Moonage Daydream, quand Bowie raconte Bowie dans un documentaire

Moonage Daydream, documentaire de Brett Morgen consacré à l’icône, sort dans les salles Imax. Un film qui montre beaucoup, mais n’explique rien.

David Bowie dans Moonage Daydream
© Prod.

Pour la première fois depuis la disparation du chanteur le 10 janvier 2016, un ­cinéaste a reçu l’autorisation des ayants droit pour consulter les archives de David Bowie. Brett Morgen (qui a signé le film Kurt Cobain: Mountain Of Heck) a accès à pas moins de cinq millions de références: interviews, clips, concerts filmés, répétitions, photos personnelles, tableaux, ­lettres… Il en propose un montage kaléidoscopique au rythme soutenu. La bande-son offre 46 chansons de Bowie et la seule voix off qu’on entend est celle de la star. Si la chronologie des documents filmés est plus ou moins respectée, les interviews de Bowie s’entrecroisent sans tenir compte des époques. Tournant principalement autour de sa conception de l’art, elles n’évitent pas les redondances. À ce maelström d’images, Morgen ajoute aussi des extraits de films (Metropolis de Fritz Lang, Ivan le Terrible d’Eisenstein, Un chien andalou de Luis Buñuel).

Ce parti pris esthétique – et parfois prétentieux – a le mérite de se démarquer des habituels documentaires musicaux. Mais Moonage Daydream a aussi ses ­limites. Le fan inconditionnel n’y apprend rien. Les morceaux inédits (un remix de Modern Love, un medley live avec Jeff Beck en 1973) sont anecdo­tiques. Par contre, on découvre pour la première fois une série de portraits peints par Bowie à Berlin sur le thème de l’isolement. Le spectateur qui ne connaît pas bien Bowie sera, quant à lui, vite largué. Car si Moonage Daydream montre beaucoup, il n’explique rien. Aucun titre (chanson ou album) ni aucune date ne sont mentionnés. Parmi les nombreuses personnalités qu’on voit à l’écran, seule sa seconde épouse Iman est identifiée. À vous de reconnaître Brian Eno ou Mick Ronson…

Si le film revient sur le mea-culpa de Bowie par rapport à ses dérives commerciales dans les années 80, il élude sa dérive dans la cocaïne dans les années 74/75 et ne fait qu’effleurer sa renaissance artistique dans les années 90, s’arrêtant seulement sur le magnifique Hallo Spaceboy. Dommage, enfin, de ne commencer l’histoire qu’en 1973 (son premier album date de 1967), de noyer le film de séquences asiatiques de sa tournée Serious Moonlight Tour déjà vues en DVD et d’ignorer ses derniers albums à l’exception d’un trop court extrait du clip de Blackstar. Bof.

Sur le même sujet
Plus d'actualité