La suspension de BTS, ou quand le service militaire brise la carrière des stars

À cause de la conscription, BTS va devoir mettre en pause sa carrière. Une obligation également redoutée par d'autres artistes, en Corée et ailleurs.

BTS à Séoul
Le groupe sud-coréen BTS, le 15 janvier 2019 à Séoul ©BelgaImage

Ils représentent désormais la Corée dans le monde entier et pourtant, c’est édicté: les chanteurs du groupe BTS vont être séparés. Ils devront tous faire leur service militaire et ne pourront plus reformer leur boys band avant 2025. Les fans n’ont plus qu’à prier pour que leur cohésion ne les amène à se retrouver d’ici trois ans. Ainsi se clôture un véritable débat au pays du Matin calme. L’objet du conflit: la possibilité pour BTS d’échapper ou pas à la conscription, en vertu de leur intérêt pour l’image du pays. Une règle à laquelle ils n’ont finalement pas pu déroger, ce qui a pourtant valu à plusieurs artistes de voir leur carrière brisée, que ce soit en Corée ou ailleurs.

Comment BTS n’a pas réussi à échapper à l’armée

De base, la loi sud-coréenne est claire: vu que le pays est théoriquement encore en guerre avec le frère ennemi du Nord, tous les hommes doivent obligatoirement faire leur service militaire pendant 18-20 mois (les femmes en sont exemptées). De rares exceptions existent, comme des athlètes de haut niveau et des musiciens classiques. En vertu de ce dernier principe, plusieurs personnalités comme le maire de Busan (la deuxième ville du pays) avaient demandé que BTS puisse bénéficier de ce traitement de faveur.

Jusque cette année, le président libéral Moon Jae-in s’était montré compatissant, modifiant même la loi pour leur accorder de facto un sursis (l’âge limite de la conscription étant repoussé pour eux de 28 à 30 ans). Mais en mars dernier, les élections présidentielles ont abouti à la victoire sur le fil de Yoon Suk-yeol, un conservateur pur jus. En août dernier, le gouvernement laissait déjà entendre que BTS devrait accomplir ses obligations militaires.

C’est dans ce contexte que BTS a fini par céder. Les différents membres du groupe vont suivre leur service à des moments différents, ce qui allongera le délai nécessaire pour les remettre ensemble. Entretemps, ils vont poursuivre des carrières solos, du moins quand ils le pourront.

Après la conscription, des destins très divers

Évidemment, BTS n’est pas la première victime de cette règle. Tous les autres boys bands sud-coréens ont irrémédiablement subi le même sort. Certains ont réussi à retrouver le succès après leur service militaire. C’est le cas des populaires groupes Super Junior et Shinee qui ont retrouvé le sommet des charts nationaux après cette période fatidique. D’autres ont eu moins de chance. Parfois, leur éclat pâlit dans les classements des ventes, que ce soit légèrement pour Shinhwa, ou totalement comme le montre l’exemple de Big Bang. Dans le pire des scénarios, le service militaire a de fait marqué l’arrêt du groupe. C’est ce qu’a connu JYJ, dont les albums étaient pourtant systématiquement premiers des charts.

Au niveau individuel aussi, rebondir après la conscription aboutit à des destins très divers. Il y a ceux qui s’en sortent plutôt bien, profitant même parfois de l’occasion pour améliorer leur image. C’est le cas du chanteur Psy, connu pour son Gangnam Style. Durant les années 2000, il avait suscité plusieurs controverses, ses œuvres étant par exemple accusées d’avoir une mauvaise influence sur la jeunesse. Son long service militaire lui a permis de faire quelque peu oublier son passé et ainsi atteindre la renommée mondiale qu’on lui connaît aujourd’hui.

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Pour d’autres, le service militaire est un danger pour la suite de leurs carrières, d’où la volonté d’y échapper. En 2002, le renommé chanteur Steve Yoo a été notamment accusé d’avoir avoir acquis la nationalité américaine pour échapper à cette obligation. Résultat: il a été ni plus ni moins banni du pays, une première. Sans atteindre un tel extrême, l’artiste de hip hop MC Mong est devenu persona non grata après avoir été soupçonné d’avoir voulu faire de même, cette fois en utilisant des prétextes de santé. Il n’empêche que d’autres ont pu éviter la case armée sans encombres. C’est le cas de l’acteur et chanteur Seo In-guk, touché par la maladie de König, et du footballeur Son Heung-min qui n’a dû faire que trois semaines de service militaire.

Ailleurs, le même dilemme

La Corée du Sud n’est pas le seul endroit où la question de la conscription se pose. Parmi les autres pays où celle-ci est obligatoire, on trouve la Grèce. Là aussi, certains artistes vivent très mal leur passage dans l’armée, comme le montre l’exemple du chanteur Sákis Rouvás. Alors que sa carrière brillait de mille feux, il a été accusé de vouloir y échapper, notamment sous prétexte qu’il était agoraphobe. Heureusement pour lui, son succès a persisté par la suite. En Égypte, situation similaire. Là aussi, le service militaire est obligatoire, avec son lot de polémiques. En 2017, le chanteur Ramy Sabry a notamment été arrêté par les forces de l’ordre. Le motif: il a été accusé d’avoir voulu échapper au service militaire.

À ce jour, une bonne vingtaine de pays obligent toujours leurs citoyens à intégrer temporairement l’armée. On y trouve notamment Israël, l’Autriche, la Suisse, la Finlande, l’Iran, le Viêtnam ou encore Taïwan.

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