MC Solaar: "Je sors de ma zone de confort, mais je ne suis pas tout à fait perdu"

Le poète rappeur, fiancé éternel de Caroline, réinvente ses premiers tubes avec un big band de trente musiciens. Avant ses concerts à l’Arena5 et aux Francofolies de Spa, “P’tit Claude” revient sur ses trente ans de carrière.

MC solaar
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Ce n’est pas une démonstration de force, mais de subtilité”, précise MC Solaar. N’empêche, il y aura beaucoup de monde à ses côtés au Palais 5 de Bruxelles ce 16 juillet et à Spa le 21 juillet. Seize musiciens, cinq choristes, quatre cuivres, une section de cordes… Baptisée New Big Band Project, cet orchestre placé sous la direction d’Issam Krimi sublimera le répertoire des débuts du licencié poétique. Principalement les tubes extraits de ses quatre premiers albums (“Qui sème le vent récolte le tempo”, “Prose combat”, “Paradisiaque” et “MC Solaar”) parus dans les années 90, qui sont à nouveau disponibles en format CD/vinyle et sur les plateformes de streaming.

Comment est née l’idée de vous accompagner sur scène d’un big band?
MC Solaar – L’arrangeur et producteur français Issam Krimi m’avait approché lorsque j’avais participé à une captation de l’émission Hip Hop Symphonique sur Radio France, dont il était le chef d’orchestre. Comme mes premiers disques venaient de ressortir, il souhaitait organiser un concert en réarrangeant mon répertoire pour un grand orchestre. Très vite, l’idée d’une tournée a pris le dessus. Je voulais remettre en avant la force et le groove des chansons en respectant la ligne de conduite imposée par mes producteurs de l’époque (Jimmy Jay et Boombass, alias Hubert Blanc-Francard – NDLR). Issam y ajoute son regard, son bagage et des sonorités plus modernes.

Quel est votre fantasme du big band ultime? Duke Ellington?
Non, ce serait trop cool. Pour tout vous avouer, la première image que j’avais dans mes rêves les plus fous, c’était moi en maître de cérémonie bien sapé, façon Frank Sinatra, me promenant au milieu des musiciens en racontant mes histoires sans bouger les mains. J’avais aussi en tête Barry White avec son ensemble Love Unlimited Orchestra.

Le fait d’avoir collaboré à de nombreux projets jazz à voix vous a-t-il aidé à concrétiser ce projet?
Oui. Je sors de ma zone de confort, mais je ne suis pas tout à fait perdu. Sur mes premières productions, je mixais des samples jazz avec un flow rap. Quand je tournais en rond avec les samples, on conviait des musiciens en studio. J’avais donc déjà l’habitude de poser ma voix sur des instruments en accompagnant la mélodie. J’ai aussi eu la chance de travailler très tôt avec des rappeurs qui étaient passionnés de jazz, comme les Américains The Roots et Guru (l’album “Jazzmatazz Vol. 1” sur lequel MC Solaar chantait Le bien et le mal – NDLR) ou le collectif anglais Urban Species.

Après un long combat juridique, vos premiers albums se retrouvent enfin sur les plateformes de streaming et ressortent en vinyle. Un soulagement?
Je ne vais pas dire que j’en faisais une obsession quotidienne, mais ça comble un manque chez les amoureux de musique. J’ai des jeunes rappeurs qui me téléphonent en me disant: “Ah, je croyais que tu n’avais commencé ta carrière qu’en 2006”. D’autres potes en France, en Belgique, en Afrique qui ont jeté leur collection de CD sont contents de pouvoir acheter un vinyle de “Prose combat” ou de “Qui sème le vent récolte le tempo”. Et puis sans ces rééditions, il n’y aurait pas eu ce projet de Big Band.

Vous trouvez que vos chansons ont bien vieilli?
Toutes les chansons que je reprends avec le Big Band restent actuelles. Je n’ai aucune honte à les interpréter aujourd’hui. Ça me rend très heureux car j’ai toujours eu peur de ce syndrome de la “chanson aspirine”, celle qui ne dure que le temps de l’effervescence.

Cette tournée Big Band marque aussi les trente ans de votre carrière. Fier du chemin parcouru?
Plus que de la fierté, c’est de la gratitude que je ressens. J’ai envie de dire merci. Je voulais devenir journaliste ou interprète. Le hip-hop n’était qu’un hobby. J’ai commencé à suivre un master en langues appliquées et puis un prof m’a dit qu’on enseignait du rap à l’université de Paris VIII. Je me suis inscrit aux cours et j’ai replongé dans le milieu, ça m’a nourri intellectuellement et c’est devenu mon job. Tout le savoir que j’ai aujourd’hui, je l’ai acquis directement ou indirectement grâce au rap. Si c’était à refaire, je recommencerais tout pareil. La vie est belle.

Qu’est-ce qui vous inspire dans l’actualité?
La guerre reste, hélas, une constante. J’aimerais l’aborder, mais je dois trouver une idée originale qui aborde le versant pacifique des conflits. Ce qui se passe aux États-Unis avec la décision de la Cour suprême sur l’avortement m’interpelle également. Il y a des histoires humaines à raconter à ce sujet. En août, je rentre en studio pour écrire.

Vous venez de collaborer avec Bigflo et Oli. Quels sont les autres artistes qui vous touchent aujourd’hui?
Côté écriture, Orelsan est au-dessus du lot. J’adore aussi Damso pour son approche rigoureuse et son point de vue. Et puis il y a Roméo Elvis, pour son énergie. Il porte bien son nom, c’est un rockeur avant d’être un rappeur.

Le 16/7, Arena5, Bruxelles.

Le 21/7, Francofolies de Spa.

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