Nils Frahm : "Écouter mon album Music For Animals, c’est comme regarder une chute d’eau"

Invité aux Nuits sonores du Bozar ce 14 octobre, le compositeur néoclassique berlinois dévoile “Music For Animals”, ambitieuse œuvre ambient de trois heures créée en plein confinement.

Nils Frahm sort un nouvel album
© Leiter

Dix mois après “Old Friends New Friends” qui rassemblait des compositions au piano accumulées depuis une décennie, le compositeur néoclassique allemand sort “Music For Animals”, une œuvre ambient qui se démarque de sa discographie autant dans le fond que dans la forme. “Je me suis lancé dans “New Friends Old Friends” et “Music For Animals” au début de l’année 2020 lorsque j’ai compris que cela n’allait plus être possible de partir en tournée, nous explique-t-il par téléphone depuis son home studio de Berlin. Mener parallèlement ces deux projets m’a fait un bien fou. Le premier était surtout un travail de recherche de morceaux déjà existants que j’ai complétés. Le second consistait en une création pure. Ça faisait longtemps que j’avais envie de me lancer dans un album de musique ambient. Ici, j’ai trouvé le temps nécessaire pour aller jusqu’au bout.

Délaissant le piano pour des instruments électroniques, il propose dix plages instrumentales et introspectives. La plus longue, The Dog Piano With 1000 Faces, fait vingt-six minutes. La plus courte, Right Right Right, dépasse les sept minutes. Frahm joue sur les silences, les espaces et les nappes sonores pour créer un climax invitant à faire travailler notre imagination. Même si le titre de travail fait songer aux albums ambient “Music For Airports” et “Music For Films” enregistrés par Brian Eno en 1978, Frahm cite plutôt Erik Satie, le confinement et Mark Hollis (Talk Talk) comme influences majeures.

”Music For Animals” est-il vraiment destiné aux animaux?
Nils Frahm – Ce n’est pas un disque New Age avec des chants d’oiseaux, le bruit du vent ou de la forêt. Ce titre tient plutôt du sarcasme. Un quart de siècle avant le “Music For Airports” de Brian Eno, le compositeur américain Raymond Scott sortait déjà une série de disques destinés aux bébés (“Soothing Sounds For Baby” en 1962 – NDLR). On revient à ce même concept aujourd’hui sur les plateformes de streaming avec toutes ces playlists… “Musique pour se relaxer”, “Musique pour cuisiner”, “Musique pour la masturbation”.  C’est un peu comme si la musique n’était plus qu’un produit utilitaire destiné à accompagner une activité ou s’accommoder à un lieu précis. Je trouve que c’est réducteur. Moi, j’aime l’idée qu’on écoute de la musique tout simplement pour le plaisir qu’elle nous procure.

Sur ce nouveau disque, vous vous éloignez du piano, connu pourtant pour être votre instrument de prédilection. Pour quelle raison?
Même s’il est souvent assimilé à une certaine forme de mélancolie, le piano est un instrument qui n’est pas le plus approprié pour faire de la musique ambient. Le compositeur californien Harold Budd (décédé en décembre 2020) a enregistré des grands disques d’ambient uniquement basés sur le piano. Moi, je m’en sens incapable. J’ai préféré utiliser des synthés et des instruments électroniques qui sont plus liés à ce style musical. Il y a du piano sur l’album, mais on ne le reconnaît pas car j’y ai mis beaucoup d’effets.

Pourquoi cette durée inhabituelle de trois heures?
C’est une durée inhabituelle parce que c’est un projet qui ne ressemble à rien d’autre de ce que j’ai fait auparavant. Et encore, initialement, je pensais sortir une œuvre de huit heures comme le “Sleep” de Max Richter avant de ramener la matière à trois heures. J’ai envie que ça reste accessible, je ne veux pas intimider l’auditeur. Mais quand vous créez de la musique ambient, vous n’avez pas envie de vous arrêter. Chaque note, chaque progression vous amène ailleurs. Ce n’est pas le cas avec un morceau techno plus rythmé où ça tourne très vite en rond. Écouter “Music For Animals”, c’est comme regarder une chute d’eau. Si vous la contemplez pendant trois heures, c’est toujours la même chute d’eau mais en même temps, ce n’est jamais tout à fait le même spectacle.

Comment votre épouse Nina a-t-elle été amenée à participer au disque?
Alors que nous étions confinés, Nina m’a fait la surprise d’organiser un pique-nique dans mon home studio. Rien que pour nous deux… Elle a étalé une nappe, sorti les verres, débouché une bouteille de vin, coupé le pain. Je lui ai fait écouter un morceau sur lequel je bossais et elle a commencé à jouer de la flûte. Elle n’est pas musicienne, tout s’est fait de manière naturelle et elle est intervenue sur plusieurs compositions en y apportant son regard extérieur et sa fraîcheur. C’est la seule bonne chose du confinement. Nous avons appris à mieux nous connaître et nous comprendre.

Le prix du format vinyle de “Music For Animal” frôle les 70 euros. N’est-ce pas exagéré?
Vous avez raison, je suis vraiment désolé. Ceux qui trouvent ça trop cher, et je peux les comprendre, ont l’album disponible en streaming ou en CD. Pour proposer trois heures de musique en vinyle, il faut quatre LP. Les coûts de production ont explosé, tout comme les frais de port. “Music For Animals” sort sur Leiter, le label qui j’ai fondé avec mon manager Felix Grimm. Pour réduire au maximum le prix, on a signé un contrat de distribution avec une major mais ça reste très élevé, j’en conviens.

Le 14/10, Nuits sonores, Bozar, Bruxelles.
Le 19/10, Salle Reine Élisabeth, Anvers.

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