Nick Mason fait revivre Pink Floyd à Bruxelles: "Un vrai plaisir sur scène"

Batteur et fondateur de Pink Floyd, Nick Mason rejoue les premiers disques de son groupe ce vendredi 17 juin au Cirque Royal. Interview exclusive.  

Nick Mason rend hommage à Pink Floyd ce vendredi 17 juin au Cirque Royal.
Nick Mason (© BelgaImage

Vingt-huit ans après la dernière tournée mondiale de Pink Floyd, le batteur Nick Mason reprend la route avec un nouveau projet qui se démarque de ceux, plus ambitieux, de ses ex-compères Roger Waters et David Gilmour. Baptisé Nick Mason’s Saucerful Of Secrets, son groupe réunit l’ex-chanteur de Spandau Ballet Gary Kemp, le bassiste de session de Pink Floyd Guy Pratt, le guitariste Lee Harris et le claviériste Dom Beken. Fondateur de Pink Floyd et seul membre à avoir joué sur tous les albums du groupe, Nick Mason, 76 ans, choisit de s’aventurer dans le répertoire qui précède le blockbuster " The Dark Side Of The Moon” en privilégiant des chansons rarement jouées précédemment.

Nick Mason, 78 ans, sera ce vendredi 17 juin au Cirque Royal. Nous l’avions interviewé en exclusivité en 2020, en pleine pandémie, à l’occasion de la sortie du DVD/¬Blu-Ray et l’album “Live At The Roundhouse. “Quand j’ai réécouté les chansons les plus anciennes de Pink Floyd, je me suis rendu compte qu’elles laissaient beaucoup de place à l’expérimentation, nous explique Nick Mason. C’est vraiment amusant de replonger dedans et de se les réapproprier.

Qu’avez-vous ressenti lors des premiers concerts donnés par le Nick Mason’s Saucerful Of Secrets ?
Nick Mason  – Vous n’allez pas me croire mais dès les premières notes d’Interstellar Overdrive, j’ai eu l’impression de faire un bon de cinquante ans en arrière et de me retrouver aux débuts de Pink Floyd, avec Roger (Waters), Syd (Barrett) et Rick (Wright). Sauf que c’était d’autres musiciens qui m’entouraient. Il y avait de la fraîcheur et de l’imprévu. Nous démarrions le morceau sans savoir où il allait nous emmener.

N’avez-vous pas peur avec cette tournée de n’être qu’un tribute band de votre propre groupe?
C’est une question que nous nous sommes souvent posée avec les autres membres de Pink Floyd. J’imagine que c’est pareil pour les Rolling Stones. C’est légitime, mais la réponse est évidente. Avec ce projet, le but n’est pas de reproduire à la note près les enregistrements originaux de Pink Floyd. Il fallait trouver notre propre créneau et nous avons relevé le défi.

N’êtes-vous pas frustré qu’on ramène le plus souvent Pink Floyd à disques concept comme “The Wall” ou “The Dark Side Of The Moon” plutôt qu’à ses débuts underground dans la scène psychédélique?
Les albums que vous citez ont été nos plus gros succès commerciaux. C’est logique qu’on y revienne. En Europe, même chez les jeunes, il y a toutefois un culte particulier autour de Syd Barrett et de nos premiers albums enregistrées à la fin des sixties. Aux États-Unis, par contre, la plupart des gens font débuter notre histoire en 1973 avec “The Dark Side Of The Moon”.

Nick Mason’ Saucerful Of Secrets crédit Nick Mason Official

Dans votre autobiographie Inside out, parue en 2004, vous évoquez votre première rencontre avec Roger Waters en 1966. Il souhaite vous emprunter votre voiture et vous refusez. Pourquoi?
Nous fréquentions depuis six mois la même classe d’architecture à la London Polytechnic School et il ne m’avait jamais adressé la parole. Je ne voyais pas pourquoi je devais lui prêter ma voiture, d’autant que c’était une Austin “Chummy” datant 1930. J’étais déjà passionné d’automobile ( Nick Mason finira par posséder plus de quarante Ferrari et a participé à cinq reprises aux 24 Heures du Mans – NDLR) et j’avais peur qu’il la bousille. Quand j’ai dit non, il a poursuivi son chemin. Il ne m’en a pas tenu rigueur puisque quelques semaines plus tard, nous formions Pink Floyd avec Rick et Syd.

Plusieurs chansons que vous allez interpréter au Cirque Royal portent la griffe de Syd Barrett. Cinquante ans après l’avoir renvoyé de Pink Floyd et seize ans après sa mort, quels souvenirs gardez-vous de lui?
Je garde l’image des débuts. Quand je le rencontre au milieu des années 60, Syd est un garçon débordant de vie et de charisme. C’est lui qui porte les fondations de Pink Floyd, mais très vite il se désintègre et devient ingérable. Cinquante ans plus tard, j’éprouve toujours de la culpabilité. Au moment où il a perdu pied, nous avons assuré le service minimum pour lui venir en aide. On ne savait pas quoi faire d’autre, mais nous aurions pu malgré tout en faire un peu plus.

Quand Pink Floyd enregistre son premier album en 1967 à Abbey Road, les Beatles créaient “Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band” dans le studio voisin. Vous les avez rencontrés?
Les Beatles expérimentaient dans leur coin et nous, on apprenait les rudiments de l’enregistrement en studio en faisant attention de respecter les horaires car notre label Emi nous facturait les heures sup’. Nous étions beaucoup trop impressionnés pour les approcher. Un jour, ils nous ont proposé de prendre le thé avec eux. C’était comme si nous étions reçus en audience royale. Leur présence à Abbey Road nous a stimulés pour “The Piper At The Gates Of Dawn”. George est le Beatle dont je me suis le plus rapproché par la suite.

Vous avez toujours été considéré comme l’élément modérateur de Pink Floyd. Être diplomate, ça aide pour être batteur dans un groupe de rock ?
Pink Floyd a la réputation d’un groupe dont les membres étaient toujours à couteaux tirés. Rien n’est plus faux. La plupart du temps, l’ambiance était très positive parmi nous. Les premières grosses tensions sont arrivées en 1979 à l’époque de l’album “The Wall”. Je ne dis pas que Roger Waters a commis une erreur, mais son attitude était clairement celle d’un leader qui agit sans tenir compte de l’avis des autres.

Quel album de Pink Floyd souhaiteriez-vous encore jouer live dans son entièreté?
“The Dark Side Of The Moon” est très agréable à jouer car c’est une seule pièce de musique sans temps mort. Ça aurait encore du sens d’interpréter ce disque dans son intégralité, mais on l’a déjà fait avec Pink Floyd. Même remarque pour “The Wall” qui serait peut-être trop long pour un show aujourd’hui. Par contre, je serais tenté par “A Saucerful Of Secrets’ (1968) qui reste l’un de mes albums préférés.

Est-ce qu’il vous reste encore un rêve à réaliser?
Non, avec ce projet Saucerful Of Secrets, je vis actuellement mon rêve. Les années qui ont précédé, j’ai été énormément impliqué dans Pink Floyd au travers de l’exposition itinérante Their Mortal Remains et le travail d’archives réalisés pour les coffrets “The Early Years 1967-1972” et “The Later Years 1987-2019”. C’était passionnant, mais je me suis rendu compte que ce qui me manquait le plus, c’était de jouer de la batterie en live avec un groupe. Bien sûr, ça me ferait plaisir de me produire encore avec David et Roger mais là, je suis très heureux. Je suis avec des gens que j’aime et je fais la musique que j’aime.

Ce 17 juin au Cirque Royal, complet. Review du concert à lire sur www.moustique.be dès ce 18 juin.

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