Louise Attaque : "On n’a besoin de personne pour avancer"

Le groupe parisien célèbre ses vingt-cinq ans avec “Planète Terre”, nouvel album électrique et engagé qu’il présentera aux côtés de ses classiques à Forest National le 22 mars.

louise attaque
© P.A. Hüe de Fontenay

Le 26 avril dernier, Gaëtan Roussel (chant, guitare), Arnaud Samuel (violon) et Robin Feix (basse) célébraient le 25e anniversaire de la sortie du premier album homonyme de Louise Attaque en donnant six concerts gratuits d’affilée à l’Élysée-Montmartre. En pause depuis 2016 (“Anomalie”), le groupe parisien décidait dans la foulée d’enregistrer de nouvelles chansons et de repartir en tournée. Même si la formule du trio est plus élec­trique, “Planète Terre” réussit à conjuguer au présent ce que l’album “Louise Attaque”, vendu à trois millions d’exemplaires, avait imposé dans le paysage francophone en 1997. Soit une attitude rock singulière, une profonde humanité et des textes mariant un regard sociétal à un romantisme exalté. Explications avec Gaëtan Roussel.

Lequel d’entre vous a donné l’impulsion de ces retrouvailles ?
Gaëtan Roussel – Plus qu’une personne, c’est notre premier album qui est à la base de cette aventure. Célébrer ses vingt-cinq ans en invitant nos fans a été assez simple à décider. Une fois que nous nous sommes retrouvés à trois, nous avons relevé le challenge de faire une résidence à Arles, chez notre violoniste Arnaud, pour voir si nous étions capables de créer un nouvel album. En clin d’œil à notre anniversaire, on s’est donné 25 jours. Ça nous obligeait à fuir l’inertie et à saisir au vol les bonnes idées qui survenaient. Plus qu’une ­contrainte, ça nous a apporté une grande liberté.

Pour votre violoniste Arnaud Samuel, vous faites du rock mais façon “Louise Attaque”. Que veut-il dire ?
Je ne sais plus très bien ce que signifie le terme “rock” aujourd’hui car tout est devenu transversal en musique. Déjà quand on a commencé, le rock pour moi c’était davantage chez NTM qu’on le trouvait avec cette idée de livrer les choses de manière frontale, urgente et spontanée. Ce qu’Arnaud veut sans doute dire, c’est que Louise Attaque a fonctionné dès le début de manière ­singulière avec un violon, une guitare sèche et une basse ou contrebasse acoustique qui étaient des instruments associés plutôt à la folk, à la country ou la variété. Mais la manière d’en jouer et notre attitude étaient profondément rock.

Comment aimeriez-vous qu’on comprenne “Planète Terre” ?
J’aimerais qu’on dise qu’il est mélodieux, libre et tranché. J’ai l’impression qu’on y retrouve l’ADN de Louise Attaque. On a bien sûr nos âges et nos propres expériences. Nous avons grandi et mon écriture a mûri. Mais dans le Louise Attaque de 2022, il y a encore cette dimension adolescente et cette sensation qu’on n’a besoin de personne pour avancer. On ne fait pas de politesse, ni dans le propos ni dans les sonorités. On joue avec nos qualités et nos défauts. Sur notre premier album “Louise Attaque”, nous parlions de ce qui nous entourait. On n’inventait rien. Pareil sur “Planète Terre” où j’ai eu envie d’aborder des sujets comme le manque de communication, la perte de confiance et la quête. C’est le fruit de ce que j’observe.

L’album s’ouvre avec Sortir de l’ordinaire, qui évoque cette volonté de fuir un quotidien tracé à l’avance. C’est ce qui vous est arrivé avec Louise Attaque ?
Oui, ce groupe nous a permis de quitter l’ordinaire pour une vie extraordinaire. Bowie avait chanté ça dans Heroes (“Nous pouvons les battre, rien qu’une journée”, “Nous pouvons être des héros rien qu’une journée”).  C’est encore l’histoire d’une quête. Grâce à ce premier album “Louise Attaque”, grâce au public qui a acheté ce disque et l’écoute encore aujourd’hui en streaming, on a pu changer la trajectoire.

Lors de vos récents concerts solo aux Nuits Botanique et aux Solidarités, vous repreniez déjà les classiques de Louise Attaque. La réaction du public vous a-t-elle rassuré sur le bien-fondé de ce retour ?
J’ai mis du temps à m’autoriser à inclure du Louise Attaque dans mon répertoire scénique solo car je ne voulais pas m’appuyer sur des chansons construites en groupe. Et puis je me suis senti beaucoup plus à l’aise, notamment sur ma dernière tournée. Les réactions du public m’ont donc ­doublement réconforté. Elles validaient la setlist que j’avais choisie mais elles donnaient encore plus de sens et de force à notre décision de relancer Louise Attaque. De manière très humble, je me rends compte qu’elles signifient encore beaucoup pour les gens.

La pochette de “Planète Terre” réactualise le personnage féminin dessiné par votre bassiste Robin Teix sur votre premier album. Elle pense à quoi la Louise Attaque de 2022 ?
Elle observe le genre humain. Elle devine le fil invi­sible qui nous relie tous. Elle pense sans doute qu’il ne faut pas se recroqueviller sur soi-même et qu’il faut avancer. En fait, elle n’a pas beaucoup changé en vingt-cinq ans. Elle a d’ailleurs gardé sa mèche rebelle alors que moi, je n’ai plus de cheveux.

Le 22/3, Forest National.

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