Depeche Mode : "Nous réfléchissons à la manière de rendre hommage à Andrew Fletcher"

Quatre mois après la disparition d’Andrew Fletcher, le groupe annonce son nouvel album “Memento Mori” et une tournée mondiale en 2023. Explications de cette renaissance avec Martin Gore.

Martin Gore et Dave Gahan de Depeche Mode
© BelgaImage

Une photo de Martin Gore et Dave Gahan en studio sur la page Facebook du groupe. Un court extrait d’une nouvelle chanson postée sur YouTube… Il n’en fallait pas plus pour que les fans de Depeche Mode s’emballent sur la Toile avant que la nouvelle ne soit officialisée ce mardi 4 octobre, lors d’une conférence à Berlin en présence des Martin et Dave. Moins de cinq mois après la disparition d’Andrew Fletcher, cofondateur de Depeche Mode décédé le 26 mai dernier à l’âge de 60 ans, le groupe repart sur la route et met la dernière main à “Memento Mori”, quinzième album studio écrit pendant la pandémie et attendu pour ce printemps. Quant à la tournée, elle débutera le 23 mars à Sacramento, l’escale belge étant programmée le samedi 20 mai au Sportpaleis d’Anvers. Vingt-quatre heures après la conférence de presse, Martin Gore répondait aux questions de Moustique dans un palace de la Marlene-Dietrich Platz, à quelques centaines de mètres de la porte de Brandebourg.

Qui de vous ou de Dave Gahan a repris les contacts pour relancer Depeche Mode après la disparition d’Andrew Fletcher?
Martin Gore –
Il n’a pas fallu que l’un de nous deux prenne l’initiative. Tout s’est fait naturellement. Dave et moi avons passé beaucoup de temps à discuter. Dave m’appelait pour me demander ce que je ressentais, je prenais de ses nouvelles. Ce drame nous a beaucoup rapprochés. C’est une bonne chose.

Quand êtes-vous retourné pour la première fois en studio après son décès?
On s’est retrouvé en studio à Los Angeles sept semaines après la mort d’Andrew. C’était un rendez-vous que nous avions planifié avec Andrew. Quand j’ai revu Dave, la question était: “On termine ces chansons qu’on a commencées ou pas?” Et nous avons décidé d’aller au bout. Mentalement, je pense que c’était une manière pour Dave et moi de nous concentrer sur quelque chose qui nous tenait à cœur et qui tenait à cœur aussi à Andrew: la musique.

Est-ce qu’il a été question, ne fût-ce que quelques secondes, d’arrêter définitivement Depeche Mode?
Non. De mon côté, je n’y ai jamais songé. Pendant la pandémie, nous étions tous les trois confinés. Nous voulions tous enregistrer un nouvel album de Depeche Mode et repartir en tournée.

Depeche Mode

© Anton Corbijn

Sans chanter, écrire et composer, Andrew tenait une place un peu floue dans Depeche Mode. Qu’est-ce qui vous manque le plus maintenant qu’il est parti?
On a souvent dit qu’Andrew tenait le rôle de “ciment” entre Dave et moi. Maintenant qu’il n’est plus là, j’en la conviction. Dave et moi le ressentons très bien. Andrew n’est plus entre nous deux. Notre relation et la dynamique doivent changer. Et ça change dans le bon sens. Je le constate déjà. Dave vit à New York, moi je suis en Californie. Même pendant la pandémie, on ne communiquait pas ensemble via FaceTime. On le fait régulièrement aujourd’hui, sans parler pour autant que de musique ou de Depeche Mode.

Andrew a-t-il entendu les nouvelles chansons?
Non, il n’en a pas eu l’occasion, même si les chansons ont été écrites avant sa disparition. Je devais lui envoyer les maquettes le jour de sa mort ou celui d’après pour qu’il les écoute avant de prendre l’avion et nous retrouve Dave et moi à Los Angeles. Nous n’étions que deux au rendez-vous.

“Memento Mori”, la locution latine qui donne son titre à l’album signifie “Souviens-toi que tu vas mourir”. Quel sens lui donnez-vous aujourd’hui?
Plusieurs chansons que j’ai écrites pendant la pandémie abordent le thème de la mort sous ses différentes facettes. Sur les télés américaines, mais je suppose que c’était pareil chez vous, on donnait chaque jour le nombre de décès liés au Covid. C’était très anxiogène. Je me suis alors rappelé cette phrase latine que je n’avais plus entendue depuis longtemps. Je trouvais qu’elle collait bien à l’esprit de l’album. “Souviens-toi que tu vas mourir”, c’est le truc qu’on devrait se répéter tous les jours car c’est une évidence. La vie est courte, il faut en profiter. Ce titre a pris encore plus de sens avec la mort d’Andrew. Personne ne s’y attendait. La dernière fois qu’on s’est parlé, il était en pleine forme.

Diriez-vous que ce nouvel album attendu au printemps est sombre?
Je ne pense pas que “Memento Mori” est un album dark. On dit ça de tous les disques de Depeche Mode alors que moi, je trouve qu’ils sont plutôt optimistes. L’extrait de notre nouvelle chanson Ghosts Again dévoilé à la conférence de presse sonne comme un classique de Depeche Mode, et c’est un truc très entraînant.

Votre tournée 2023 s’annonce comme une célébration. Est-ce que vous envisagez de jouer des chansons qui tenaient particulièrement à Andrew?
Nous réfléchissons à la manière de rendre hommage à Andrew.  On pense effectivement à certains titres de notre back catalogue qu’il affectionnait. Dave et moi avons trouvé une idée qui nous semble bonne mais c’est trop tôt pour en parler.

Comme Dave, vous avez passé le cap des 60 ans. Vous faites ce nouveau disque pour les mêmes raisons que votre premier album “Speak And Spell” en 1981?
Bien sûr que non. On a plein de bonnes raisons de faire cet album aujourd’hui, à commencer par le plaisir qu’on y prend. En 1981, Depeche Mode n’existait pas depuis un an. Daniel Miller (fondateur du label Mute – NDLR) nous a proposé d’enregistrer un disque. À vrai dire, on ne prenait rien de tout ça en sérieux, on n’avait aucune attente particulière.

Vous vous souvenez de votre premier concert en Belgique?
Oui, c’était au Disco Rojo en 1981 (le Disque rouge, rue Blaes à Bruxelles, où se trouve aujourd’hui le Fuse – NDLR). Je me rappelle qu’on nous a emmenés ensuite dans un club (le Lord, chaussée de Ninove – NDLR). C’était rempli à craquer et on ne comprenait pas car nous étions en début de semaine. On nous a répondu: “C’est lundi, le jour de congé des coiffeuses”.  Je n’ai jamais entendu ça autre part qu’en Belgique.

Ce serait pousser le bouchon trop loin d’imaginer Depeche Mode sans vous ou sans Dave Gahan?
Oui, ce serait aller trop loin. On peut dire aujourd’hui que Depeche Mode est un “groupe duo”. Sans Dave ou moi, ce serait difficile d’imaginer que ce soit encore un groupe.

Le 20/5 au Sportpaleis d’Anvers. L’album “Memento Mori” est annoncé pour le printemps 2023.

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