Matthieu Chedid: "La guitare, c’est mon âme poétique"

Avec son nouvel album “Rêvalité”, - M - traque et retrouve sa part d’enfance. Par la même occasion, il assouvit aussi ses fantasmes de guitar hero.

© Yann Or

Trois ans après l’intimiste “Lettre infinie” qu’il avait défendu seul sur scène, Matthieu Chedid retrouve ses apparats de super-héros et un groupe avec notamment Gail Ann Dorsey, l’ex-bassiste de David Bowie. “Rêvalité”, son septième album studio est un disque joyeux, up-tempo et positif dans lequel ce troubadour de la chanson pop frenchie met sur un pied d’égalité réalité et onirisme au travers de mélodies irrésistibles. “Pourquoi opposer deux choses qui sont semblables?, s’interroge l’artiste cinquantenaire. S’il n’y a pas de rêve, il n’y a pas de vie.

“Rêvalité” est un album 100 % solaire. Une réponse à notre époque?
Matthieu Chedid -
Oui, sans doute, mais c’est surtout parce que je suis solaire dans ma vie, ça se ressent donc forcément dans ma création. Pour être pris au sérieux dans le milieu culturel en France, il est de bon ton d’être dans l’analyse, le débat et la polémique. Il faut râler, être contrarié. Une chanson triste sera toujours plus célébrée qu’une chanson gaie. Ce n’est pas trop mon truc. J’avais envie de sortir du cérébral et de ces ondes anxiogènes pour ne balancer que de la haute énergie.

Il y a toujours eu une grosse part d’enfance dans votre univers. Comment l’expliquez-vous?
Ce n’est pas un complexe de Peter Pan. L’enfance est omniprésente dans mon univers, mais il n’y a rien d’enfantin dans ma musique. Il y a une démarche adulte, du travail et de la rigueur pour faire en sorte que les mots et les mélodies paraissent simples. Ce rapport à l’enfance est dans mon ADN. Chez les Chedid, les notions de “famille” et de “transmission” sont très importantes. C’est lorsque je suis devenu papa que j’ai mieux compris mes parents. Quand je vois mes enfants grandir, je me souviens de mon propre apprentissage lorsque j’avais leur âge. Toute notre existence n’est qu’un éternel aller-retour entre le monde adulte et celui de l’enfance.

Vous rendez hommage au réalisateur Federico Fellini. Pour son film Amarcord?
Bien sûr, Fellini y raconte son enfance. Cette chanson (Fellini) est aussi un hommage à mon père qui a fait des études de cinéma et a été monteur à la Gaumont avant d’être chanteur. C’est lui qui m’a introduit à l’univers des Fellini, Coluche, Gainsbourg et Dutronc. J’avais envie de célébrer ces artistes qui s’exprimaient avec démesure et liberté. Ils osaient tout dire et tout faire. Il y a trop de peur dans l’art aujourd’hui.  Le monde est devenu trop lisse.  Car on sait que le moindre faux pas ou la moindre déclaration qui pourrait être mal interprétée seront sanctionnés.

Sur scène, sur disque, sur vos photos de presse, on devine toujours le fantasme du “guitar hero” en vous. Quel est votre rapport avec cet instrument?
La guitare, c’est mon âme poétique. C’est l’épée du chevalier, mon super-pouvoir. Je suis un guitariste qui chante, pas un chanteur qui s’accompagne de la guitare. Sans cet instrument, je ferais moins mon malin sur scène. Dès que je peux, je fais un clin d’œil à mes guitar heroes. J’envoie une ligne d’accords de Carlos Santana, je pars dans un truc à la Purple Rain de Prince, je joue avec les dents comme Jimi Hendrix. Je ne peux pas m’en empêcher.

Gail Ann Dorsey, l’ex-bassiste de David Bowie vous accompagne sur les 150 dates qui vont venir. Cela tient-il aussi du fantasme?
Dans mes rêves les plus fous, Gail Ann a toujours été ma référence ultime comme musicienne qui pourrait m’accompagner. J’en ai tellement fantasmé que la chance est arrivée. Gail Ann s’est installée à Paris avec sa partenaire. Elle cherchait un local pour répéter. Comme je bossais beaucoup à la campagne, je lui ai prêté mon studio à Paris. Lorsqu’elle est venue me remercier, je lui ai fait écouter mes chansons. Elle a joué de la basse sur un titre, puis elle s’est mise à chanter et a fini par rester sur tout l’album et s’est engagée à m’accompagner sur scène. Je le vois comme un signe de gratitude, un peu comme lorsque Vanessa Paradis m’avait appelé en 1997 pour me dire qu’elle aimait mes premières chansons et souhaitait qu’on bosse ensemble.

Votre premier album “Le baptême” est sorti il y a vingt-cinq ans. Fier du chemin parcouru?
J’ai cinquante ans. Je m’amuse à me dire que j’ai deux fois vingt-cinq ans. Après ma série de concerts complets aux Folies Bergère au mois de mai, beaucoup de spectateurs et de médias disaient que ça leur rappelait mes débuts. Je le prends comme un compliment car ça veut dire qu’il y a toujours de la fraîcheur dans ma musique. Mais j’y ai ajouté vingt-cinq années d’expérience. C’est aussi un éternel étonnement de voir que le public répond toujours présent. Quand j’ai débarqué avec “Le baptême” en 1997, j’avais une coiffure bizarre et un habit de super-héros. C’était un truc improbable. Pour beaucoup, j’étais un chanteur surréaliste. C’est peut-être pour ça que je vis une belle histoire d’amour avec la Belgique. Vous êtes le pays du surréalisme, non?

Le 14/10. Forest National, Bruxelles.

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