"Elvis": qui était le colonel Parker ?

Le personnage principal du film de Baz Luhrmann n'est peut-être pas celui qu'on croit. Campé magistralement par Tom Hanks, le colonel Parker mérite qu'on s'y attarde. C'est lui qui a créé l'industrie pop.

ELVIS (2022)
© Prod.

Le colonel Parker n’était pas colonel. C’était un Hollandais qui a fui le vieux Continent pour échapper à la prison afin de faire fortune aux Etats-Unis. Un de ces émigrés européens n’ayant plus rien à perdre et qui ont trouvé au pays de l’Oncle Sam un pays où tout était possible. L’industrie musicale est née avec l’explosion du rock n’ roll. Et c’est le colonel Parker qui a allumé la mèche – celle, rebelle, d’un jeune sudiste fasciné par la musique noire.

Le Hollandais volant

Né à Breda, aux Pays-Bas, en 1909, le Colonel Parker s’appelait en réalité Andreas Cornelius van Kuijk. Vingt ans plus tard, il fuit le pays sans un adieu, probablement (l’affaire n’a jamais été élucidée) après avoir tuée sa femme. Il s’enfuit dans un cargo où il devient aide-cuisinier. Arrivé à New York, il entre dans l’armée. Il n’y restera pas longtemps, mais suffisamment pour s’affubler du grade de colonel.

Fils de forain, il travaille ensuite au cirque comme " aboyeur " avant de fonder sa propre compagnie. Suivant les caravanes qui parcourent le pays de long en large, il s’improvise ensuite impresario de chanteurs country vers la fin des années 30. Du cirque à la musique, c’est le spectacle qui prime. Le voilà qui s’occupe de Gene Austin, Eddy Arnold et Hank Snow. En août 1955, alors qu’il est à la recherche d’un jeune talent pour ouvrir les concerts de ce dernier, il découvre Elvis Presley.

Who’s the King ?

Elvis a alors dix-neuf ans et le colonel jette son dévolu sur lui. Il comprend immédiatement le potentiel commercial du jeune homme. Il tient là sa poule aux œufs d’or. Problème, Elvis a un contrat avec Sam Philips des studios Sun. C’est la première chose que Parker fera pour devenir le manager exclusif du jeune prodige : racheter le contrat qui le lie à Phillips pour 35.000 dollars pour le faire signer sur le label RCA. Montant de la transaction : 120.000 dollars desquels le colonel touchera 25%.

Plus tard, à Las Vegas, il fera passer ce pourcentage à 50… Du jamais vu – en général, un manager touche 10 à 15% des bénéfices de son artiste. Mais le colonel Parker s’adjuge bien plus car c’est lui qui tire les ficelles. Elvis n’aime pas les paperasses. Ca ne l’intéresse pas. Alors, il signe, fait ce qu’on lui demande et profite d’un grand train de vie.

Ils seront nombreux, les managers qui se sucrent allègrement sur le dos de " leurs " artistes. Des Beatles aux Stones, de Hendrix à Bowie, tous se sont réveillés un jour en se demandant: " Pourquoi suis-je fauché en étant numéro 1? " Le modèle suivi par les managers véreux était celui du colonel Parker avec Elvis…

Hit parades, box-office et merchandising

Les années dorées ont lieu lors de la première décennie, entre 1956 et 1966. Les numéros 1 s’enchaînent : " Hound Dog ", " Love Me Tender ", " Jailhouse Rock "… Elvis devient la plus grande star américaine et la folie rock’n’roll est lancée. En un an, le tandem produit 20 millions de dollars de revenus. Mais ce n’est pas suffisant pour le colonel Parker qui voit toujours un cran plus loin. La musique, c’est une chose. Le cinéma, c’en est une autre.

Parker passe donc des contrats avec Hollywood. Ces films n’intéressent guère Elvis, il préférerait tourner en Europe, mais ce n’est pas lui qui décide. Le King ne se produira jamais sur le vieux continent. Le colonel Parker ne veut pas en entendre parler… Il se dit que c’est par peur d’être rattrapé par son passé et la justice de son pays d’origine. Ce sera donc Hollywood où Elvis touchera plus d’un million de dollars par film. Les recettes aux box-office dépassent les 100.000 dollars. Le colonel prend sa part. Mieux, il invente le merchandising pop. Tous ces produits dérivés à l’effigie d’Elvis, et par ici la monnaie !

Leaving Las Vegas

Elvis est une telle star, les demandes du colonel sont tellement grandes, que plus personne ne peut se le payer. Sauf Las Vegas. C’est donc dans la cité-casino qu’Elvis fera son grand retour sur scène après sept années reclus à Graceland. Ce grand barnum de Noël diffusé à la télévision est un tel succès que le colonel installe le King pour une résidence routinière, loin du rock’n’roll, mais proche des revenus qui tombent à flots. Las, ce sera la fin d’Elvis, qui ne se relèvera plus de ce train de vie ennuyeux bien éloigné de ses premières aspirations.

A la mort d’Elvis en 1977, le colonel Parker doit dédommager des dizaines de contrats passés, mais non respectés. Sa société tombe en faillite. Il vend ses droits sur Elvis à la Warner pour la réalisation du documentaire " This Is Elvis " qui sort en 1981. Cette même année, il est poursuivi en justice par les héritiers du King pour mauvaise gestion. Deux ans plus tard, son nom est officiellement dissocié de celui d’Elvis.

Le colonel Parker mourra en 1997 ruiné et dans l’indifférence générale. Aux fans qui le critiquaient d’avoir mal géré la carrière du King, il avait cette réponse cinglante : " Si c’est si facile, ils n’ont qu’à en créer un second ! "

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