Aloïse Sauvage sort son nouvel album: "L’industrie musicale abîme les jeunes artistes féminines"

Chanteuse, actrice et circassienne, Aloïse Sauvage jongle avec les mots et les codes rap sur "Sauvage". Un disque de haute voltige. Rencontre.

Aloïse Sauvage sort un nouvel album
Aloïse Sauvage revient avec « Sauvage ». © Flo Pernet

Comédienne révélée dans 120 Battements par minute de Robin Campillo (2017), circassienne et danseuse formée à l’Académie Fratellini, Aloïse Sauvage est venue à la chanson "par envie de mettre des mots en musique". "Je fais de la poésie avec mes nœuds", avoue la jeune femme sur son deuxième album " Sauvage ". Deux ans après " Dévorantes " qui l’avait révélée, la voltigeuse du hip-hop affine sa plume, gagne en confiance et fait preuve d’une grande sincérité pour clamer ses passions torrides (XXL, Joli danger), le courage d’être soi (Pépite, Montagnes russes) mais aussi pour assumer ses failles (Soulages) et sa différence (Unique). Passant de l’autotune radical au dépouillement organique (magnifique Aime-moi demain), la jeune femme reste un électron libre dans la scène française et c’est tant mieux.

Votre tournée consécutive à votre premier album " Dévorantes " devait être le gros événement de l’année 2020. Comment avez-vous vécu l’annulation de toutes les dates à cause de la pandémie ?
J’étais alors une outsider dans le hip-hop francophone. Je vivais en plein tourbillon, dans une dynamique pleine d’énergie avec un projet qui suscitait l’attention, des nominations aux Victoires de la Musique et des dates qui s’annonçaient bien, tant en France que chez vous. Et puis tout est tombé à l’eau. Les ventes ont été freinées sec et toute la tournée a été annulée. A la mesure de ce qui se passait dans le monde, j’essayais de prendre du recul par rapport à ce qui m’arrivait. Mais je me suis posé pas mal de questions. Il s’est aussi passé beaucoup de choses de ma vie sur un plan personnel et professionnel. Beaucoup de ruptures… Je me suis retrouvée seule et j’ai morflé. Cet effondrement m’a permis de tout redéfinir: mes projets, ma vie privée, mes attentes… Au bout du truc, je me dis que ce qui m’est arrivé est une bénédiction car je me sens plus forte que jamais.

Dans les chansons Montagnes Russes et Focus, vous évoquez la dureté de l’industrie du disque. Une désillusion pour vous ?
Oui, j’étais très naïve quand j’ai commencé à fréquenter ce milieu. L’industrie musicale abime beaucoup, surtout les jeunes artistes féminines. Tout est basé sur le chiffre, le buzz et la rentabilité immédiate. Rien à voir avec l’art. Quand tu débutes, que tu souhaites casser les codes et construire quelque chose sur le long terme, ce qui est mon cas, on essaye forcément de te casser. Ce qui est paradoxal, c’est que les chanteuses qui fonctionnent le mieux aujourd’hui, comme Angèle, ou Billie Eilish, sont justement des femmes qui ont fait ce qu’elles voulaient sans rien demander à personne. Mais quand toi tu viens avec une démarche personnelle, on veut te formater par tous les moyens.

Le fil rouge de ce nouvel album, c’est la métamorphose ?
J’ai repris le pouvoir de ma vie personnelle. C’est cette métamorphose que je raconte dans " Sauvage ". Comme je le chante dans Pépite, " j’étais une ado, maintenant je suis une cyborg qui danse en legging ". Il y a de la combativité dans ce disque, une colère saine mais aussi de l’intime et de la sincérité. Je me montre telle que je suis. Pour me comprendre il faut écouter tout l’album. Aucun morceau ne ressemble à un autre, mais tous me ressemblent. Je sais que ça peut déstabiliser car on passe de l’égo trip rentre-dedans à des chansons sur la fragilité, d’un truc afro trap à un morceau 100% autotuné ou à un piano/voix comme. Chaque personne peut repartir avec une chanson préférée et une autre qu’il déteste. Ça me convient.

Unique est dédié " à celles et ceux qui ne rentrent pas dans la norme" . Vous faites partie du club ?
Nous sommes nombreuses et nombreux à en faire partie. Unique est un hymne queer qui n’est pas seulement lié à la sexualité. Je m’adresse à toutes ces personnes qui se sentent " à côté ". Je leur dis ce que je me dis à moi-même: " Vis ta vie, c’est la tienne. Ce sont tes rêves. "  J’ai ressenti dès l’enfance que je n’étais pas dans la norme. Je n’aimais pas m’habiller en robe. J’étais de taille plus petite que les autres, pendant longtemps on m’a donné trois ou quatre ans de moins que l’âge que j’avais. Je me suis construit une bulle en multipliant les activités artistiques. Puis j’ai découvert tardivement que j’étais lesbienne. Ça me faisait peur. Plus maintenant.

Malaxant arts du cirque, chanson et danse contemporaine, votre prestation aux Nuits Botanique en 2019 a marqué les esprits. A quoi faut-il s’attendre pour votre nouvelle tournée ?
Nous sommes à trois sur scène. Je m’adapterai à chaque lieu en mélangeant les disciplines, ça va prendre de la hauteur. Ça chantera, danser, volera et glissera….

Aloïse Sauvage, Sauvage, Universal.
Le 3/12 au Botanique.

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