BelgaImage

Vous ouvrez votre nouveau disque par des mots de Charlie Chaplin. Qu’est-ce qu’il a encore de pertinent, Charlie Chaplin aujourd’hui?
Le discours du Dictateur qui ouvre l’album n’a pas pris une ride. Plus le temps passe, moins on accepte les ­différences et moins on accepte les différences, plus l’avenir se ternit.

C’est difficile d’avoir les droits de la voix de Charlie Chaplin?
Il se trouve que je connais bien le petit-fils de Charlie Chaplin, James ­Thierrée, il m’a mis en lien avec la famille pour que je puisse avoir les droits.

De Sharon Stone à Gregory Porter, en passant par Matthieu Chedid, De La Soul et beaucoup d’autres, votre disque est encombré d’invités. Ça doit être chouette les soirées chez vous…
Ah oui… À la manière orientale… On essaie toujours d’être généreux… Et c’est vrai que j’avais envie de beaucoup partager avec d’autres gens en dehors de ma zone de confort. Ce serait tellement facile pour moi de refaire un album en quintette de jazz…

Sharon Stone, c’est une amie?
Une amie, je n’irais pas jusque-là, mais c’est une femme pour qui j’ai beaucoup de respect et avec qui je partage beaucoup de choses. C’est une femme d’une grande profondeur, brillante, une femme qui peint et qui n’a rien à voir avec l’image qu’on a d’elle.

Le disque est teinté de sons club. Êtes-vous dancefloor?
Je ne suis pas un habitué de la culture de la nuit. C’est un monde que j’apprécie mais que je ne connais pas très bien, même si en tournée, après les concerts, on sort beaucoup… J’adore voir les gens s’amuser, j’adore voir les gens prendre du plaisir, mais je ne suis pas le premier participant…

Jouer de la trompette, c’est difficile ou très difficile?
La trompette n’est pas plus difficile que la clarinette, le hautbois, le piano ou les ordinateurs. Mais la trompette, c’est douloureux physiquement…

Ça fait mal où?
Aux lèvres, au cœur et à la poitrine.

Mieux vaut ne pas être fumeur…
Idéalement, il ne faudrait pas être fumeur. Moi, j’ai un hématome systématique sur ma lèvre, deux cicatrices sur les lèvres inférieure et supérieure. Il ne faut pas avoir peur de se faire mal…

C’est un peu maso…
Oui, il y a de ça… Miles Davis était fasciné par la boxe, il y voyait quelque chose de la pratique de la trompette.

La trompette, c’est macho?
Pendant longtemps, la trompette a été considérée – à tort – comme un instrument viril. Mais heureusement, des musiciens comme Chet Baker ou Jon Hassell ont rappelé qu’il s’agissait d’un instrument du souffle. Et le souffle, il n’y a rien de plus tendre…

Lisez-vous les livres de votre oncle Amin Maalouf?
J’ai grandi avec ses livres qui m’ont éduqué. Il est à l’origine d’une grande partie de mes convictions.

Votre oncle écoute-t-il vos disques?
Il faudrait lui demander, mais c’est possible – il vient voir mes concerts…

Les temps sont durs… Vous vous sentez en forme ou plutôt déprimé?
(Silence.) Je m’adapte. C’est ma grand-mère qui m’a dit ça avant de nous ­quitter – elle avait 99 ans… Quand je lui ai demandé comment elle se sentait dans ce monde, elle m’a répondu: “Je m’adapte”.

Capacity To Love, Mi’ster Productions. Sortie le 4/11.
Palais des Beaux-Arts de Charleroi,
le 22/1/23.

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