Simple Minds : "Tu peux passer du jour au lendemain du statut d’icône à celui de has been"

Le groupe écossais Simple Minds confirme sa renaissance avec “Direction Of The Heart”. Un dix-huitième album enregistré pied au plancher. Explications avec son chanteur Jim Kerr.

jim kerr de simple minds
© Dean Chalkley

Donné pour mort à la fin des années 90, Simple Minds a reconquis son public, touchant une nouvelle génération tout en ravivant la flamme auprès de sa fan base. Après avoir célébré – avec un peu de retard dû à la pandémie – le ­quarantième anniversaire du groupe dans un Sportpaleis d’Anvers plein à craquer en avril dernier, Jim Kerr et son ami d’enfance Charlie Burchill retrouvent une seconde jeunesse avec “Direction Of The Heart”. Ce dix-huitième album renoue avec la verve épique de son ­blockbuster “New Goldream” (1982) tout en jetant un regard attentif sur le monde d’aujourd’hui comme en témoignent les éclairés Planet Zero ou Human Traffic, ce dernier rehaussé des vocalises de Ron Mael (Sparks). Alors que First You Jump et Solstice Kiss sonnent comme de nouveaux hymnes, l’introspectif Vision Thing voit pour sa part Jim Kerr rendre hommage à son père disparu au début de l’écriture de cet album. Cerise sur le gâteau, l’excellent Act Of Love, l’une des toutes premières chansons écrite voici quarante-cinq ans prend ici une dimension existentielle.

“Direction Of The Heart” est votre album le plus up-tempo depuis “New Goldream” en 1982. Comment l’expliquez-vous?
Jim Kerr
– Charlie (Charlie Burchill, guitariste et cofondateur de Simple Minds – NDLR) dit que l’expérience vécue pendant l’enregistrement de “Direction Of The Heart” l’a ramené à ses débuts, comme si nous étions des kids. Je ­comprends ce qu’il veut dire. Quand on a signé notre premier contrat discographique, nous n’avions rien d’autre à quoi penser et rêver, si ce n’est faire un premier album. C’était le temps de l’insouciance. Avec la pandémie, on s’est retrouvés dans une bulle identique. Pas de voyage possible, pas l’occasion de se distraire, rien que la musique. Mon père étant malade, j’ai passé beaucoup de temps à son chevet à Glasgow. C’est dans notre quartier d’enfance, là où tout a commencé, qu’ont été écrites la plupart des chansons de cet album. Toutes les circonstances étaient réunies pour retrouver l’énergie des débuts. Charlie m’a fait remarquer que la plupart des titres tournent autour des 120-130 BPM. C’est vrai que ça faisait longtemps.

Vous évoquez la crise climatique, les murs qui se dressent, le manque de communication. Vous restez malgré tout optimistes?
Un artiste est par nature optimiste. C’est vrai que si tu regardes les news à la télé, tu as de bonnes raisons de tout peindre en noir. Mais cette impression de chaos permanent qu’on connaît n’est hélas pas nouvelle. Quand j’étais gamin, il y avait la guerre froide, le Viêtnam, les catastrophes écologiques… J’ai la chance de ne pas avoir vécu de gros traumas ans dans ma vie et en tant qu’artiste je peux m’enfermer dans ma bulle ­créative pour imaginer des choses positives. Tu évoquais l’énergie de cet album. C’est aussi une réponse à ce qui nous entoure même si des chansons comme Planet Zero ou The Walls Came Down montrent qu’on reste attentifs à la réalité.

La chanson Act Of Love ouvrait vos premiers concerts à Glasgow en 1977. Pourquoi l’enregistrer aujourd’hui?
Charlie adore la mélodie et elle méritait de figurer sur un disque de Simple Minds. J’ai fait un update du texte. À nos débuts, Act Of Love était une déclaration de foi. Nous étions innocents et naïfs. On déclarait notre amour à notre groupe, à la musique, à la vie trépidante de rock star sur laquelle on fantasmait. J’ai gardé le premier couplet original. Dans le second, c’est le “vieux” Big Jim qui parle au gamin que j’étais en 1977. Il a acquis l’expérience, mesure la chance qu’il a d’avoir pu consacrer toute son existence à la musique, mais il sait aussi que rien n’est jamais acquis. Tu peux passer du jour au lendemain du statut d’icône à celui de has been avant de redevenir “une légende”. Je sais de quoi je parle.

La tournée sold-out de The Cure, les préventes qui s’affolent pour Depeche Mode, votre nouvel album… Qu’est-ce qui se passe avec les groupes des années 80?
Il y a peut-être un phénomène ­cyclique mais The Cure et Depeche Mode sont aussi uniques dans leur genre. Il n’y a qu’un Robert Smith, personne ne fait ce qu’il fait. Dans leur mélange de synthpop accessible et d’électro dark, Depeche Mode n’a pas de concurrent. Ce sont des bosseurs, des artistes qui ne baissent pas les bras et ne s’égarent pas en chemin.

Et Simple Minds?
On y travaille toujours… (Rire.)

Vous évoquez la mémoire de votre père dans Vision Thing. Quel est le meilleur conseil qu’il vous ait donné?
Plus qu’un conseil, il m’a donné un abonnement à la bibliothèque municipale quand j’étais gamin. “Tu ne sais pas ce que c’est, mais ça va t’ouvrir les yeux et les portes”, m’a-t-il dit. Mon père n’était pas un intellectuel, il bossait dans la construction, mais chaque soir il lisait. Ça m’a inspiré. Il y a aussi ce truc qu’il me répétait: “Tu n’es meilleur que personne mais personne n’est meilleur que toi”. C’était un philosophe, mon dad.

*** Direction of the Heart de Simple Minds. BMG

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