Lous and The Yakuza en première partie de Coldplay: "C’est plus facile pour moi de jouer dans des stades qu’au Botanique"

Lous and the Yakuza assure les premières parties de Coldplay au stade Roi Baudouin, après celles de Gorillaz et d'Alicia Keys. Rencontre avec la Bruxelloise que tout le monde s'arrache.

Lous and the Yakuza
© BelgaImage

Deux Stade de France, quatre stade Roi Baudouin… En première partie de Coldplay, certes, mais combien d’artistes belges peuvent se vanter d’avoir fait mieux ou aussi bien ? À notre connaissance, aucun. Sans oublier les premières parties de Gorillaz, une dizaine de dates européennes de la tournée d’Alicia Keys, et trois concerts à venir avec elle aux États-Unis, plus quelques dates personnelles. Lous and the Yakuza devrait être sur un petit nuage. Pourtant, si elle ne cache pas sa joie, la chanteuse belge aux origines congolaises et rwandaises n’en garde pas moins les pieds sur terre. Entretien au lendemain de sa première prestation sur le plateau du Heysel.

Merci de prendre le temps de répondre à nos questions malgré un planning de folie et la pression qu’il doit y avoir à se produire dans des stades… Les plannings fous, ça fait des années que ça dure. Ma carrière n’a pas de sens depuis qu’elle a commencé. Je m’habitue plus à la ‘bizarroïté’ de celle-ci que quand tout est normal.

Comment s’est passé ce premier concert au stade Roi Baudouin ?
J’ai passé un chouette moment et j’ai hâte de recommencer. D’autant qu’après, on fait un barbecue avec ma team. Je suis super contente.

Vous jouiez à domicile, qu’est-ce que ça fait ?
À domicile ? Je ne suis pas très attachée au Heysel, je ne connais pas cette zone. Je n’ai pas l’impression d’être à la maison. Je dois encore créer mon histoire avec le Heysel. Par contre, faire un concert au Parvis de Saint-Gilles, ça me met en joie. Bruxelles, ce sont des zones très différentes. J’ai beaucoup été à Saint-Gilles, à Sainte-Catherine, Dansaert, etc. J’aime avoir une petite histoire avec les lieux.

Parlez-nous de vos concerts au Stade de France…
C’était impressionnant! 80.000 personnes, dont 50.000 présentes quand je chante. Mais j’ai été plus impressionnée encore lors du sound-check. Quand j’ai découvert le lieu, je me suis dit ‘Oh, mon Dieu !’ Cela dit, les gens ne viennent pas pour moi, ce qui représente une part de stress en moins. À moi de faire le meilleur live de ma vie pour qu’ils me découvrent… Mais ça peut aussi être du stress en plus si les gens s’en foutent et que je me dis que je vais vivre le pire moment de ma vie. Pour être honnête, c’est un peu plus facile pour moi de faire des concerts dans des stades qu’au Botanique. Les concerts avec Alicia Keys dans les arenas m’ont bien préparée aux grandes affluences. En rhéto, à 18 ans, le jour de la remise des diplômes, il y avait un spectacle. J’y ai chanté ‘Superwoman’ d’Alicia Keys. J’ai dû me pincer en ouvrant pour elle lors de sa tournée en Europe et aux États-Unis. La vie est pleine de surprises. J’aime ça alors qu’on me dit toujours que je suis très ‘control freak’. Je n’ai jamais fait de scène aux USA et je me demandais qui allait venir à mes shows en dehors de ceux avec Alicia Keys. Figurez-vous qu’à New York, San Francisco et Los Angeles, on est presque complet.

En juin dernier, vous avez joué au Bota et maintenant dans des stades. C’est le grand écart…
Sur papier, cette tournée n’avait aucun sens. Maintenant que je la vis, je me rends compte qu’elle en a encore moins. C’est ce qui fait la beauté de ma carrière à laquelle je suis très attachée. J’ai l’opportunité et la chance de vivre des expériences qui n’ont aucun sens. Si l’an dernier, on m’avait dit que j’ouvrirais pour Coldplay au stade Roi Baudouin, j’aurais rigolé vingt fois et pensé à une blague. Mais non, c’est ma vie, la vraie.

Vous n’avez pas froid aux yeux. Rien ne peut vous arrêter ?
Le Covid m’a arrêtée pendant quatre jours, sinon rien ne peut me stopper.

Dans une interview, vous aviez dit que vous vouliez prouver que vous pouviez arriver toute seule à faire carrière, qu’une femme noire peut y arriver. Ça y est, c’est fait, non ?
J’avais 21 ans à l’époque et je n’avais pas encore compris le concept de l’humilité. Je ne suis clairement pas seule pour y arriver. Il y a plein de gens qui font que je peux vivre cette vie et faire ce chemin. D’où le ‘and the Yakuza’ ! Mais en tant qu’accomplissement pour une femme noire, ce n’est pas de la fierté – parce que la fierté relève de l’ego – mais une joie quotidienne que de ressentir pleinement le concept de la reconnaissance. Je n’ai jamais été aussi reconnaissante de ma vie, que ce soit envers la vie ou envers mes amis, ma famille, mon équipe… C’est un sentiment incroyable. Je ne peux me plaindre de rien.

Avec ce planning de folie, vous arrivez à penser à votre deuxième album et à y travailler ?
Il est enregistré, bouclé et pressé depuis longtemps, monsieur. Je l’ai écrit et enregistré l’an dernier. Il y a déjà les singles ‘Kisé’ et ‘Monsters’ qui sont sortis. Et il pourrait y avoir une petite surprise avec la sortie d’un hors-série, qui sait. En ce moment, je serais incapable d’enregistrer un disque. C’est impossible en même temps qu’une tournée, je n’ai pas encore ce courage. Peut-être pour le troisième album ?

Qu’est-ce que ça fait d’être signée chez Roc Nation et de faire partie de l’écurie Jay-Z ?
Ça me fait plaisir mais la question est bizarre. Parce que dans le monde de la musique, le management ce sont en réalité nos employés. Ce sont des gens que je paye pour qu’ils s’occupent de mes affaires. Ce sont mes nouveaux employés. Je ne suis pas allée chez Roc Nation parce qu’il y a Jay-Z. Ce serait irresponsable de rejoindre un management pour ça. Ici, il s’agit de business et on le choisit pour ce qu’il peut rapporter à nos affaires. Ce n’est pas un directeur artistique. D’ailleurs, je n’ai jamais rencontré Jay-Z. Peut-être un jour ? Blague à part, c’est une belle histoire. Je suis née au Congo en 1996, quand il y avait la guerre et aujourd’hui, j’ai 26 ans et j’ai signé un contrat de management avec Jay-Z, Jay Brown (le manager de Rihanna !), etc. Toute ma vie, on m’a dit que ce n’était pas possible et aujourd’hui, je passe mon temps à prouver le contraire.

Vous êtes une femme d’affaires ?
Je m’occupe de mes quatre entreprises. Je tiens les choses d’une main de fer, plusieurs personnes peuvent en attester. Je ne veux pas avoir le fisc sur le dos ! Elle est drôle la vie d’artiste parce que quand je ne suis pas en tournée, près de 80 % du temps je suis chef d’entreprise. C’est ça mon job, ma vraie vie. Être en tournée et vivre une vie de jeune fille de 26 ans, c’est une bouffée d’air frais. Être chef d’entreprise à 26 ans, c’est une chance même si ce n’est pas facile tous les jours. Et ça me permet de faire un métier qui est de chanter. C’est fou, je ne m’en remets pas que chanter soit un métier.

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